TOME IV
5i4 MÉMOIRES
« dination obligatoire. Aussi, dans la lettre que « j'ai eu l'honneur d'écrire à Votre Majesté , me « suis-je borné simplement à des réflexions gênéa raies sur la* nature et les progrès du mal, dont a il importe si fort d'arrêter le ravage ; et si j'ai « parlé de la nécessité d'un congrès où Ton prena drait en considération l'état moral de la société « européenne , Votre Majesté a dû voir que je me « suis bien gardé de spécifier en aucune manière a les déterminations qu'il convenait d'y prendre.» M. de Bergasse développait ici quelques observations que lui suggérait l'état présent des choses; mais je dois borner là mes citations. Je dirai seulement qu'à mon arfivée à Berlin, je remis le Mémoire au prince de Hardenberg, qui le soumit à S. M. le roi de Prusse; et que i'çmpereur Alexandre le reçut des mains du Roi. Dans une réunion de l'Empereur, du Roi et du prince de Hardenberg, on en fit plusieurs lectures; ce Mémoire enfin paraît avoir servi de boussole aux résolutions deTroppau, d'après les bases connues et exprimées dans la Circulaire adressée de la part des souverains réunis à leurs légations respectives.
J'avais eu aussi le bonheur de pouvoir mettre dans les mains du prince de Hardenberg des nçrtes qui parurent tellement importantes au
congrès, que Son Altesse me fit l'honneur de m'écrire de Troppàu pour me donner des témoignages de sa satisfaction. S. M. le roi de Prusse daigna, dans cette circonstance, me faire expédier de Troppau même deà lettres de noblesse ; faveur qui me fut d'autant plus précieuse que je ne l'avais point sollicitée.
En me les remettant à son retour à Berlin, le prince de Hardenberg me dit : a Le Roi n'a pas a voulu prendre l'initiative des récompenses .pé- « cuniaires que vou& avez à prétendre auprès « du roi de France, et Sa Majesté , en attendant, a « saisi cette occasion de vous donner des lettres « de noblesse, qui sont d'autant plus honorables « pour vous qu'elles datent d'un congrès. »
Forcé de quitter Berlin en 1 8o5, j'y avais laissé mon frère dans la maison que j'y avais acquise, et où j'avais formé un établissement ; mais mon frère s'était vu forcé dé l'abandonner à l'arrivée des Français, en 1806. Ceux-ci y établirent la poste de l'armée, de sorte que mes meubles et effets qui s'y trouvaient furent dispersés. Avant son départ , mon frère avait remis en dépôt à M. Umland , libraire , pour plus de quinze mille francs de valeurs provenant de ma librairie, valeurs que M. Umland n'a jamais pu restituer par suite de sa faillite. Plus tard, et sans nécessité, une
intrigue judaïque me déposséda de ma propriété; elle fat vendue à l'enchère tellement au-dessous de son prix, qu'il y eut lésion d'outre moitié. Je suis encore à revendiquer mes droits par-devant les tribunaux de Berlin.
M. le vicomte de Chateaubriand, qui se rappelait mon affaire de Gand, m'avait accueilli à Berlin, où il était ambassadeur; je le complimentai sur son ambassade , et lui dis que j'étais étonné qu'il ne fut pas ministre. U me répondit : « Cela n'est que différé; et quand j'aurai le porte- « feuille des affaires étrangères , la première « chose dont je m'occuperai sera de vous Cadre « rendre la justice que vous méritez si bien. » Je crus à la sincérité de ces paroles.
Le ministère prussien désira que je me misse en rapport avec le fameux Méhée de La Touche , qui était venu à Berlin , où on le regardait comme le principal agent du comité directeur. Je vis cet homme , dont l'astuce? était connue depuis longtemps. Ce qui me parut digne de remarque, c'est qu'il avait été autorisé par le ministère de MM. Decazes, Pasquier et Monnier, et d'après des instructions que j'ai vues ; il était d'ailleurs muni d'un double passe-part, l'un sous son véritable nom, l'autre sous celui de Prosper, et enfin il motivait son séjour à Berlin, en prenant pour
DE FAUCHE -BOREL. 5i7
prétexte d'y établir une fabrique de partons im- * perméables. IVJéhée me convainquit des intentions •■ de ses commettans , pour lesquels son dévouaient était bien équivoque; il me fit connaître aussi les moyens d'affiliation qui existaient entre les libéraux français et les Teutons. Il me fut démontré qu'il n'était venu à Berlin que pour y orga* niser une correspondance, dans le but de tirer parti de l'état de fermentation où étaient alors les universités d'Allemagne.
Pendant mon année de séjour à Berlin (de 1820 à 1821), je continuai de suivre les opérations des libéraux carbonari et teutons, que j'ai toujours surpris v guidés par les mêmes motifs, voulant atteindre le même but, une réforme complète de principes et d' individus > l'établissement de constitutions à V espagnole , ppint de rois y ou des rois sans prérogatives ni aiftprité. Sa Majesté Prussienne fût instruite du travail subversif des universités , et employa avec sa sagesse reconnue des mesures salutaires de répression, eu éliminait un certain nombre <\e professeurs , qui malheureusement portèrent ailleurs leurs principes et leurs moyens 9 principalement en Cuisse.
On voit, par ce qui eut ,lieu en Prusse à cette époque * combien il itapbrte que les rpis soient
5i8 MÉMOIRES
bien informés, et d'une manière directe, de ce qui se passe.
Avec Tannée avait commencé le congrès de Leybach , ville qui avait été choisie , malgré le peu de ressources qu'elle offrait pour une pareille réunion > à cause de sa proximité de l'Italie. D'après les* principes établis à Troppau, il ne s'agissait plus à Leybaoh que de leur application , c'est-à-dire de savoir en quel cas, par quelle voie et jusqu'à quel point on pouvait s'immiscer dans le gouvernement d'une puissance indépendante.
Ce fut en présence de ce congrès ," et au moment où les troupes autrichiennes se mettaient en mouvement pour rétablir le roi de Naples dans la plénitude de son pouvoir, qu'éclatèrent les insurrections du Piémont et de la Grèce , mouvemens qui se combinaient avec ceux qu'on espérait faire surgir ailleurs. Ce plan , dirigé de Paris même , était l'effet des combinaisons du prisonnier de Sainte •Hélène et de ses puissans amis d'Europe. tt est assez remarquable que sa mort, ainsi que celle de la reine d'Angleterre, ait eu lieu cette même année 1 82 1 .
J'étais à Paris quand le prince de Hardenberg y passa pour se rendre à Leybach. QFayant fait appeler, le prince me dit qu'il avait le projet d'introduire en Prusse la découverte récente des
DE FAUCHE -BOREL. 5i9
fosses mobiles inodores , faite en France -, et qui y était soutenue par le gouvernement; découverte qu'on regardait alors comme avantageuse, soit à l'agriculture , soit à la salubrité defe hôpitaux , des prisons et des casernes. A cette occasion, le prince ajouta : « Le Roi aime essentiellece ment ses soldats; allez visiter les casernes avec «le conseiller intime M. Schœll; entendez -vous « ensuite avec les membres de l'administration « qui y est organisée, afin de concourir à intro- « duire dans les États de S. M. le roi de Prusse « une découverte aussi utile. »
Je vins à Paris , et je m'entendis à cet effet avec les membres de l'administration, MM. Donat, Labénardière et de Forcade. On me demandait une mise de fonds de cent soixante mille francs; je proposai d'accorder le cinquième des bénéfices qui pourraient se faire, par l'introduction de «e#pro- •' cédé, tant en Angleterre qu'en Prusse. Eii conséquence, Sa Majesté Prussienne accorda des patentes pour tous ses États, mais particulièrement pour les hôpitaux, les casernes et toutes les maisons royales. Ne pouvant suivre cette affaire par moimême, je cédai, en traitant avec l'administration de Paris , et avec M. de Forcade en particulier, le privilège à mon neveu Bartholomé Fauche, qui, par suite d'arrangemens contraires à mes instruc-
tions, fut la cause d'une série de désagrémens auxquels je devais être loin de m'attendre.
S. A. le prince chancelier d'État avait toujours reçu avec satisfaction mes communications de Londres et de Paris , et avait daigné m'en témoigner son contentement. A mon retour à Berlin, je. reçus du prince l'avis agréable que Sa Majesté Prussienne venait de me donner le titre de conseiller de légation , et de me nommer en même temps son consul général pour résider en Suisse. A cette place était attaché un traitement de trois mille écus décrusse. On regarda généralement le choix que Sa Majesté avait fait de ma personne, dans cette circonstance, comme une récompense accordée à mon zèle, comme un moyen de m'indemniser des pertes que j'avais éprouvées, et comme une retraite honorable dans mon pays. « Votre Altesse , » répondisse au priuce chancelier dans ma lettre de remercîmens1, «Votre « Altesse n'aura jamais à regretter la confiance « qu'elle daigne m'accorder, et Sa Majesté sera « servie avec zèle. »
Je reçus peu de temps après, du ministre des affaires étrangères, comte de BernstorfF, communication du règlement qui fixe les obligations
1 Datée de Berlin, le 21 juillet iftu. • . '
DE FÀUC1TE-BOREL. 5a i
et les droits des agens commerciaux; mais ce ne fut que le 19 octobre suivant que le prince chancelier me donna ses instructions , d'après les-r quelles je devais me rendre d'abord à Neuchâtel , Berne , puis à Baie. Mais ayant présenté au ministre des affaires étrangères une note par laquelle je lui témoignai le désir d'aller d'abord à Paris, j'y fus autorisé, et je partis pour cette capitale au mois de décembre 1821» C'était au moment même de la chute du second ministère du duc de Richelieu , et où venait d'être formé le ministère appelé ministère royaliste, composé de MM. de Peyronnet, du vicomte de Montmo-,
rency, du maréchal duc de Bellune, de M. dfc Corbière , du marquis de Cierrnont-Tonnefre , de M. de Villèle et de M. de Lauristori.
Ayant triomphé en partie de pies ennemis , qui , de guerre lassé , ne montraient plus contre moi le même acharnement, je pensai que l'accès des Tuileries ne me serait plus fenfné. En effet , j'eus l'honneur d'être admis par S. M. Louis XVIII à une audience particulière, qui dura plus d'une heure, dans son cabinet. Le Roi mit de l'intérêt à connaître par mon organe , dans le plus grand détail, tout ce qui s'était passé au congrès de Vienne , à l'époque du 20 mars. Je satisfis à la curiosité du Roi, et lui témoignai mon profond
5m mémoires
regret de ce qu'étant parti de Vienne à cette même époque , chargé d'une lettre extrêmement rassurante de mon souverain pour Sa Majesté, on eût dérobé à sa connaissance les circonstances de mon arrivée à Gand , ainsi que le traitement injuste et peu mérité que j'y avais éprouvé à la suite de ma mission.
Je crus aussi devoir saisir l'occasion d'instruire le Roi de ce qui avait singulièrement influé sur la politique des souverains au congrès de Troppau, et je lui parlai du Mémoire que j'avais été chargé de faire mettre sous les yeux de V empereur Alexandre. « Sire, ajoutai-je, Fauteur de cet a étrit remarquable m'a permis d'en prendre une « copie, et de saisir l'occasion de la faire parvenir « sûrement dans les mains augustes de Votre « Majesté. » J'attendis que le Roi témoignât le désir de l'avoir, et sortant le manuscrit de ma poche, «Sire, ajôutai-je, comme ce Mémoire a « cent vingt pages, Votre Majesté voudra sans « doute le conserver , d'autant plus que l'auteur « est un des serviteurs les plus dévoués de vôtre « auguste dynastie et de la plus sainte des causes; «il est âgé de soixante - douze . ans , et c'est le « célèbre M. de Bergasse. » t
A ce nom, le Roi prit le manuscrit, et parcourut la lettre d'introduction à l'empereur
Alexandre. Je pris la liberté alors de faire connaître au Roi la position de M. de Bergasse , et les titres qu'il avait à l'intérêt des Bourbons. Mon respect et ma discrétion ne me permirent pas de parler de mes intérêts; et c'est un tort que j'ai à me reprocher aujourd'hui; car le Roi sans doute me supposait Complètement indemnisé, par suite des différente^ .mesures qu'il avait ordonnées lui-même à mon sujet.
Cette audience néanmoins me combla de joie, et écarta même de mon esprit la supposition de tout le mal qu'on m'avait fait dans l'esprit du Roi,* et dont j'appris que les documens reposaient dans lés cartons du ministère.
Trois jours après cette audience, le vicomte Matthieu de Montmorency vint chez M. de Bergasse , lui dire avec empressement : « Hé bien , mon «cher Bergasse, savez -vous que vous êtes très « bien dans l'esprit de Louis XVIII, et que je suis « chargé de sa part cte vous demander ce qu'il « vous faudrait pour vous empêcher de vendre « votre maison de campagne. » Sur quoi M. de Bergasse répondit de ^suitè : « Je parie que c'est « Fauche qui a attaché le grelot. — Hé bien oui, « c'est lui.,... »
Un philosophe chrétien tel que M. dé Bergasse ne pouvait que former des désirs pleins de modération et de sagesse.
5a4 MÉMOIRES
A quelques jours de là, je lui fi$ une visite, et il me dit : a C'est à vous que je dois l'intérêt « que Sa Majesté a daigné me faire témoigner « d'une manière si gracieuse. Pourriez-vous croire « que non seulement le duc de Richelieu et M. de « Chateaubriand , mais encore M. de Montmo- « rency lui-même, qui si souvent m'avaient dit • ce qu'ils parleraient de paoi au Roi , avaient toua jours négligé d'en saisir l'occasion? — Vous ne <c serez point ministre, à cause de votre âge, dit « M, de Montmorency à M, de Bergasse; mais vous « serez consulté. »
Du reste, je fus personnellement très. bien accueilli de M. le vicomte de Montmorency; il me témoigna combien les marques de satisfaction que j'avais reçues de la Prusse lui étaient agréables. Il me promit une lettre d'introduction et de recommandation auprès de M. Fahy, le chargé d'affaires en Suisse, dont on disait beaucoup de bien. •
J'appris que Méhée de La Touche vivait à la campagne , et que les nouveaux ministres ne paraissaient pas disposés à le traiter aussi favorablement que l'ancien ministère.
Vers la même époque, je fus présenté, par M. le duc d'Havre, à S. E. M; de^ Corbière, qui, en me recevant, me dit : « Ne me reconnaissez- « vous pas, monsieur Fauche - Rorel ? — Non,
« Monseigneur, — C'est moi qui sauvai , au « 18 fructidor (4 septembre 1797)? les papiers ce de Pichegru , et les portai rue du Bac. J'ai bien «connu tout ce que vous fîtes déjà à cette épo- « que, et je sais tout ce que vous avez fait depuis « pour la cause que vous servez avec tant de zèle « et de persévérance. Comment ! vous n'avez rien «là? ajouta-t-il en mettant la main sut* ma bou- « tonnière. — - Non, Monseigneur; mais ce qui
« devrait y être est dans mon coeur. — Oh ! je « veux que vous l'ayez ; vous l'avez bien mérité. » À quoi M. le duc d'Havre ajouta : « Personne , « Monseigneur, ne l'a mieux mérité en effet que « M. de Fauche-Borel. »
Quinze jours .après , Son Excellence me fit l'honneur de me dire que cette décoration dépendait du ministère des affaires étrangères; qu'il en parlerait à M. le vicomte Matthieu de Montmôr rency, et que je devais le voir. Effectivement, j'eus occasion de m'y présenter, en même temps que j'y accompagnais mon neveu Bartholomé de Fauche, qui Venait de recevoir Une tabatière ornée du chiffre en brillans de S. JW. Louis XVDI, pour reconnaître les services qu'il avait rendus en faisant les fonctions de consul de France à
Gothênbourg par intérim. M. de Montmorency dit à mon neveu , qui postulait la place dfe consul
5a6 MÉMOIRES
de France dans la même ville : « Quand on est le « neveu d'un homme comme M. de Fauche-Borel, (( on a droit de tout attendre du gouvernement « français. » îTest-il pas étonnant qu'avec de telles assurances, je sois encore à attendre les effets de l'accomplissement des promesses du Roi , qui a toujours voulu reconnaître mes longs et périlleux services? .
Je vis aussi pendant mon séjour à Paris l'ancien directeur Barras, qui, m'entretenant des causes de discorde et d'agitation qui existaient encore en France, ajouta qu'il fallait prendre garde à une circonstance qui paraissait mériter l'attention : c'est que Eugène Beauharnais qui avait vendu tous ses biens à wéipéré venait de les racheter tous avec beaucoup d'autres, ce qui faisait présumer que son espoir de revenir un jour en France s'était réveillé. « Le mariage de sa « fille , continua Barras, avecs Oscar, fils de Ber- « nadotte , porte aux conjectures , et Eugène est « généralement désigné pour régent , dans le cas a où le parti du petit Buônaparte l'emporterait. » On ne se fait pas d'idée comme Barras avait en horreur ce parti.
Tout fermentait en Europe où plusieurs États étaient en proie à de viblentes convulsions qui n'étaient, à vrai dire, que la répétition plus ou
DE FAUCBE-BOREL. 5*7
moins fidèle des premières crises de la révolution française. .
Il avait été convenu Tannée précédente, à la clôture du congrès de Leybach , que les souverains se réuniraient dans le courant de l'année 1822 pour y prendre en coniidération le terme à fixer aux mesures jugées nécessaires pour raffermir la tranquillité de la péninsule italienne. Mais des événemens non moins importans que ceux qui avaient amené le cougrès de Leybach étaient survenus-, qui sollicitaient plus vivement l'attention des souverains; les affaires de l'Orient, l'insurrection des Grecs, la rupture toujours immin ente de la Russie avec la Porte et surtout l'état des affaires de l'Espagne et les rapports déjà hostiles entre elle et la France, tout montrait que les intérêts de l'Italie ne serafent pas les plus sérieux objets des conférences. On les attendait avec anxiété, et, au choix que les puissances firent de leurs ministres plénipotentiaires, on vit l'intérêt qu'elles y attachaient : les principales légations et plusieurs ministères demeurèrent comme suspendus et transportés d'abord à Vienne, puis à Vérone.
La réunion du congrès avait été fixée. au Commencement de septembre. Le marquis de Londonderry était désigné comme plénipotentiaire de la Grande-Bretagne.
5a8 MÉMOIRES
Autorisé par ma cour à faire un court voyage en Angleterre avant d'aller m'installer en Suisse, j'arrivai à Londres au moment où Georges IV, qui s'était promis Tannée précédente , à son retour d'Irlande, de faire un voyage en Ecosse, allait se mettre en route pour Edimbourg. Cette circonstance ne me permit pas de voir le Roi.
Tandis que la capitale de l'Ecosse se livrait à la joie et aux préparatifs de la réception du souverain, Londres fut frappé d'un funeste événement , la mort soudaine du marquis de Londonderry, arrivée le i a août. Elle fut d'abord annoncée dans le public comme l'effet d'une goutte remontée, et reconnue ensuite comme un suicide occasionné suivant les uns par un excès d'aliénation mentale dont le marquis aurait déjà donné quelques symptômes avant le départ du Roi , et , suivant d'autres , par le dégoût du travail , des affaires , et par l'embarras de la situation politique où il allait se trouver à Vérone, et où il était chargé de représenter son souverain.
Cet événement réveilla les passions et donna un nouvel essor k l'esprit de parti qui déjà avait rendu impopulaire cet infortuné ministre. Il s'était suicidé à sa maison de campagne. Je vis de mes yeux devant sa propre maison , en ville 9 le matin même où sa mort fut ébruitée, deux stages remplis de monde, et sur l'impériale plusieurs boni-
DE FAUCHE-BORËL. S19
mes élevant leur chapeau en l'air et l'agiter en signe àe satisfaction, en criant : // est mort! il est mort !
On remarqua ensuite nombre de libéraux ou radicaux partant pour la France, sans doute pour se concerter avec les affiliés sur l'événement auquel ils auraient voulu ajouter celui de l'assassinat du duc de Wellington, qu'ils avaient ébruité comme ayant eu lieu sur le continent, par les mains du fils du maréchal Ney, événement qui, le 6 août , fut démenti dans tous les papiers.
Le cabinet fit partir à la hâte, pour Paris, M- Becket, ancien sous -secrétaire d'État sous lord Sydmouth; il était alors juge avocat, et on avait en lui la plus haute confiance. C'était un homme justement estimé et avec lequel j'avais été souvent mis en rapport.
En arrivant à Londres, le Roi trouva les partis fort agités. Ce n'était pas seulement la place de chef du cabinet que le marquis de Londonderry laissait vacante; c'était le système politique tout entier que sa mort laissait flottant. Parmi tous les candidats mis sur les rangs , il n'y eut que M. Canning, proposé par lord Liyerpool, qui arrêta tout d'abord les regards du public. Mais il venait d'être nommé gouverneur général de l'Inde et allait partir pour sa destination. On supposait d ailleurs