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rang se prêtait mieu* à Y incognito ; mais son époux venant. d'être appelé au trône, sa situation changeant de nature T ses droits et ses prétentions étaient plus difficiles à satisfaire. Le Roi désirait, avant tout, qu'elle ne vînt point en Angleterre; ainsi, la résolution à prendre à son égard fut un des premiers objets qui occupèrent le cabinet quand j'arrivai à Londres. Le Conseil avait déjà décidé qu'on tenterait auprès de la princesse , qu'on répugnait à reconnaître en qualité de Reine , des négociations particulières.
Ce fut daus cette entrefaite que j'eus l'honneur d'être reçu, pour la troisième fois, en audience particulière par S. M. Georges IV.
« A quoi en sont vos affaires , Fauche , avec « le gouvernement français ? daigna me dire « Sa Majesté. — Sire, tant et si long-temps que « Votre Majesté ne trouvera pas convenable d'é- « crire de sa propre main à S. M. Louis XVTII, « je n'arriverai plus à son cœur, — Oui, Fauche, « je le sens , les deux battans ne vous sont plus « ouverts aux Tuileries , comme ils l'étaient à « Rigel , à Mittau , à Hartwell ; déjà les intrigues
« de cour Mais laissez-moi faire; j'écrirai au
« Roi, et je pense que S. M. Louis XVUI, à qui je « n'ai encore rien demandé , ne. me refusera « pas un acte de justice réclamé en faveur d'un
« homme qui a si bien servi sa cause et celle des « légitimités..... Laissez faire. Fauche, j'écrirai; « maiâ je vous donne pour conseil d'accepter tout « ce qui vous sera accordé , quelque modique « somme que ce puisse être ; ne fût-ce qu'une « pension. Si faible qu'elle soit il faut l'accepter, « parce que les rois n'accordent, et surtout des « pensions, qu'à ceux qui les ont méritées. Comte plète justice vous sera rendue plus tard puisque « vous avez là des personnes qui vous desservent « maintenant. »
Je saisis cette occasion pour faire part à Sa Majesté des données que j'avais sur la prochaine arrivée^e la Reine en Angleterre. Sa Majesté était au contraire persuadée que la Reine resterait en Suisse ; et comme j'insistai , le Roi me dit : « Non , « Fauche, la Reine restera à Genève ; j'y fais né- « gocier son séjour par lord Hutchinson, qui a « autorité et pouvoir de lui accorder cinquante « mille guinées de revenus et le titre de Reine. » Comme j'insistai de nouveau, je dis à Sa Majesté « qu'il était de mon devoir de lui faire connaître « comment je savais aussi positivement que la « Reine arriverait subitement , parce qu'il n'était « plus en son pouvoir de ne plus arriver ; que « j'étais sûr qu'elle était dans les mains d'un parti « qui voulait se servir de son nom et de ses
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« Moyens pour tenter d'opérer une révolution en « Angleterre ; que ce projet m'était connu pour « l'avoir entendu avouer à la suite d'un dîner chez « l'efc-directeur Barras , et de la bouché même de « l'ex-sénatéur Garât, le même qui avait lu à « Louis XVI sa sentence de mort ; et que je « pouvais même affirmer qu'il s'était exprimé à « peu près en ces termes : Aujourd'hui nous les a tenons ces matins d'Anglais ; nous irons détruire a cet infâme gouvernement, et si nous n'avons « pas réussi à Cato, à Spafield, à Manchester, en « Ecosse , en Irlande, nous réussirons au moyen « dé là Reine qui est dans nos mains : il n'est plus « en son pouvoir de nous échapper..... »%u moment où je partais pour Londres, Garât s'y était rendu de son côté* sous prétexte qu'il avait des intérêts à régler en Espagne; son fils l'accompagnait; Rovigo et d'autres personnages de la mêtné trempe, accoururent aussi en Angleterre, comme pour jouir des troubles auxquels ce pays était en proie. Le Roi persistait à croire néanmoins que j'étais dans l'erreur; mais quel ne fut pas son étonnemetot lorsque dix jours après (6 juin 1820), la Reine, qui venait de débarquer à Douvres , fit son entrée à Londres , accompagnée de l'aldertnati Wood et#de lady rfamilton. C'est là que la populace, dételant ses chevaux, traîna sa
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voiture et la fit passer devant Carletonhouse , poussant des cris insultans pour le Roi, et des acclamations séditieuses. Le Roi dit à cette occasion : « 11 n'y avait qu'un homme bien instruit , « c'était Fauche-Borel. » Le dénoûment de cette crise est connu.
Quant à ce qui me concernait , Sa Majesté avait daigné charger lord Castlereagh de sa recommandation royale , qui fut adressée à Paris à l'ambassadeur d'Angleterre, chevalier Stuart, aujourd'hui lord Stuart Rodley.
Muni de cette haute recommandation , je revins à Paris, et c'est alors que M. le comte de Pradel m'ayant fait appeler, me dit avec une apparence d'étonnement : « Mais , qu'est-ce donc , mon*- « sieur Fauche ? tous les rois de lp terre s'occu~ « pent de vous : non seulement le roi de Prusse, « mais le roi d'Angleterre , tout récemment, vient « d'écrire au Roi pour lui recommander vos in- « térêts ; qu'est-ce que cela veut dire ? -*- C'est a que le roi d'Angleterre comme le roi de Prusse, ce savent tout ce que j'ai fait dans l'intérêt des « Bourbons, et qu'il n'y a que vous et M. de Bla* ce cas qui paraissiez vouloir l'ignorer.
« -~- Eh bien! le Roi veut qu'on finisse votre « affaire ; en conséquence , monsieur Fauche , « allez aussi promptement que vous le pourrez
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« chez M. Husson , maître des requêtes , qui est « chargé, de faire un rapport au Roi sur l'objet « de vos réclamations ; il est indisposé dans ce « moment-ci , mais allez-y ; il est convenu qu'il « vous recevra. »
Je me rendis de suite chez M. Husson qui , malade en effet, gardait la chambre :» aux choses obligeantes qu'il eut la bonté de me dire, je vis que mes intérêts étaient dans les mains d'un homme bienveillant. Je lui remis toutes mes notes. Cinq mois s'écoulèrent sans que rien fut statué, sans doute par suite des entraves sourdes qu'on opposait à la conclusion de ce travail. Enfin M. Husson pouvant terminer son rapport, confirma les conclusions de l'ex-président du Conseil, M. Decazes, qui m'accordait cent mille écus, douze mille francs de pension , et qui laissait de plus au cœur du Roi la différence provenant de la manière dont la liquidation du titre Saint- Morys avait' été faite, ce qui m'avait fait perdre cent soixante-dix mille francs.
Eh bien! malgré ces conclusions, l'acte de justice resta incomplet.
On en jugera par l'exiguité de l'indemnité qui me fut allouée par suite de la décision finale adoptée à mon égard. Au lieu d'être complètement indemnisé, je ne reçus, après dix ans de délais,
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de tribulations et de nouveaux sacrifices de ma part, qu'un à-cbmpte de cinquante mille francs, et trois mille francs de pension, accompagnés, il est v^ai, d'une lettre honorable conçue ^n ces termes :
« Paris, le 3 août 1820.
« J'ai remis sous le(s yeux du Roi , Monsieur , « l'exposé de vos réclamations et de vos services. « Sa Majesté, voulant bien se rappeler les preuves « constantes de dévoûment que vous lui avez « données, et désirant les reconnaître d'une ma- « nière à la fois honorable et utile pour vous, a « daigné vous assigner une pension de trois mille « francs sur les fonds de la liste civile, et m'auto- « riser à vous faire compter une gratification de « cinquante mille francs.
« Je m'empresserai d'exécuter les ordres du «Roi en vous faisant délivrer incessamment le « brevet de la pension accordée par Sa Majesté , « et en ordonnançant à votre profit le montant « de la gratification.
« Recevez , Monsieur , les assurances de .ma a considération distinguée.
« Le directeur-général ayant le portefeuille u du ministre de la maison du Roi ,
« Signé j le comte pe PRADEL, a
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Voici ce que m'écrivit mon* rapporteur, AL Husson, en réponse à ta lettre que je lui adressai peu de temps après cette décision,.,. « Les félicitations que vous avez reçues de vos « amis de Londres , et qui sont contenues dans « les lettres que vous m'avez communiquées, sont « faites pour vous causer une grande satisfaction, « dont la cause première existe dans la justice « que le Roi vous a rendue. Reconnu fidèle ser- « viteur de Sa Majesté , vous avez atteint votre « but principal , et la quotité des récompenses « que le Roi a bien voulu vous accorder ne forme « qu'un objet accessoire. Plein de respect d'ail- <t leurs pour la décision de Sa Majesté , il ne m'ap- « partient pas d'examiner si l'indemnité aurait du « être plus considérable.... »
Sans nul doute elle aurait dû être plus considérable ; elle n'était nullement en rapport avec Fénormité de mes sacrifices , ni avec la qualité et l'étendue des récompenses promises par l'organe de l'un des princes français , et qui avaient été précisées dans des termes si larges , que seuls ils disaient tout pour la raison et pour la postérité. Or, ce qui venait de m'être concédé par la liste civile n'était qu'un faible provisoire , comparativement à ce dont les rois de Prusse et d'Angleterre, et les rapporteurs même de la maison du
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Roi, avaient été d'avis. On ne fit que suivre en cela le système des paiemens par à-compte, et encore pour ce que le Roi, dans son équité, avait admis à sa charge ; car, dans la réalité, il s'agit ici d'une dette des princes contractée à l'étranger, pour l'extinction de laquelle c'est l'État qui doit faire les fonds.
Ce classementrtîe responsabilité n'a-t-il pas été fait par la loi du 21 décembre i8i4> qui vota un fonds de trente millions , reconnu insuffisant encore Tannée dernière, ce qui a donné lieu à la création d'une nouvelle commission pour liquider ce qui reste de réclamations légitimes ?
Plus tard, ayant rencontré M. Husson, rapporteur dans mon affaire , et que je n'avais pas vu depuis , il me dit en me saluant : « Combien «je regrette, monsieur Fauche, de n'avoir pas « lu plus tôt la Fie de Louis XVIII , par M. de « Beauchamp ? ! J'y ai trouvé des pièces que vous « n'avez pa* pu me donner : elles honorent, votre «belle conduite, et justifient encore plus vos « services. J'aurais bien plus insisté encore pour « que l'indemnité que je proposais de vous accor- « der vous fût allouée tout entière : mais le mo-
1 Cet ouvrage n'avait point encore paru quand M. Husson fit son rapport.
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a ment viendra , monsieur Fauche , où complète « justice vous sera rendue par le Roi. »
Ceci me rappela les paroles pleines de bonté et de sens qu'avait daigné m'adresser Sa Majesté Georges IV.
J'avais eu plusieurs fois l'occasion de revoir Tex - directeur Barras, dont je viens de parler au sujet de la troisième audience que m'accorda le roi d'Angleterre ; je continuai toujours d'être en relation avec lui. Mais je dois appuyer cette assertion de preuves, d'autant plus que ceux qui aujourd'hui voudraient exploiter exclusivement la réputation et la conduite de Ce personnage contemporain, prétendent contester mes rapports intimes avec lui. S'ils avaient eu lieu d'abord par des intermédiaires avant la restauration , depuis je les continuai directement et personnellement avec lui-même jusqu'à sa mort. Les faits vont encore répondre aux dénégations de l'esprit de parti. Je n'ai rien laissé ignorer à cet égard relativement à tout ce qui a précédé et suivi les funestes cent jours. Vers la fin de i8i5, toujours en suivant l'esprit et la lettre des instructions du Roi; qui portaient de rattacher le plus possible les républicains à la cause des Bourbons , et par suite des rapports que je me ménageais dans les intérêts du Roi , je priai le général Barras de
porter sur les fonts de baptême nia petite-fille Léonie, en même temps que M. le duc d'Aumont voulait bien consentir à être l'un des deux parrains. Je donnai ainsi à ma petite-fille deux parrains, l'un choisi dans l'élite des royalistes , l'autre parmi les chefs de la république éphémère, et qui avait été l'un de ses principaux magistrats. Le général Barras se prêta de la meilleure grâce du monde au désir que je lui témoignai à cet égard, et mes relations avec lui devinrent de plus en plus intimes. On en jugera par la lettre suivante , qu'il m'écrivit à l'époque de la mort de ma femme, lettre autographe que j'ai par^devers moi.
« Le général P. Barras a l'honneur de saluer a monsieur Fauche - Borel , et de lui témoigner « combien il prend part à la perte qu'il vient « de faire. Il a reçu avec plaisir des nouvelles « de sa petite filleule : c'est une consolation dans « les événemens fâcheux.
« II lui renvoie sous ce plr l'effet pour lequel « il désirait le consulter, n'ayant pu déchiffrer « les noms des signataires. Il invite monsieur « Fauche de ne rien conclure avant d'être venu « à Chaillot ; à cet effet , il est invité de venir «lundi prochain, jour de la Toussaint, dîner « avec lui à six heures.
« Paris, le 3o octobre 1824» »
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Il est à remarquer que cette lettre, où mes relation» avec le général Barras sont établies victorieusement, est d'une date postérieure au désaveu qu'on prétendait qu'il avait fait d'un de mes écrits au mois de juin {$19. Ce désaveu ou plutôt cette déclaration , intitulée Le général Barras à ses concitoyens^ comprenant trois pages in-4% loin . d'avoir aucun rapport direct à mes écrits , regarde spécialement les Souvenirs et Anecdotes secrètes qui ne sont point mon ouvrage. L'auteur, M. Lombard deLangres, y avait inséré diverses anecdotes très piquantes sur les dernières années du règne de Buonaparte , et qu'il annonçait avoir puisées dans des conversations que le général Lefèvre , duc de Dantzick, avait eues chez le général Barras et souvent même à sa table. Ces anecdotes étaient parfaitement vraies ; mais n'étant pas à l'avantage du grand homme, leur divulgation parut alors prématurée; le duc de Dantzick se voyant compromis, dépêcha ses aides*l*camp pour faire supprimer l'édition. Là, il y avait une page qui révélait aussi les rapports qu'avait eus le général Barras avec Sa Majesté Louis XVIII avant et dans le cours de 1 8 1 4- Voilà ce qui donna lieu au désaveu du général Barras , désaveu que les hommes qui l'entouraient lui suggérèrent. Je sais qu'alors Barras contribua pour sa part à faire supprimer
l'édition des Souvenirs et Anecdotes secrètes, parce que certains faits qui y étaient consignés l'auraient compromis avec le parti qui déjà maîtrisait l'opinion publique. Ce fut dans ce sens qu'il publia la déclaration dont il s'agit : c'était moins encore une réfutation captieuse àv faits avérés qu'une profession de foi de républicanisme pour satisfaire à la tendance qui était à l'ordre du jour. Mais jamais le général Barras n'a désavoué aucun écrit signé de moi; pas même, comme je l'ai fait observer dans la préface additionnelle qui est en tête de ce quatrième volume, pas même les trois premiers tomes de ces Mémoires- qui ont paru avant sa mort, bien qu'on l'ait obsédé pour tirer de lui un désaveu. . .
Lorsque mon Précis historique parut au commencement de 1816, comme je l'ai dit, Barras me pria de modifier quelques uns des récits qui le concernaient. J'ai donné la clef de ces modifications que je fis réimprimer sous le titre de Notes additionnelles? toutes données par Barras lui-même*
Ainsi le général Barras n'a jamais rien désavoué de ce que j'ai écrit. J'étais chez lui d'ailleurs sur un pied très amical. Je lui avfus présenté sir Charles Flint et M. de Beguelin , secrétaire intfme du prince de Hardenberg, qu'il accueillait avec
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toute la courtoisie que méritaient ces deux personnages. Je voyais aussi fréquemment chez lui l'amiral Sidney Smith, si honorablement connu 4ans les quatre parties du monde.
J'eus l'honneur d'y voir aussi le général comte Guilleminot. Un jour où dans la conversation on parla beaucoup de l'événement du 18 fructidor ( 4 septembre 1797 ) , comme il me témoignait quelques doutes sur les intentions de Pichegru relativement à ses négociations avec le prince de Condé, il me dit : « Mais, monsieur Fauche, quelles «garanties pouvait -il donner au prince de ses « bonnes dispositions ? — Quelles garanties , lui « répondis-je ? voici les propres expressions de « Pichegru à ce sujet : Dites au prince de Condé ce qu'il ne s'est point trompé dans l'opinion qu'il a « de moi; je suis aussi bon Français que lui; le des- « cendant de Henri IV peut compter sur mon déce voûment , et pour gage de mes bonnes dispositions, je fçrai jeter dans le Rhin les quatre « représentais qui me sont envoyés par le comité « de salut public pour me faire passer ce fleuve ; a telle est la garantie que je lui donne: »
Alors le général Guilleminot se leva vivement de son siège en s'écriant : « A présent > monsieur « Fauche , j'y crois : c'était la seule garantie qu'il « pût donner dans sa situation. »
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Barras avait dans son salon le portrait du pape Pie VII , qui figurait d'une manière assez déplacée au milieu des portraits des douze sibylles, « Général , lui dis-je un jour , je désirerais bien «avoir quelque^ chose de vous; par exemple le «portrait du Saint-Père que voilà, et qui n'est « pas en très bonne compagnie, parmi ces douze « sibylles ; j'aimerais bien le posséder et lé tenir « de votre main. — Eh bien ! je vous le donnerai, « me dit-il, et je vous en fais la promesse en pré* « sence de madame la comtesse de Barras. »
Puisse cette dame se rappeler la 'circonstance
que je rapporte, et , si le général avait omis de mentionner sa promesse dans ses dernières dispositions, puisse-t-elle remplir à mon égard l'intention qu'il manifesta devant elle! je recevrais de sa main le portrait de Pie VII avec un double sentiment de reconnaissance.
Barras m'avait bien promis aussi de ne pas oublier de mentionner dans ses dernières dispositions sa filleule dont il m'avait demandé à cet effet les prénoms : Pauline j Léonie. Mais je n'ose plus me flatter qu'il ait effectué ses assurances et ses promesses.
Si, depuis, j'eus quelquefois des dissentimens d'opinion avec lui, ce n'est pas à lui que je dois les attribuer , mais aux entours qui l'obsédaient
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et qui, rêvant la possibilité de rétablir la république, ne voulaient pas qu'il fut dit que Barras, plus clairvoyant qu'eux, en jugeait comme Pichegru et Moreau : ils regardaient la république comme impossible en France, et ils étaient persuadés que fa liberté ne pourrait s'y maintenir qu'avec les Bourbons et la monarchie constitutionnelle.
Ici je reprends la suite de ma narration , qui se rattachait, quand je l'ai interrompue, aux événemens de la fin de 1 820.
Les révolutions d'Espagne, de Portugal et de Naples, venaient d'éclater; et ce qu'il y avait de plus déplorable , c'est que les soldats chargés de la destinée des peuples et des rois servaient euxmêmes d'instrumens pour opérer le bouleversement des États. En même temps que le midi de l'Europe était ainsi déchiré, l'Angleterre, l'Allemagne , et surtout la France , étaient agitées partiellement, et là semblaient s'attiser les flammes d'un incendie général ; tous les amis de l'ordre social en étaient consternés.
Dans ces circonstances graves , les souverains de la sainte alliance prirent la résolution de se réunir en congrès à Troppau.
Je m'étais chargé , de la part de mon honorable ami M JBergasse, dont les lumières et la sagesse ont été généralement appréciées dans toute l'Europe,
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de porter au prince de Hardenberg un Mémoire politique du plus haut intérêt, destiné pour S. M. l'empereur Alexandre, et qui répondait amplement à une lettre que l'Empereur avait écrite à M. de Bergasse. Ce profond penseur y démontrait combien il était urgent d'arrêter, avec une sorte de solennité , et par les moyens les plus efficaces et les plus prompts , les progrès de la secte qui tour à tour visible ou cachée, selon qu'il convient au succès de ses plans , agitait de nouveau , et par des procédés si terribles , le monde civilisé. « Ce « qui se passe, ajoutait-il , en Espagne, à Naples, « dans quelques portions de l'Italie autrichienne « et de l'État romain , en Angleterre et même en «France, au moment où j'écris ceci, ne justifie
<xque trop mes tristes prévoyances Peu de
« gens connaissent les mystères de la secte et ses « immenses ressources ; peu savent combien une « multitude innombrable ^'individus concourent,
« sans s'en douter, aux succès de ses plans Je
« sais bien , poursuivait M. de Bergasse», qu'il « n'appartient à aucun souverain d'exercer une « influence directe sur les résolutions des autres « souverains. Personne n'est plus convaincu que « moi que les nations doivent demeurer indépendantes, et qu'eïitre les chefs qui les goù- <c vernent , il importe qu'il n'y ait aucune subor-