‹ MémoiresChapitre 6 sur 47 · TOME IV · texte numérisé non relu

TOME IV

Quant aux Etats de Frédéric-Guillaume , mon auguste souverain , l'histoire moderne n'avait point encore fourni l'exemple d'une puissance descendue si vite que la Prusse à un tel degré d'abaissement. On l'avait forcée de renoncer à toutes Ses possessions entre le Rhin et l'Elbe , et d'abandonner à la Saxe , c'est-à-dire à Napoléon lui-même, la presque totalité de la Pologne prussienne , perdant ainsi au-delà de la moitié de son territoire, et près de la moitié de sa population. Ainsi venaieijt de se réaliser les prévisions auxquelles avait donné lieu la marche funeste de son cabinet trop long-temps dirigée par des conseillers ou des capitaines, les uns inconsidérés, d'autres perfides. Il n'existait plus que trois États indépendans en Europe : la France , la Russie et l'Angleterre; et la collision des deux premières plongeait dans un vasselage humiliant les autres puissances continentales.

Geperidant , la courageuse opiniâtreté de l'Angleterre , se refusant à' plier devant les deux empires réunis , et l'insatiable avidité de Napoléon , qui, terminant à peine cette guerre dans le Nord, portait déjà ses armés destructives au-delà des Pyrénées , laissaient encore des chances ouvertes à un autre avenir. Je suis même fondé à croire que Louis XVIII , n'apercevant aucun signe de

solidité ni de fixité dans ces combinaisons gigant&ques, n'avait pas perdu l'espérance d'être un jour rétabli sur le troue de ses ancêtres. Je reçus l'ordre tle rendre compte directement au Roi de tout ce qui avait été fait touchant la correspondance avec l'intérieur : je le fis dans le plus grand détail. Le Roi daigna m 'approuver, et me fit donner l'instruction de continuer mes démarches.

Je suivis donc, toujours par ordre, et en la communiquant aux ministres de Sa Majesté Britannique, ma correspondance particulière avec Perlet , pour le service du Roi* .

Il faut qu'on sache par quels manèges et par quels artifices ce traître parvint à prolonger pendant si long-temps le prestige de sa profonde déception, si nuisible d'une part aux vrais intérêts du Roi , et de l'autre à mon repos , qui en fut troublé avec un redoublement de contrariétés fâcheuses et même d'infortunes, comme on le verra bientôt

Le fait est que , depuis la perte fatale de mon neveu Yitel , Perlet avait rendu sa correspondance beaucoup moins fréquente; mais que malheureusement , comme je l'ai déjà dit , ma confiance en lui était restée à peu près la même, Perlet ayant eu l'art de rejeter l'assassinat de mon neveu

sur d'autres circonstances que je me proposais d'éclaircir. Il correspondait aussi avec le général Danican , à Londres , ayant eu jadis avec lui des liaisons de parti, et il le pressait de se rendre furtivement à Paris : toujours le comité royal était le prétexte de ses instances. Avant l'arrivée du Roi , les ministres anglais avaient autorisé le général Danican à répondre à l'appel de Perlet, en qui il disait avoir une grande confiance. Sa mission avait le double but de prendre près. de Perlet des informations sur les forces et les besoins du comité royal, et de découvrir comment et par qui mon neveu avait été arrêté , et pourquoi il avait été fusillé. Mais par une fatalité inconcevable, le général Danican n'alla pas audelà de Rouen; et là, ayant conçu des craintes, il revint à Londres par Hambourg, sans pouvoir mettre fin à nos incertitudes sur l'existence du prétendu comité royal, de même que sur les causes et les détails de la mort de mon neveu» Le général Prévost de Boissy , âgé de plus de cin-

quante ans , et son ami intime , ayant été envoyé à Parte, à sa place, indiqué par lui, et adressé à Perlet, eut le même sort que mon neveu Vitel : il fut passé par les armes. Cette nouvelle catastrophe ne nous inspira pourtant aucune défiance, l'événement d'ailleurs ayant fait peu de sensation :

dans notre manière de voir nous étions très éloignés de l'imputer à Perlet Le général Danican crut devoir justifier le peu de succès qu'avait eu son voyage; il prétendit avoir rendu un éminent service en signalant la station de quatre vaisseaux armés dans les ports de France; et comme d'ailleurs il paraissait avoir exposé sa personne , il lui fut accordé une augmentation de pension qui, de cent vingt livres sterling , fut portée à quatre cents livres ; en outre il garda les cinq cents louis destinés à sa mission : on voit par là qu'il n'eut pas lieu de s'en plaindre» Du reste , la correspondance de Perlet n'eu fut pas interrompue, Avant d'en faire connaître ici la direction politique à cette époque , j'indiquerai à quel terme elle en était peu de temps auparavant l'arrivée du Roi en Angleterre. Je dirai d'abord que M. de Puisaye aVait insinué à M. Canning, alors ministre des affaires étrangères, que cette affaire ressemblait beaucoup à l'intrigue ourdie par Méhée de la Touche , c'est-à-dire à une mystification dans laquelle il ne voulait être pour rien ; mais comme en même temps il montrait la prétention de s'emparer de l'affaire et de la diriger lui-même, nous fumes fondés à croire, le général Danican et moi , qu'il n'agissait dans cette circonstance que par esprit de rivalité et d'ambition ; et

en outre , parce qu'il savait que cette correspondance intéressait le cabinet de Louis XVIII, et y aboutissait.

Perlet, instruit de la défiance et des préventions de Puisaye , écrivit qu'il était chargé , au nom de son comité^ de demander très fortement qu'il ne fut donné aucune attache à des mouyemens partiels qui ne seraient pas dirigés par Paris, « II « faut, ajoutait-il, un point central et unique; et a ce point, c'est nous. »

De son côté M. Canning, cédant aux instances de Puisaye ,. avait décidé que je soumettrais à ce dernier la correspondance de Paris, et que de plus je lui remettrais un billet de confiance écrit par triplicataj pour être présenté à Perlet de sa part , ou même par un sénateur ayant toute la confiance de Puisaye, et qui serait chargé de sonder Perlet et de connaître ses moyens. En donnant avis de cette mesure à Perlet, je lui disais que je mettais beaucoup d'intérêt à savoir si , comme il l'avait annoncé, on pouvait compter sur Fouehé, qui était désigné, dans la correspondance , sous le nom de Maradan. Ceci , lui disais-je , inspirerait autant de sécurité que de confiance. À cette lettre Danican avait joint une note par laquelle il disait à Perlet :« Je soupçonne « que les gens qui jouissent ici de ta grande con-

ce fiance et auxquels on soumet tout ( le comte de ce Puisaye) , n'ont pas de moyens personnels dans « l'intérieur, et qu'ils désirent s'approprier notre « affaire s'ils la trouvent bonne..... 9

J'écrivis le même jour au comte d'Àntraigues * t « La confiance s'établira sûrement entre les amis « de Paris par le bon choix que fera M. le comte « de Puisaye de la personne munie de ses pouce voirs , et qui sera nantie du billet de confiance « que je vous ai remis ce matin par triplicata.... »

Peu de jours après % je m'exprimai encore plus clairement dans une lettre que j'adressai à M. Can~ ning : « Sachant , lui disais-je , que M. le comte de « Puisaye était chargé de tout ce qui avait rapport « à l'intérieur de la France , je lui ai remis dans « les mains une affaire entamée et suivie par moi, « mais ssmetionnée par le Roi, qui m'avait chargé « d'en donner connaissance au gouvernement bri- « tannique. J'ai vu avec peine que M. de Puisaye a n'a donné aucune confiance à cette affaire , et « que dans une lettre qu'il écrit à* M. le comte ce d'Àntraigues, il me donne l'injonction de cesser <r toute correspondance avec mes amis : ma cor- « respondance est celle d'un homme dévoué de « cœur et d'âme à la bonne cause, et si je devais

« 6 octobre 1807. # a 11 octobre 1807.

« ne plus la continuer, c'est de la part de Votre « Excellence que je désirerais en recevoir l'ordre... « J'ai d'ailleurs la certitude qu'à Paris on travaille a pour le souverain légitime, et que tous projets, « plans , mouverûens , qui auraient un autre but , « y seront considérés comme les mille et une in- « trigues qui , en enrichissant leurs auteurs , n'ont « produit que des victimes. J'ai la consolation de « n'avoir compromis personne ; j'ai fourni par « ordre à M. le comte de Puisaye les moyens de « vérifier l'état des choses, et j'ai le droit d'espérer « que les braves amis de Paris trouveront dans « les vérificateurs la même discrétion qu'ils ont « trouvée en moi; je suis prêt à donner tous a les autres renseignemens qu'on voudra me de* « mander. Rome est dans Rome , et c'est de Paris « qu'on doit tout espérer : de là l'impulsion peut oc être facilement donnée aux armées et aux dé- « partemens. C'est toujours Paris , qui dans tous ic les changemens qui ont eu lieu depuis la revoie lùtion, c'est toujours Paris, dis-ye, qui a or- « donné le mouvement. »

Quant aux lettres de Perlet, comme elles lui étaient toujours dictées par la police impériale , elles tendaient â paralyser les mouvemens royalistes et à diviser de plus en plus les partisans de la monarchie et les serviteurs du Roi. Voici com-

ment PerJet s'exprimait à l'égard du comte de Puisaye, dans sa lettre du a 8 octobre, reçue le 16 novembre : « Alors même , disait-il , que le parti « royaliste de Bretagne existerait en action , M. de « Puisaye serait loin , comme chef, d'y réunir tous « les suffrages. On connaît les crises qu'il a es- « suyées; il lui est donc resté des amis dans le « pays , mais départi il n'en a point ; j'ajouterai ence core qu'assez généralement l'impression qu'on « en a conservée est celle d'un ami des Anglais. « Jugez vous-même ce que fera le pays avec Pui- « saye entre les Anglais et les Bourbons; voilà ce « que vous pouvez apprécier tout aussi-bien que « moi ; mais je dirai plus , c'est que tous les amis « intimes de Puisaye ont tous apostasie nos lé- « gitimes souverains pour sacrifier hautement à <c l'idole ! Voyez M. de Vauban, M. de Wimpfeq , « M. de Chambrai son parent, dont le fils est officier « dans la grande-armée. Je ne cite que ceux-là ce comme les plus connus. Vous me demandez une a réponse franche à ce sujet; je n'hésite pas à vous a la donner, en rendant d'ailleurs hommage aux « talens de l'homme , et même n'accusaût pas ses <e intentions ni sa fidélité. Ceci me mène naturelce lement à la première question de votre lettre ce relative au parti d'Orléans : j'appelle ainsi tout « ce qui tient le milieu entre la révolution et les

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« branches aînées des Bourbons ; tout ce qui nrest « pas attaché au principe sacré de l'hérédité di- « recte; et, enfin, tous ceux qui, sentant qu'il « n'y a de repos qu'avec tes Bourbons, veulent « une garantie de leur conduite révolutionnaire. « M. de Yauban laisse à entendre clairement que « Puisaye voulait ainsi sauver la monarchie , en « sacrifiant h floi. Ce parti-là n'agit pas, ne se « remue pas ; il se repose sur le temps et sur des « intérêts naturels , et sous ce point de vue d'ac- « tion , le duc d'Orléans a raison dans son désaveu, « et j'admets très bien un parti d'Orléaùs dont le « duc d'Orléans n'est pas..... »

Perlet terminait sa dépêche par cette phrase qui renfermait à elle seule tout le secret de sa perfidie : « Je voudrais seulement vous convaincre, u comme je le suis, que rien ne peut et ne pourra « se faire sans nous (ceci n'est pas trop fort), et que « tout ce que l'on tentera (quoi que ce soit) qui « ne nous sera pas communiqué, échouera : pé- « nétrezrvous bien de cette vérité. »

J'étais tellement abusé, qu'en donnant corn-' munication de cette lettre à M. Canning, je lui disais : « Je conjure Votre Excellence de se péné- « trer que s'il existe une opération qui puisse « donner des chances heureuses , c'est celle qui « est dans les mains des personnes qui composent

DE FAUCHE -BOR EL. n

« le comité secret, duquel Perlet (sous le nom de « Bourlac) est le secrétaire,.,,; et surtout évitons, « ajoutai-je, la multiplicité de* confidences, qui « a toujours compromis les plans les mieux con- « certes.

« C'est M. de Montgaillard qui perdit le gé- « néral Pichegru au 1 8 fructidor.

« C'est le marquis de la Maisonfort qui, par ses « jactances, compromit , à Berlin , l'opération conte certée avec les agens (de Barras, et qui fut cause « que Sieyes en eut connaissance. »

Ces deux assertions auraient dû frapper ML Canning. Celle qui concerne M. de la Maisonfort a été portée depuis à un plue haut degré de conviction, par les information* ultérieures que voici, et dont je garantis l'authenticité ;

«Le ministère anglais mit tant d'intérêt, en « 1 799 , à la mission de David Monnier, relative « au directeur Barras , qu'il jugea convenable «d'envoyer sur le continent, immédiatement « après le départ de Fauche et de Pichegru, une « personne qui avait toute «a confiance et qui se « chargerait d'acquitter toutes les dépenses qu'oc- « casionnerait l'opération. Sir CharJee Flint avait « été choisi à cet effet par les ministres. Il devait « se mettre en route immédiatement après que «Fauche aurait écrit de -Hambourg, où était

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« attendu David Monnier, à quel terme en était la « négociation. Sir Charles devait voyager sous le « nom de Johnson ; mais Fauche ayant annoncé « que le marquis de la Maisonfort avait eu con- « naissance de l'affaire et qu'il en avait écrit au « Roi , les ministres voyant qu'elle était en d'au- « très mains, contremandèrent le départ de sir « Charles, parce qu'ils craignirent de nouvelles a indiscrétions à la Montgaillard. M. Pitt était « alors à la tête de l'administration. »

De son côté , le général Danican écrivit aussi à M. Canning % également au sujet de M. de Puisaye : « Je rends toute justice à ses talens ; mais je « ne saurais m'empêcher de dire qu'en s'empa- « rapt de l'affaire de M. Fauche ( qui la lui a re- « mise de très bonne foi), il devait se montrer au

« moins sans prévention J'ignore ce que M. le

« comte de Puisaye peut substituer à une con- « ception qui me parait juste et solide; mais je « suis certain que tous mouvemens partiels en « Normandie , Poitou , Bretagne ou ailleurs, n'au- «♦ ront d'autres résultats que de coûter prodigieu- « sèment , faire périr des victimes, et consolider le « pouvoir du fléau de ce monde. D'un autre côté , « prétendre qu'on peut disposer dans l'occasion

1 Sous la date 4u 18 novembre.

DE FAUCHE- BOREL. lî

» des ministres et des généraux de Buonaparte ,

* est ce qu'on peut appeler avec raison une large a déception. Les Français de la révolution sont « trop corrompus pc e les cor-

« rompre : ils prendro qu'on leur

n offrira , mais ils ne t parole.

« La bonne cause , ■ rat l'Angle-

a terre, n'ont que deu France : le

« premier se compose de la populace pauvre et « trompée, renforcée des jacobins ruinés et dés- « appointés. Ce sont ces hommes qui , échauffés <* et bien maniés, donnent l'impulsion aux gens « froids et indécis.

« Le second auxiliaire , et dont on pourrait tirer « grand parti , est l'accumulation des injustices « et des extravagances de Buonaparte.

« Sortn* de ce cercle, c'est, je crois, se repaître k de chimères. Ce n'est pas avec de l'argent qu'on k détruira le tyran, c'est avec beaucoup de cou- « rage et une sainte indignation. »

Voilà où en étaient, à l'arrivée du Roi, nos rapports avec Perlet, d'une part, et le ministère anglais de l'autre.

Je fis part à Perlet de l'arrivée de Louis XVIII, du duc d'ÂngouIème et de leur suite '.«Le Roi ,

' Lettre du a( novembre -i 807.

« lui disais-jé, est venu ici pour voir par lui-même « ses affaires y les suivre et les faire avancer par <t tous les moyens que le ciel lui a si heureuse- « n>ent départis ; car c'est dans l'infortune qu'on « peut juger les grands caractères; le Roi, dans « cette circonstance, a eu l'occasion d'en montrer « un qui lui a attiré l'admiration et le respect de « ceux mêmes qui avaient osé se prononcer et * avaient agi contre la démarche vigoureuse et « pleine d'énergie qu'il vient de faire. L'espérance <r qu'il a puisée dans les opérations de votre « comité a beaucoup contribué à sa détermination « de se rapprocher de vous en affrontant bien des « dangers. Ne donnez en conséquence aucune « croyance aux rapports que la calomnie et l'es- « prit de parti ne manqueront pas de faire sur ce « voyage. Le Roi se porte à merveille ; il est à la « distance de dix lieues de nous; mais il sera, la « semaine prochaine, très rapproché des affaires, « et il les dirigera lui-même. Votre lettre du a 5 « octobre est maintenant sous ses yeux : il en ores donnera la réponse , et dorénavant tout ce que <* vous ferez parvenir sera remis au Roi lui- . « même ; c'est ce que je suis chargé de vous dire « de la part du comte d'Àvaray, qui se porte très « bien , malgré les fatigues et les embarras de son <( voyage. Il m'a chargé * en particulier, de vous

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« témoigner, en attendant qu'il le fesse lui-même*, « combien le Roi est satisfait de votre travail et « de celui de votre comité. Sans doute qu'il sera « trouvé bon que le général Danican vous arrive « muni de nouvelles instructions ; mais si vous « trouviez de votre • coté les moyens de nous ence voyer une personne de votre entière confiance, « cela ferait avancer les affaires, parce que vous « mettriez le Roi en état de juger de vos moyens, a et de les faire valoir directement pour obtenir « les fonds jugés nécessaires. Mais, pour que le Roi « puisse faire cette démarche , il faut qu'il soit « certain de présenter une opération de nature à

« mériter son attache et sa protection directe

« Si vous pouviez avoir pour appui Fouché , oh a serait porté ici à avoir en lui la plus grande « confiance, parce qu'on lui connaît des moyens ; « et il pourrait tout attendre de ce côté* Maïs « c'est à vous à juger s'il est assez mûr pour pou- « voir être sondé, »

C'était la seconde fois que je pressentais Perlet sur le compte de Fouché , et il s'expliqua à ce sujet dans sa. lettre du 9 novembre x , que je ne reçus que le a3 décembre suivant : « Il y au- « rait beaucoup de danger à courir, me disait-il , et

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« aucun succès à espérer en cherchant à gagner « Fouché. Je vous le dis en mon particulier , et « pour bien des raisons nous devons abandonner « un pareil projet ; cet homme n'a rien à désirer, « il est comblé d'honneurs et de biens, et il a une « façon de penser qui ne pourrait aller avec nous.

* Laissons-le de côté et n'en parlons plus ; je « vous réponds que nous pourrons nous passer a de lui.*.. »

Quand je songe que Perlet recevait, pour le guider dans ses réponses, l'impulsion du cabinet même de Napoléon , et qu'ici il s'efforçait de détourner le Roi et le ministère anglais de sonder Fouché , je ne puis m'empêcher de reconnaître dans de tels indices l'appréhension que causait déjà aux Tuileries la possibilité de la défection de ce personnage, et d'y rattacher les causes morales qui , deux ans après , amenèrent sa disgrâce , et en quelque sorte son exil. Le coup fut porté dans l'esprit de Napoléon, le jour où il apprit qu'on avait trouvé dans la canne de mon neveu Vitel la lettre que j'avais écrite à Fouché au nom des ministres du roi d'Angleterre.

Du reste, Perlet ne perdait pas de vue son principal objet : c'était de nous arracher de l'or, dont il était avide. «Dites au Roi, me mandait-il

* dans cette même lettre , que nous avons tou-

«jours pria pour base sa déclaration du a dé- « cembre ' et les autres pièces que vous m'avez fait « passer ; mais que nous ne pouvons absolument « rien hasarder sans préalablement avoir reçu les « secours qui sont promis depuis si long-temps.... » Qu'on ne perde pas de vue que Puisaye s'était emparé, perfas et nef as, de cette affaire avant même l'arrivée du, Roi, sous le prétexte qu'il avait par devers lui tous, les moyens d'en vérifier la réalité. Le 9 novembre, il m'avait fait communiquer par le comte d'Àntraigues la lettre que venait de lui adresser à ce sujet son correspondant en Normandie : elle était datée de Carentan , le ?4 octobre. En voici l'extrait : «....Je n'ai pas « été aussi heureux dans l'affaire de Fauche , lui « mandait ce correspondant; après avoir couru a .beaucoup , j'ai enfin trouvé M. Perlet, auquel « j'ai remis le billet N° Ie» (mon billet de con- « fiance envoyé par triplicata). Il m'a répondu, « en le mettant d?ns sa poche, que l'on se trom- « pait sûrement, qu'il n'était pas la personne à « qui le billet s'adressait. Je le lui ai redemandé « inutilement ; il me l'a refusé , en me disant « qu'il n'avait qu'un conseil à me donner, qui a était de quitter Paris dans la journée , sans quoi

1 Déclaration de Calmar, du 2 décembre 1804, précitée.

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