TOME IV
<c il allait me dénoncer à la police. Vous compre- « uez que j'ai dû suivre son avis; et, en cqnsé- « quence , j'ai dû reprendre mon habit de voyage ; a je me suis préalablement rendu chez M. le sèna- « teur^ à qui j'ai remis les deux autres billets; « il fera une nouvelle tentative auprès de Periet : « sans doute qu'il sera plus heureux que moi. »
Immédiatement après la communication de cette pièce, j'écrivis la lettre suivante au comte d'Antraigues :
« Monsieur le Comte ,
« L'extrait de la lettre que vous m'avez fait « l'honneur de mç communiquer ce matin de la a part de M. le général comte de Puisaye, me « confirme plus que jamais que Periet est un « brave homme , et bien à son affaire ; car, qu'ace vait>il à répondre à un inconnu, sans nom, et « qui pouvait paraître suspect, se trouvait porteur « d'un billet de confiance, sur. la présentation « duquel il n'avait pu être prévenu. Vous avez « vous-même fait ce matin cette remarque , et « j'ose espérer qu'elle n'aura pas échappé à la a pénétration de M, de Puisaye, En conséquence, « avant que de porter un jugement quelconque « sur cette vérification , il sera prudent d'attendre « le rapport du sénateur > qui, certainement, au-
a rait inspiré confiance s'il s'était rendu chez «Perlet, ou qu'il l'eût, sous quelque prétexte, « appelé chez lui. 11 n'y a donc dans le fait de « Perlet, si c'est effectivement à lui qu'on s'est « présenté, qu'un acte commandé par la pru- « dence et par la raison ; or, Perlet n'est ni un « homme de la police ni un homme à argent : car, « dans le premier cas, le porteur du billet aurait « été arrêté; danale second , on aurait voulu con- « naître ses moyens et se les approprier. Il sera « donc nécessaire d'attendre le rapport du séria- « leur, avant que de porter aux ministres un ju- « gement défavorable sur cette affaire, etc.. »
Telle était mon aveugle confiance dans Perlet , qu'ayant reçu de lui deux lettres d'upe date postérieure, où il né faisait aucune mention de la démarche dont il s'agit, je crus que la lettre que m'avait fait communiquer M. de Puisaye, et qui avait été mise sous les yeux des ministres, n'était qu'une pièce forgée pour décrier Perlet, et pour mieux faire tomber une correspondance que je regardais comme tout-à-fait dans les intérêts du Roi. 3e me tus néanmoins, puisqu'il devait y avoir une nouvelle information. Mais, vers la fin de décembre , j'écrivis à* M. de Puisaye une lettre fort mesurée *, par laquelle je l'invitais à me faire con-
1 Le 20 décembre 1807.
*o MÉMOIRES
naître le résultat de la vérification qu'il était pour moi si important d'obtenir au sujet de Perlet. «Dans tou6 les cas, lui disais-je, j'ose vous prier, « monsieur le comte , de vouloir bien me dire. « quelles sont vos espérances sur cette vérification , « afin que je puisse me diriger en conséquence. » N'ayant pas reçu de réponse, et quatre jours après ayant rencontré M. de Puisaye dans Oxfordstreet, j'eus avec lui une explication d'autant plus vive, que j'étais piqué de ce qu'il s'était permis de m'ordonner de supprimer toute correspondance avec la France , au moment même où je recevais , au nom du Roi , l'ordre d'y donner suite. Je ne craignis pas de lui dire qu'il s'était servi de son crédit pour satisfaire son ambition et sa ridicule jalousie contre des hommes bien intentionnés; qu'il était d'ailleurs évident, quant à la vérification dont il s'était chargé, qu'il avait été trompé par le prétendu rapport d'un agent imaginaire, et qui , bien certainement , n'avait vu aucun de nos amis de Paris; qu'en conséquence je lui réitérais la demande de la restitution des trois billets de confiance que je lui avais remis , et qui étaient ma propriété, ne voulant point que mon écriture restât plus long-temps dans les mains de ses agens. De quel droit , me dit Puisaye avec toute sa morgue, me demandez-vous une chose qu'il n'ap-
DE FAUCHE -BOREL. ai
partient qu'au gouvernement anglais de me demander? J'en informerai M. Canning Et alors
prenant un ton plus radouci, il me répéta de nouveau que je ferais bien mieux de me rallier à lui et à son parti, dont il me vanta les moyens et l'influence. Mais comme je le savais mal avec le Roi et avec le comte d'Avaray, et que d'ailleurs ses intentions n'étaient pas les miennes, je le quittai sans m'arrëter à ses beaux raisonnemens. Je lui écrivis le même jour, que je ne serais tranquille sur. le sort de mes amis de Paris , que lorsque je saurais mes lettres de créance en sûreté , et que je le priais très sérieusement de me les rendre. « D'après ce que vous m'avez dit ce « matin dans Oxfordrstreet , ajoutai-je , je serai « disposé à faire tout ce qui pourra vous conve- « nir; mais, préalablement, je veux avoir mes « billets. Fixez vous-même le temps * qui vous « sera nécessaire pour les faire venir. » Voici la réponse qu'il me fit le lendemain.
Londres, le a5 décembre 1807.
« Je reçois votre lettre, monsieur; et si je cbn- « descends à vous écrire, c'est pour vous dire que « vous n'aurez pas d'autre réponse de moi que « celle que je vous ai faite hier. C'est au gouver- « nement que vous devez vous adresser pour les
« papiers que vous me demander, et qui m'ont « été confiés par son ordre et par un autre que « vous.
« Ce sera encore au gouvernement à juger jusce qu'à quel point un homme , comme vous 9 peut « insister pour obtenir la connaissance d'objets « qui sont son secret.
« Tenez-vous pour prévenu que votre lettre et <* ma réponse vont être remises aux ministres, et « que toutes celles que vous pourriez m'écrire à « l'avenir vous seront renvoyées sans être ou- « vertes. t
« Signé, le Comté Joseph de PUISA YË, « lieutenant-général. »
Je pris aussitôt la plume, et je lui répondis sur le même ton.
Londres, le 26 décembre 1807.
a Un homme comme moi vaut un homme comme « vous : être insolent n'est pas répondre. Ce que « je vous demande m'appartient, et est plus mon « secret que le vôtre. C'est à tort que vous mettez « sans cesse le gouvernement en jeu ; si vous aviez « raison , vous n'auriez pas la lâcheté de m'écrire <rdes impertinences. Je vous préviendrais, et vous « renverrais votre lettre si elle n'était pas pièce
« justificative. Renvoyez-moi celle-ci ; je l'imprime, « en attendant que vous la mettiez dans le sixième « volume de votre ridicule publication.
« Un homme comme moi est beaucoup plus « loyal qu'un homme comme vous.
« Signe, Louis FàUCHE-BOREL. »
J'adressai aussitôt au sous-secrétaire d'État, M. Hàmmond , copie de ces deux lettres. « Je suis ce peiné, lui disais-je, d'avoir à vous entretenir <r d'une semblable correspondance; mais vous ap- « précierez les motifs d'humeur de ce comte de « tuisayé , qui me fait dire qu'il a assez de crédit <c pour me faire déporter. Je lui ai fait répondre « que son crédit ne s'étendrait jamais au point de « faire commettre une injustice aux ministres de « Sa Majesté Britannique »
Dès cet instant , M. d'Antraigues , sous le masque de l'amitié, et M. de Ptiisaye, avec le ton d'un despote , me donnèrent à entendre que ma résidence à Londres entravait les vastes spéculations politiques dont ils étaient occupés; et tandis que le premier me conseillait en âmi d'aller en Amérique , afin de calmer l'inquiétude que ma résidence en Angleterre donnait aux ministres de Sa Majesté Britannique , l'autre menaçait de m'écraser sous le poids de son influence: Leur haine re-
a4 MÉMOIRES
doubla en apprenant que j'étais ferme dans la
poursuite de mes desseins.
J'avais mandé à Perlet que le comte d'Avaray, à qui j'avais communiqué ses deux dernières lettres , en avait rendu compte au Roi , et avait été chargé de lui témoigner, par mon organe, la satisfaction que le Roi éprouvait de sa constante persévérance pour ses intérêts , qui étaient ceux de toute la France, et jugeait très important qu'il envoyât en Angleterre un des siens muni de tout ce qui pourrait lui inspirer de la sécurité; et même qu'il vaudrait mieux , s'il pouvait se déplacer sans inconvénient, qu'il vînt lui-même rendre compte directement au Roi de ses moyens ; qu'il éviterait par là les intermédiaires indiscrets, ou ceux qui avaient des vues étrangères à celles qui pourraient seules mettre un terme aux maux de l'Europe.... «Courage, persévérance, ajoutais-je; « rappelez-vous que vous ne devez point mettre « d'autres intermédiaires entre le comité et le Roi t< que des amis éprouvés , et sur la moralité et le « dévoûment desquels vous puissiez compter : tel
a est l'avis du Roi et du comte d'Avaray »
Me voyant ainsi étayé , soit par le Roi , soit par son honorable ami et confident , j'étais non seulement plein de confiance, mais bien éloigné de croire que jamais le haineux Puisaye pût effec-
DE FAUCHE-BOREL. i5
tuer à mon égard ses arrogantes menaces. Voilà quel était à peu près l'état des choses au commencement de i8o89 année pour moi si fatale, pendant laquelle l'adverse fortune vint encore me frapper de ses coups les plus rudes. Dans les premiers jours de janvier je fis la perte la plus cruelle : à vingt ans, mon fils, mon cher fils, mon cher Louis me fut retiré de ce monde au moment même où, par son aide, il allait dédommager son père et sa vertueuse mère, non seulement des soins donnés à son éducation , qui était achevée, mais encore de toutes les peines, de toutes les tribulations auxquelles, l'un et l'autre, nous étions en proie depuis si long-temps. Cette si douce consolation nous fut enlevée tout à coup : ce cher enfant mourut dans les bras de sa mère éplorée , à la suite d'une fièvre maligne. Un saisissement mortel s'empara de tout mon être quand
j'appris que je n'avais plus de fils En revenant
à moi , je me rappelais que dans les momens les plus périlleux de ma vie, lorsque, fatigué par l'horreur des cachots , et me croyant abandonné de la terre et des hommes , je préméditais de mettre fin à mon existence , je me rappelais , dis-je , que l'idée de mon cher enfant venait écarter de mon esprit cette pensée coupable, et que mon cher Louis m'apparaissant, réveillait mon amour,
fortifiait mon courage et me ramenait à l'espérance par la religion. Mais, hélas 1 je me rappelais aussi que, six années avant sa mort, je lui avais dit en le quittant et lui donnant le dernier baiser : Mon ami , mon cher fils , c'est peut-être le dernier adieu que ton père te donne! Que j'étais loin de penser que ce cher enfant me précéderait dans la tombe ! Le ciel ne m'avait donc préservé que pour me rendre le plus malheureux des pères, après avoir été le plus infortuné des fils ? N'avaifr-je pas déjà perdu, pendant ma longue détention, mon père, ma mère, mes sœurs? Grand Dieu! mon cœur pouvait être brisé par une plus grande
perte, et vous ne me l'avez pas épargnée!
J'étais dans cette cruelle situation de l'âme, quand mes ennemis obtinrent contre moi le triomphe de la persécution. Je succombai , lorsque le comte d'Antraigues se fut joint au comte de Puisaye pour me perdre. Voici comment le premier se détacha de moi entièrement. Il m'avait d'abord donné , sous un air officieux , l'avis d'éviter de voir le Roi et son confident, le comte d'Avaray, pour lequel il affectait le plus profond mépris, ajoutant que si le Roi était dans l'intention de lui nuire en Angleterre , il avait dans son portefeuille les moyens de le perdre dans l'esprit des ministres de Sa Majesté Britannique. S'aper-
cevant que je tenais , malgré ses représentations , à ne pas abandonner le parti du Roi, dans lequel , disait-il, je n'éprouverais que du désagrément , je lui devins d'autant plus suspect, qu'il savait que, par ma persévérance et mon zèle, je pouvais me rendre extrêmement utile à la cause de Louis XVIII. Quand il me vit en guerre ouverte avec M. de Puisaye, il me conseilla d'abord, comme je l'ai dit, d'aller en Amérique; et voyant l'inutilité de ce conseil, il s'efforça de me désarmer en réassurant que je m'exposais beaucoup en résistant à un homme qui se trouvait en grand crédit,' et protégé par les ministres qui reconnaissaient les moyens d'action qu'il avait encore en France, et surtout dans les provinces de l'ouest. Je lui répondis que j'étais assez au fait de la situa* tion des choses, pour savoir que ce lâche in tri* gant n'avait aucun moyen en France , où il était méprisé depuis son équipée de Quiberon, et que voyant bien qu'il ne voulait que tromper le gouvernement britannique, je ferais tous mes efforts pour le démasquer. Il voulut encore employer la voie de la conciliation pour m'engager à ne pas donner de publicité à mes opinions sur Puisaye ; mais n'ayant pas réussi à me ramener, il se joignit à lui, et tous deux résolurent d'employer leur crédit pour me forcer à quitter l'Angleterre.
Ils ne balancèrent plus, lorsqu'ils eurent connaissance que j'avais obtenu de M. Hammond l'autorisation positive pour l'admission à Londres de l'agent investi de la confiance du comité de Paris, de Perlet enfin, et cela, d'après les intentions et le désir du Roi. Mus par un redoublement de haine , ils surprirent coutre moi un ordre qui me fut signifié de quitter le royaume-uni.
Qu'on juge de ma position affreuse : où pouvait aller un homme qui avait été si long-temps exposé à la. vengeance de Buonaparte, qui avait été son prisonnier pendant trente-trois mois , et qui , depuis sa délivrance , n'avait cessé d'entretenir une correspondance suivie avec les ennemis de l'usurpateur ? Cet ordre cruel , en recevant son effet, m'aurait jeté dans les mains de ses agens , où j'aurais trouvé un traitement pareil à celui du malheureux Palm et de mon infortuné neveu, fusillés l'un et l'autre. Où pouvais-je placer ma tête hors de ces atteintes ? Quelle cour de l'Europe , excepté l'empire britannique , pouvait * m'offrir . un asile sûr contre la puissance du meurtrier du duc d'Enghien et du persécuteur de Pichegru ? Était-ce là la récompense de vingt ans de dévoûment, de dangers, de souffrances, de dix ans d'exil et de trente-trois mois de prison ? Non, je ne pus croire qu'un ministre de Sa Ma-
jesté Britannique eût signé avec connaissance de cause un ordre aussi inhumain : cette conviction me sauva ; ce fut ma confiance dans un gouvernement aussi juste qu'éclairé qui me donna le courage nécessaire pour résister à un acte qu'on n'avait pu obtenir qu'en surprenant la religion de celui qui l'avait signé. Je m'élevai avec tant d'énergie contre un pareil ordre, qu'on hésita de le mettre à exécution. Mes amis me conseillèrent néanmoins d'aller résider quelque temps à Bath , pour laisser passer l'orage et donner le temps au Roi de se fixer. Je fis ma réclamation en conséquence , et, comme préliminaire de la justice qui m'était due, j'obtins, "malgré les efforts et l'influence de mes ennemis , que ma sentence de déportation, qui eût été une sentence dé mort, serait convertie en un ordre de me retirer à Bath.
Les vues néanmoins de MM. d'Antraigues et de Puisaye étaient accomplies en partie.
Moi, banni et persécuté en Angleterre même! Les sentimens dont j'étais pénétré sont retracés dans la lettre que j'écrivis de Bath, le 3 avril 1808, à sir Charles Flint.
Monsieur et cher ami ,
« Me voilà enfin arrivé au lieu de mon exil. « Tout ce que les jacobins de France m'ont fait
3o MÉMOIRES
« souffrir depuis quinze ans n'a pas été aussi affii- « géant pour mon cœur que ce bannissement. <r Voilà mes grands ennemis satisfaits ; j'étais un * obstacle, sans doute, au succès de leurs entre- « prises; maintenant votre gouvernement a le « droit de tout attendre de leurs savantes conte ceptions : fasse le ciel qu'ils réussissent! cela « me consolera du mal qu'ils me font éprouver.
« Faites-moi l'amitié de prévenir M. Brook f de '« mon arrivée : il a rempli auprès de moi un mi* « nistère bien dur, puisque, au moment où je par- « tais, un de ses messagers m'a apporté l'ordre « d'aller le trouver, et que dans cette dernière « conversation il m'a dit des choses extrêmement « choquantes. ##
« Les révolutionnaires français riront de bon a cœur lorsqu'ils sauront que Fauche-Borel a été « condamné à la déportation , et , par faveur, exilé.
« Agréez l'assurance de mon sincère attache -
« ment,
« Signé, FAUCHE-BOREL. »
J'adressai au Roi, qui avait daigné me faire témoigner tout son intérêt, un Mémoire dont' voici les principaux passages. Il était daté de Bath , le 1 5 avril 1 808.
1 Chef de Yalien office.
DE FAUCHE -BOREL. 3i
« Sire,
« La persécution que. j'éprouve est si extraor- « dinaire dans les circonstances , qu'elle méritece rait d'être approfondie ; car si je pouvais être « coupable de quelques charges fondées sur la vé- « rite , pourquoi ne pas me les faire connaître , « et me mettre à même ou de me justifier, ou « d'être condamné publiquement comme le plus « criminel des hommes, parce que j'aurais abusé ou « cherché à abuser de la confiance des ministres? « Non , Sire, je ne suis point coupable et ne puis « l'être ; mon crime est dans la connaissance que « l'on a de mon attachement bien prononcé pour « les intérêts directs de la monarchie légitime, « et que ceux qui l'ont apostasiée, et qui mal* « heureusement ont dans ce moment quelque « crédit , veulent autre chose que ce qui peut seul « terminer la révolution. Ces hommes sont, je ne « crains point de les nommer, MM. de Puisaye « et d' Antraigues , qui , par leurs intrigues , sont « parvenus à surprendre la religion des ministres « de Sa Majesté Britannique et à se faire mettre « dans les mains toutes les affaires qui peuvent « se traiter en France , où ils sont sans crédit et « sans considération personnelle, parce qu'on y « connaît leur amour pour l'argent et leur cou*
3a MÉMOIRES
« pable haine contre la personne sacrée de Votre <c Majesté et contre les princes de sa maison.
a L'arrivée de Votre Majesté dans ce pays a « étrangement désappointé ces messieurs, et ils « ont abusé de leurs talens et de leur crédit pour « faire entendre que la présence de Votre Majesté « à Londres serait impolitique; de là, tous les « désagrémens qu'elle a essuyés pour son débaroc quement , et l'idée de la faire arriver en Ecosse. « Tout cela est la suite du travail de d'Antraigues, « de Puisaye et consorts , qui , réunis , se sont « crus une puissance.
« Il n'est pas sans intérêt que Votre Majesté « connaisse aussi que , dans les commencemens « de l'été dernier, le comte d'Antraigues écrivait « à son correspondant en Russie, qu'il venait de « faire la connaissance particulière du comte de « Puisaye , qu'il s'était entendu avec lui , et que « c'était l'homme que l'empereur Alexandre dece vait désigner aux ministres de Sa Majesté Bri- « tannique, comme pouvant être chargé des af- « faires de France. La personne qui a copié les « dépêches de M. le comte d'Antraigues est prête « à faire serment de cette vérité. Ne peut-il pas « en ressortir quelques rapprochemens avec tout ce ce qui se fait aujourd'hui en Russie de concert « avec Buonaparte?
« M. d'Antraigues écrit qu'il est Russe , qu'il
« mourra Russe; M. de Puisaye dit qu'il n'est plus
ce Français; et ces deux hommes veulent à toute
« force être chargés de traiter les intérêts d'une
oc nation qu'ils ont désertée , et ils cherchent à dé-
« jouer les hommes les plus capables de servir la
«c cause du légitime souverain. C'est ce qui expli-
« que la jalousie de M. de Puisaye contre le général
oc Moreau , qu'il représente dans les journaux de
a Londres comme un homme qui a fait sa paix
c avec Buonaparte , et qui vient d'être arrêté en
« Amérique , par suite d'une opération de laquelle
« il se serait chargé de la part du gouvernement
« français. Cette calomnie contre le général Mo-
« reau est évidemment une méchanceté publiée et
« accréditée de la part de ses ennemis ; car voici
« ce qu'on m'écrit de New- York , en date du a jan-
« vier dernier : « Je vous écris , mon ami , ces
<c lignes pour vous dire de ne pas vous alarmer ,
oc en lisant dans les Gazettes que Moreau a été
« décrété d'arrêt par le gouvernement ici comme
« conspirateur : c'est une invention de ses enne-
« mis. Il est attendu de retour ici dans trois se-
a maines , et alors je le verrai. »
et Mais, Sire, ne serait-il pas possible encore « que, par suite de la confiance accordée par le « ministère à M. de Puisaye , on lui ait remis les