J.-B. SAY A AUG.-PYR. DE CANDOLLE, A GENÈVE
Paris, 12 décembre 1817.
Jour de l'eicalade >.
Voici une lettre, mon bon ami, qui vous parviendra quand il plaira à Dieu et à M. Dumont, car il m'a dit de préparer mes dépêches. (Suivent des détails de famille.)
J'ai un million de remerciements h vous foire de votre lettre du 26 septembre. Elle me met bien au courant de l'opinion à Genève, et par-des-
> Cette lettre a été pour moi mi trait de lumière jeté sar plnnears paatiges des Mémoiref et sur beaucoup d'actes, d'opinions, de pr^ugés, si l'on yeat, de mon père. Il n'aimait pas les fonctions administratives (page 241} ; cela devait être. En même temps il avait demandé d'être recteur, • craignant de te trouver sous les ordres d'un cagot » {ibid.) ; je le crois bien : il prévojrait des renseignements confidentiels sur son compte, et il ne devait pas supposer qne tout le monde agirait comme il agit lui-même à l'égard des serments lors de la seconde restauration (page 257). Trente ans plus tard, nous le voyons s'opposer à la création d'un corps chargé d'inspecter l'Académie de Genève (page 449). Il avait vu de près des inspections et en connaissait les abus possibles. Son principe invariable a été, dans les affaires d'instruction publique, de s'en rapporter à llntérêt bien entendu des professeurs, à leur amour-propre et à leur sentiment du devoir pour faire marcher l'enseignement, plutôt qu'à une influence supérienre d'inspection. Il aimait les universités indépendantes, comme les sociétés libres. Il leur croyait plus de vigueur et d'honnêteté, en moyenne, qu'aux employés grands ou petits des gouvernements. Le dégoût qu'il éprouva en 1816 et la &cilité avec laquelle il abandonna, dans un moment où il ne possédait â peu près rien, une place de 12,000 francs pour une de 1200 environ, ne s'explique pas complètement par les motifs énoncés dans les Mimoiret, Tai mieux compris ses sentiments après avoir lu sa correspondance de 1809 à 1816, surtout les pièces du rectorat. C'est pour cela que je publie la présente lettre. D'ûllenrs, en montrant les misères de l'empire le plus glorieux qui ait jamais existé, je consolerai peut-être ceux de mes compatriotes qui se plaignent, comme moi, des misères d'une petite démocratie socialiste. (Alph. de C.)
s Cest la lettre dont j'ai déjà cité une phrase, page 124, en note.
(Alph. de C]
s Tentative du duc de Savoie sur Genève, en 1602, dont on célébrait et on célèbre encore l'anniversaire dans beaucoup de fomilles genevoises protestantes.
(Alph. de C.)
SUS le marché de celle de Montpellier. Les courtisans s'informent des mouvements des princes ; il n*est pas hors d*analogie que nous autres nous nous informions de Tétat de notre reine qui est l'opinion. C'est le thermomètre de la faveur ou du discrédit qui nous attend ; et je ne suis pas trés-mécontent du degré que montre cet instrument à peu près partout. Qu'en adviendra-t-il? je n'en sais rien ; mais je sais qu'on sait mieux que jamais ce qu'on veut et ce qu'on ne veut pas. Ce qu'on veut c'est de n'être pas parqué et tondu comme des moutons ; ce qu'o n ne veut pas ce sont des troubles. Quant à moi, je pense qu'on aura ce qu'on désire et qu'on saura éviter ce qu'on craint.