LE MEME AU MÊME
Paris, 3 jain lBl5.
Monsieur le Recteur, je désire que vous m'adressiez dans le plus court délai, des renseignements confidentiels sur le personnel des inspecteurs, proviseurs, censeurs, professeurs de lycées, principaux de collèges, chefs d'institution ei maitres de pension dépendant de votre Académie*. Ces renseignements doivent avoir pour objet de me faire connaître ce que vous pensez de la capacité, des mœurs et des principes de ces fonctionnaires. Il m'importe particulièrement de savoir jusqu'à quel point ils vous paraissent attachés au gouvernement impérial et s'il s'en trouve qui n'aient pas prêté le serment de fidélité à l'empereur et d'obéissance aux constitutions de l'empire.
A l'égard des simples régents de collèges et des maitres d'études des lycées peut-être vous serait-il difiQcile d'entrer sur-le-champ dans des détails individuels. Vous pourrez vous bornei" à votre sentiment sur Tesprit dont ils vous paraissent en général animés dans chaque établissenaenU Toutefois vous auriez soin de me désigner nommément (sic) ceux d*entre ces maitres d'études et régents qui se seraient fait remarquer soit par un mérite et des talents distingués, soit par une conduite blâmable et des principes contraires au gouvernement.
Vous ne devez pas craindre, M. le Recteur, de me dire toute votre pensée. Cette partie de votre correspondance, indépendante du travail que vous êtes tenu de m'adresser chaque année au mois de juin, sera secrète. Elle ne sera connue que de vous et de moi
I Recommandation très-sage de M. le duc de Plaisance, mais ibit iniitUe. Un fonctionnaire protestant est toujours disposé a ne pas se mêler des affiûrea catholiques. Ce serait contraire à la fois à ses principes et à son repos. Les ecclésiastiques catholiques n'ont pas de supérieurs plus commodes que les protestants.
(Alph. de C.)
s C'est-à-dire des départements de l'Hérault, FAude, rAveyron et ks PjrécéwS orientales. (Alph. de C)
Vous voudrez bien, en conséquence, m'adresser les renseignements que je vous demande en mon hôtel me de Varennes, et non au chef-lieu de l'Université».
Recevez, Monsieur le Recteur, etc.
P. S, Actuellement que la constitution est solennellement jurée, il ne reste plus de prétexte à aucun fonctionnaire pour refuser sa prestation du
t Le nouveau recteur ne se pressa pas de recueillir les renseignements. Je ne sais même s'U les a envoyés. Ceux qu'on lui préparait dans chaque collège entraient tout à fait dans ses idées. Ils étaient en général de deux sortes : N. est attaché au gouvernement ; ou bien : N. n'a pas d'opinion politique. — Pour les serments^ on les prêtait assez généralement. Quelques fonctionnaires pensaient conmie l'évêque de Montpellier (page 254). Plus rarement il sortait du fond d'un coll^ obscur la voix d'un honnête homme inconnu qui disait, comme M. Grozat, principal de Clermont-r Hérault, le 19 juin 1815 : «Monsieur le Recteur, je n'ai
pas l'honneur d'être connu de vous. Je suis père d'une nombreuse famille J'ai
sacrifié tout mon avoir (70,000 fr.) pour payer les dettes d'un frère, victime d'assodés de mauvaise foi Mon père^ ma mère, mes frères, sœurs et parents
de tous degrés sont devenus mes enfants adoptifs^ et je me vois arrêté tout à coup dans l'exercice d'un emploi mon seul gagne-pain et celui de tant d'autres. Vous me demandez^ M. le Recteur, un serment que je ne crois pas devoir prêter. 11 n'y a pas plus de six mois que j'ai prêté ce serment de fidélité a un autre. Je ne puis pas regarder de pareils engagements comme illusoires et non avenus. L'idée que je me suis faite d'un serment repousse celle de les accumuler l'un sur l'autre. De deux choses l'nne^ ou le serment est un engagement sacré et le plna sûr (garant des promesses d'un homme d'honneur^ ou c'est une pure formule^ on cérémonial qui n'engage à rien. Dans le premier cas, qui peut en excuser la violation ? Dans le second, quel intérêt peut-on y attacher et pourquoi le demander? Sera-t-on plus sûr de la probité d'un homme parce qu'en prêtant un nouveau serment il se sera déclaré pai^ure au premier ? Tout dépend^ du reste^ de l'idée qu'on y attache. L'homme qui croit en Dieu le prend pour garant de ses promesses quand il prête serment. S'il le viole, il manque à ce qu'il doit à Dieu et à ce qu'il doit aux hommes. Il n'y a ici ni fanatisme ni entêtement. Je ne prétends en aucune façon me déclarer le champion d'aucune cause ni d'aucun parti. Je n'ai rien à attendre de personne que la libre faculté de gagner ma vie par mon travail. Je veux être aussi soumis^ aussi respectueux^ aussi obéissant qoe qui que ce soit, mais il répugne à ma façon de penser de prêter un nouveau serment. Et cependant, M. le Recteur, c'est de mon état que j'attends mou bienêtre et celui de ma famille. Ce grand intérêt serait bien capable de me décider si je croyais qu'on pût transiger avec ses devoirs, mais à Dieu ne plaise que des moti& d'intérêt puissent jamais me faire varier dans mes principes, etc.» — Pendant que le respectable principal écrivait on combattait à Waterloo, mais il ne dut connaître le résultat que dans les premiers jours de juillet, tant les communications étaient alors difficiles. Sa lettre devenait un titre de recommandation... à moins qo'on ne la trouvât pas assez royaliste. (Alph. de C.)
serment de fidélité à l'Empereur, en conséquence tous les professeurs de faculté de votre académie, tous les fonctionnaires des lycées* les principaux et régents de collèges, les chefs d'institutions et maîtres de pensions, qui, dans le délai de huit jours, n'auraient pas prêté ce serment seraient surle-champ révoqués. Veuillez bien les informer de cette décision*.