FRAGMENT D UN VOYAGE A SAINT-SEINE
Vert faits en route et adressés, dans une lettre, à ma femme, le i octobre 1823.
Par une pluie intarissable
Et par un temps noir comme un four
De la cousine incomparable
J'ai quitté l'aimable séjour,
Et dans la banale voiture
Je me suis niché sur la dure
Sans voir quelle société
Avec moi le sort a jeté.
Mais la clarté perçant la nue
Dont le globe est environné.
Vient de découvrir à ma vue
L'heureux sort qui m'est destiné ! Une Anglaise grognon, plaignante et précieuse, Promenant ses appas au moins de cinquante ans, D'un petit gentleman gardienne obséquieuse^ Au fond d'un vieux chapeau montre ses longues dents. A ses chastes côtés son digne époux sommeille. Un bonnet jadis blanc couvre son morne front ; Son chef est grisonnant, mais sa face vermeille Et son nez épaté, façon de champignon,
Tout en lui décèle un Breton
Ancien amant de la bouteille.
Aucun d'eux de français n'a souillé son jargon ! Aussi faut-il au sein de ce riant ménage
M'amuser, si je sais, de mon propre langage, Et faire à moi tout seul ma conversation.
Ha ! me disais-je, en mon jeune âge
Comme tout était différent !
Il ne pleuvait que rarement :
On ne trouvait dans les messageries
Que des voyageuses jolies
Et que d*amusants compagnons !
Hélas, le monde change, ou c*est nous qui changeons?