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LE GENET DES LANDES

(Lisez la note > avant la fable.)

Dans ce triste désert, Sahara de la France,

Que ceignent de leurs eaux la Garonne et TAdour,

L'Océan de Gascogne apporte chaque jour

Le sable qu'avec violence Sa vague aux rocs voisins a la veille arraché.

Là, deux fois dans chaque journée, Par le magique effet d'une double marée, Ce sable mis à l'air, par le soleil séché.

S'amoncelle en dune stérile !

Le vent saisit alors sa surface mobile,

« Voyez pages 77 et 357. (Alph. de C.)

* brémontier a enseigné aux habitants des Landes qu'en semant sur les danes des graines de pins et de genêts mêlées^ on ponyait y créer des forêts qui mettent le pays à Tabri du vent, et par conséquent du mouvement du saUe. Le genêt, qui croit vite^ abrite le pin, et celui-ci tue ensuite le genêt^ après avoir profité des feuilles qu'il dépose chaque année dans le sable et qui lui servent d*eiigrais. Le premier essai de cette méthode a été fait en 1788^ devant le bassin d'Arcachon. L'auteur de la fable a visité cette forêt précisément dans les ciroonstances qu'U a décrites, c'est-à-dire après avoir entendu un paysan se plaindre de l'envahissement des sables et le croire incurable. Il a cherché à peindre l'i du pays avec l'exactitude d'un naturaliste. (Note de l'auteur»)

Et par un souffle lent, qui ne cesse jamais, Dont on sait calculer la marche régulière, Sur la plaine il Tétend en tapis de misère» Encombre les maisons et couvre les guérets. Le triste laboureur me montrait la prairie Qui de ses jeunes ans fut le théâtre heureux Plus qu'à moitié déjà par le sable envahie ! € Encor dix ans. dit-il, et ce vent désastreux « Aura couvert mon unique héritage !

€ L'humble cabane où je reçus le jour € Elle est sous terre !... Au loin dans la dune sauvage « Voyez-vous les débris de cette antique tour? < C'était le moutier où mon père, « Par une inutile prière, € Croyait de ce fléau retarder les progrés. € Elle est ensevelie au milieu des genêts ! » »

Cesse, lui dis-je alors, de pleurer ta misère. Un homme s'est trouvé dont le génie heureux Au sable envahisseur oppose une barrière. L'antiquité l'eût mis sans doute au rang des dieux Ce Brémontier dont ton insouciance, Ingrat, ignore jusqu'au nom.

Vois donc cette forêt qu'une utile science Fit naître sur la dune en avant d'Arcachon ! Son rideau simple et tutélaire Suffit pour protéger les champs.

Sache imiter au loin cette utile barrière. Au lieu de répéter tes injustes accents ! Je quittai le vieillard. — Dans la forêt touffue,

Dont Brémontier fut créateur.

De ses soins méconnus, l'âme encor tout émue. J'allai porter un œil admirateur.

Tout à coup, dans ma rêverie, Un vieux genêt me parut s'animer Et soulever sa couronne flétrie Contre un pin, son voisin, qu'il semblait menacer. « Quoi, disait-il, j'ai sauvé ton enfance,

€ Le même jour notre semence « Fut confiée à ces sables mouvants !

. ^ Ensemble nous avons passé nos premiers ans <i: Dans le calme et la confiance :

« Plus précoce que toi contre l'effet des vents (( J'ai protégé ta débile existence !

^ Enfant, il m'en souvient, tu t'élevais gatment

<L Sous l'abri bienfaiteur de mon léger ombrage ;

« Chaque automne avec joie en ce sable brûlant,

« Pourte nourrir j'enfouissais mon feuillage.

(( Aujourd'hui tu grandis oubliant ma bonté (( Et tu m'étouffes de ton ombre !

<( Écarte, au nom du ciel, ce rameau triste et sombre

a Qui m'ôte du soleil la bénigne clarté.

a Je perds ma force ! Mon feuillage

« Tombe décoloré sous ton sinistre ombrage ! » « Je meurs, ingrat, pour t' avoir abrité 1 »

Il se tut. — Quoi, me dis-je avec inquiétude.

Tous les êtres vivants suivent la même loi ! L'égoïsme et l'ingratitude

Sont leurs dieux et chacun ne vit donc que pour soi! Serait-il vrai que la reconnaissance

N'est qu'un vif sentiment des faveurs à venir ?

Nous isolant de ceux qu'il faudrait prévenir,

Devons-nous à nous seuls borner notre assistance ? Non, mes amis, il n'en est rien.

Sachons toujours faire le bien ; Il porte en lui sa récompense :

Mais ne comptons jamais sur la reconnaissance !

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