VISITE AUX HOPITAUX ET PRISONS DE PARIS
Pendant que je m'occupais avec le plus d'ardeur de soupes économiques j'eus l'idée de visiter les hôpitaux de Paris avec un certain soin. J'obtins du préfet, dont ma visite dans les écoles m'avait fait bien voir, j'obtins, dis-je, de M. Frochot une recommandation pour les agents de surveillance des hôpitaux, et chaque semaine je consacrai une matinée à aller visiter un hôpital ou un hospice. Après chaque visite, je rédigeais une notice sur l'établissement et sur les moyens de l'améliorer. Il résulta de ces recherches, qui durèrent tout un hiver, un tableau assez fidèle des hospices et des améliorations dont ils étaient susceptibles. Ces établissements avaient été fort négligés, et quoique bien supérieurs à ce qu'ils étaient sous l'ancien régime, ils laissaient encore beaucoup à désirer. Le gouvernement consulaire s'en occupa et nomma un conseil destiné à les diriger. Je regrettai
beaucoup que ma jeunesse et mon obscurité ne me permissent pas de prétendre à cette fonction gratuite que j'aurais préférée à toute autre, mais mon ami Delessert en faisait partie, et je m'imaginais presque en être. Je lui remis mon travail, et j'ai eu le plaisir de voir exécuter graduellement par son influence tous les perfectionnements que j'avais indiqués. Comme aucun sentiment d'amour-propre ne m'avait servi de mobile, il ne s'éleva pas dans mon âme le moindre sentiment de regret; de ce que le bien se faisait sans ma participation. Je m'étais voué à ces travaux, comme je l'ai déjà dit, par une espèce de compensation d'un goût pour une science qui me paraissait trop peu pratique; mon but était rempli et j'en jouissais pleinement. Quelque temps après, lorsque mon mariage me fit sentir la nécessité de me créer un sort, Delessert m'oifrit une des cinq places salariées d'administrateur des hôpitaux, et je la refusai sans hésiter. Je voulais bien faire de la philanthropie un délassement utile : je ne voulais pas en faire une profession, et surtout je ne voulais pas abandonner la botanique.
A la suite de cette visite des hospices, j'eus l'idée de faire celle des prisons. M. Say, qui était alors tribun, obtint la permission du préfet de police et se joignit à moi, quoique par son âge et ses connaissances il me fût très-supérieur dans ce genre de recherches. Cette visite réussit moins bien que la précédente. J'étais obligé de me plier à la marche de mon collègue; je ne pouvais voir les détails autant que je l'aurais voulu, et s'il m'est resté des connaissances et de vives impressions de cet examen des prisons, je n'en tins pas des notes assez exactes et il n'en résulta aucune utilité réelle.