ORIGINE DE MES VOYAGES EN FRANCE
Après avoir publié la Flore française^ je restai frappé du nombre considérable des provinces où l'on n'avait jamais herborisé et du peu que l'on savait exactement sur la géographie botanique de la France. Je parlai à quelques personnes du désir vague de combler cette lacune en parcourant quelques parties de l'empire. Mes bons amis Delessert, toujours prêts à saisir les occasions de m'obliger, en parlèrent à M. de Gérando, alors secrétaire général du ministère de l'intérieur, qui mit quelque intérêt à cet objet. J(i fus engagé à présenter ma Flore au ministre, M. de Champagni, qui la reçut avec obligeance, et donna (sur rin\îtation de Gérando) quelque attention à la carte géographique dans laquelle j'avais indiqué les points explorés et laissé en blanc ceux qui ne l'avaient pas été. Peu de jours après cette présentation, le ministre me fit demander un plan sur la manière la plus convenable de combler cette lacune. Je proposai, d'accord avec de Gérando, qu'on chargeât un botaniste de parcourir en cinq ans toute la France, pour en étudier la botanique dans ses rapports avec la géographie et l'agriculture. Le plan fut agréé et je fus chargé de son exécution. Sur ma proposition, on alloua quatre mille francs par an pour frais de voyage, somme assurément très-modeste, mais que je n'osai proposer plus forte une fois que je parlais pour mon propre compte.
D'après le plan adopté, la France fut divisée en six régions, dont chacune devait faire l'objet d'un voyage pendant l'été. L'affaire ne fut décidée qu'au mois de juin. Peu après je me mis en route pour la première excursion, dont Rennes devait être le centre. J'en rendrai ici un compte
succinct, non pour décrire le pays, mais pour raconter ce qui est relatif à ma propre histoire, seul objet des feuilles que j'écris dans ce moment.