OUVERTURES POUR ALLER A MONTPELLIER
Cependant cette circonstance de famille me faisait plus vivement sentir la nécessité d'avoir une position assurée, et en même temps le désappointement déterminé par nja non -élection me disposait mieux à prendre une place où qu'elle se présentât. Je travaillais paisiblement à étudier les plantes que j'avais rapportées de Bretagne et à rédiger mon rapport sur ce voyage, lorsqu'on apprit à Paris la nouvelle de l'apoplexie de M. Broussonet, professeur de botanique à Montpellier et l'état singulier d'affaiblissement qui en fut la suite. Il parut même évident que s'il conservait la vie il serait impossible qu'il pût exercer ses fonctions. Amédée Berthollet, excité par son père, titulaire de la sénatorerie de Montpellier, et par Chaptal, protecteur de l'école de cette ville, me fit la première ouverture à ce sujet et m'engagea à songer à cette place. L'idée me sourit au premier aspect, mais d'un côté je ne devais y donner aucune attention tant que Broussonet serait vivant, et de l'autre j'avais besoin de prendre des renseignements sur le nouveau sort qui se présentait à moi. Il s'agissait de quitter Paris, peut-être pour toujours, de me transporter dans un pays inconnu, de séparer ma femme de sa famille, tout cela exigeait réflexion. Je commençai par demander au ministre de l'intérieur de permettre que mon second voyage (celui de 1807) fût dirigé sur les Pyrénées, parce que je pouvais de cette manière passer à Montpellier, sans avoir l'air d'y aller exprès, voir la ville et les hommes, et me décider ainsi avec une certaine connaissance du pays. Le plan, qui avait d'ailleurs d'autres
avantages, fut agréé, et dès le 1^^ avril je quittai Paris. Je me dirigeai d'abord sur Genève. Je fis ce voyage d'une manière fort agréable avec M. Martin de La Tour, homme d'une conversation fine et sensée, qui, Genevois établi comme moi à Paris, m'ofîrait une foule de points de contact. Je passai quelques jours à voir mes parents et mes amis de Genève. Mon père m'engagea à prendre pour compagnon un jeune Neuchâtelois, PeiTot, avec lequel il avait des relations et qui avait du goût pour la botanique. J'y consentis, et malgré une grande diversité de caractère je m'en suis bien trouvé. L'administration du Jardin des plantes m'avait donné un garçon jardinier, nommé Berger, qui devait, sous ma direction, cueillir des graines et expédier des plantes vivantes. J'entrepris donc ce second voyage avec une espèce d'escorte et avec le désir id'en profiter mieux que du premier.
§ 43. VOYAGE AUX PYKJÊNÉES.
Le récit de ce voyage est resté en blanc dans le manuscrit. J'ai voulu y suppléer par un extrait des volumineux journaux dé voyage de mon père, mais je me suis promptement aperçu que les détails de nature à intéresser les lecteurs, sous le point de vue biographiqucy n'y sont pas contenus. Les observations agricoles, géographiques ou botaniques n'étant pas le but de ces mémoires, tels que l'auteur les concevait, il me parait impossible maintenant de suppléer à cette lacune. On peut voir les principaux résultats scientifiques du voyage dans le Rapport adressé au Ministre de l'Intérieur (\ vol. in-8«. Paris, 1813, pages 70 à 1-40) et dans le supplément à la Flore française. (Alph. de C.)