TROISIÈME PRÉSENTATION A L'INSTITUT
J'arrivai à Genève le 1^^ octobre 1808, et fort à propos, car, par suite de l'état politique de l'Italie, toutes les lettres que j'avais écrites depuis un mois s'étaient perdues, et mes parents me croyaient mort : je m'étonnais alors de leur sollicitude ; depuis que j'ai été dans une position analogue je ne l'ai que trop comprise et je l'ai dépassée.
A peine fus-je resté quelques jours à jouir du plaisir de revoir ma famille et mes amis de Genève que j'appris la mort de Ventenat, l'un des membres de la section de botanique. Une place devenait ainsi vacante à l'Institut. J'étais trop près de l'époque où j'avais vivement désiré y entrer, et encore trop peu accoutumé à Montpellier pour abandonner mes anciennes prétentions. Je me décidai donc à partir immédiatement pour Paris. Mes concurrents, tous deux sans
* Quatrième en comptant l'indication par la section en 1799.
(Alph. de C.)
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aucune comparaison plus dignes de l'être que Beauvois, étaient Mirbel et du Petit-Thouars, mais îl fut évident que ce dernier n'avait alors aucune chance, et la question roula entre Mirbel et moi. La section chargée de la présentation était partagée comme à la précédente élection : Desfontaines et Labillardière pour moi, Jussieu et Beauvois pour Mirbel ou plutôt contre moi, enfin Lamarck flottant, et décidant comme l'autre fois la présentation de Mirbel et moi ex cequo au premier rang.
Nos droits scientifiques étaient loin d'être aussi inégaux qu'à ma précédente présentation; mais j'avais en ma faveur le souvenir de ma défaite, quelque peu d'ancienneté, et je crois un plus grand nombre de travaux incontestés et qui resteront dans la science * . Dans cette position j'aurais, je pense, été nommé, si on n'avait pas habilement exploité l'idée que j'étais inéligible puisque je résidais à Montpellier. Je donnai moi-même dans un panneau qui ajouta de la force à cette objection. On venait de constituer l'Université impériale. J'avais des faveurs à demander pour l'extension du Jardin de Montpellier. M. Delambre, trésorier de l'Université, me parut celui qui était le mieux placé pour soutenir cet établissement scientifique, je le lui demandai avec la chaleur que j'ai l'habitude de mettre à ce que je crois utile et qui ne m'est pas personnel. Quand j'eus, au contraire, à lui demander sa voix, je le fis avec la timidité que m'a toujours inspiré ce genre de démarches. Comme il était favorable à Mirbel, il crut, ou fit semblant de croire, d'après ce contraste, que si j'étais nommé je resterais à Montpellier ; il en répandit l'idée dans TAcadé-
- < Avant 1809, Mirbel n'avait certainement rien publié qui pût balance la Flore française, La carrière de ce savant a présenté^ da reste, une circonstance qui mérite d'être notée, car elle est extrêmement rare dans PhiB* t(âre des sciences : ses meilleurs travaux, ceux qui ont le plus d'originalîté et de précision , ont été faits après l'âge de cinquante ans : je veux parler des Becherches sur ravule, en 1830, et sur le Marchantia, en 1833. Mirbel était né en 1776. (Alph. de C.)
mie et en .parla notamment an Bureau des Longitudes. Là, neuf mathématiciens, membres de l'Institut, s^engagèrent à voter pour moi si je donnais ma parole de quitter la place de Montpellier immédiatement après l'élection, et à voter pour Mirbel si je refusais de prendre cet engagement. Mon plan était de garder ma place jusqu'à ce que j'eusse pu en trouver une à Paris qui me donnât de quoi vivre et de venir en attendant chaque année passer l'hiver à Paris. Cette combinaison était très-légitime : Broussonet, Proust, Cassini père, etc. , en avaient fait autant depuis vingt ans. Quand on me communiqua la proposition du Bureau des Longitudes, j'en fiis choqué comme d'une sorte d'abus de pouvoir. Je répondis que si j'étais nommé, je m'engageais à remplir les clauses du règlement qui étaient d'avoir domicile à Paris et de ne jamais rester un an sans siéger à l'Académie. Le Bureau vota pour Mirbel, quoique composé en partie de mes anciens amis. Au scrutin je restai au-dessous de Mirbel de cinq voix ; j'en avais refusé neuf pour ne pas trahir la vérité *.
Cette défaite était facile à prévoir ; elle me fit très-peu d'impression et me rattacha davantage à Montpellier. Quelques mois après, en mon absence, l'Institut voulut me donner un dédommagement et me nomma correspondant. On m'assura dans le temps que j'avais été nommé à l'unanimité. Je fus sensible à cette marque d'attention, mais la chose en elle-même ne me fit pas une bien vive impression. J'étais hors de cette fièvre d'élection qui domine les savants parisiens, et je voyais déjà ces sortes de choses à leur vraie valeur. Je n'eus dès lors d'autre ambition que la science elle-même, et ne pensai plus qu'à l'opinion de l'Europe et de la postérité. S'il s'y mêlait quelque autre idée, c'était
• Récapitulons : Fauteur a échoué en 1799 contre Boucher, Poiret et Duchesne qui furent seuls admis par la Classe ; en 1800, contre LabiDardière ; en 1806, contre Palissot de BeauYois ; enfin, en 1808, contre Mirbel. Il n^avait lutté que dans les deux dernières présentations. (Alph. de C.) ,
tùO LIVRE TROISIÈME.
Tespoir de démontrer un jour par mes travaux que Tlnstitut avait été deux fois injuste envers moi * .