RETOUR A MONTPELLIER
J'employai quelques semaines à Paris à rédiger le rapport de mon troisième voyage et à préparer les affaires relatives à l'agrandissement du Jardin de Montpellier, et le 20 décembre 1808, par un froid très- vif, je partis pour le Midi jyime Torras et sa fille cadette vinrent avec nous ; nous étions dans deux voitures de poste ; le sol était couvert de neige et de glace ; les routes si mauvaises qu'en voyageant, tant qu'il faisait jour, nous ne pouvions faire quelquefois que cinq ou six postes. A Pont-sur-Seine, où dès le premier jour nous fûmes obligés de coucher dans une détestable aubei^e, nous trouvâmes le matin un pied de neige à la porte intérieure de notre chambre; chaque jour nous rencontrions des voitures brisées, des rouliers arrêtés, etc. ; je n'ai jamais fait de voyage aussi pénible par sa longueur, par la crainte des accidents et la responsabilité qui pesait sur moi, ayant quatre femmes et un enfant à conduire. D en fut ainsi jusqu'à Montélimart; puis tout à coup, en descendant la petite côte qui domine Donzère, la neige disparaît, le temps devient clair, un beau soleil nous réchauffe, si bien que nous ne savons que faire des duvets et couvertures jusquelà si nécessaires ! La verdure de l'olivier, qu'on méprise en été, nous donnait une idée du printemps. Jamais je n'ai senti aussi vivement la limite brusque et presque sans transition qui sépare la région du nord de celle du midi. De là jusqu'à Montpellier la route fut délicieuse, et notre nouvelle demeure se présenta à nous et à nos parents de la manière la plus agréable.
* On verra comment il Ta réparé plus tard, en nommant mon père Fuii des huit associés étrangers, titre bien supérieur à celui de membre ou de correspondant (Alph. de C.)
L'hiver se passa très-vite et sans événements. Je fis tous mes efforts (et la suite a prouvé que j'avais raison) pour lier ma femme avec les dames de la société protestante. On nous reçut de la réunion du Salon, qui avait lieu toutes les semaines et qui se composait d'une des meilleures sociétés de la ville. Je passais d'ailleurs tout mon temps occupé de mes nouveaux devoirs ; je soignais le Jardin, je fis faire des examens de médecine qui, vu mon peu de connaissance du sujet, me donnaient beaucoup de peine * ; je préparais mon cours et je soignais ceux des élèves qui mettaient de l'intérêt à la botanique. Au l^^ avril, je commençai mon cours qui, comme le précédent , ayant lieu tous les jours, fut terminé à la fin de mai. M. Torras vint nous faire une visite ; il reconduisit toute la famille à Genève, et moi je partis le 1^^ juin, avec Dufresne, élève de l'École et natif de la partie de la Savoie qui avoisine Genève, pour aller faire mon quatrième voyage, dont Genève devait être le centre.