ENTREPRISE DU SYSTEMA
Cependant le zèle même que je mettais à débrouiller la flore du Mexique se liait dans mon esprit à une immense entreprise que je méditais alors. Frappé du décousu de tous les ouvrages généraux de botanique et de la nécessité d'en avoir enfin un rédigé d'après les principes de la méthode naturelle, non-seulement pour l'ensemble, mais dans les détails, je formai le projet de me dévouer pour faire une énumération générale des végétaux du monde, et ma Théorie élémentaire en était pour ainsi dire la préface. Une fois décidé sur l'idée mère, il fallait arrêter la forme du travail, et c'est dans ce but, comme essai, que je fis les monographies dont j'ai parlé tout à l'heure. Outre ces essais, je me mis à l'œuvre, et je travaillai avec zèle à la famille des Renonculacées, qui devait être la première dans l'ordre adopté. Je fis cet essai sous la forme la plus complète qu'il me fut possible, c'est-à-dire en donnant pour chaque espèce la synonymie et la description complètes. Lorsque j'eus ainsi fait plusieurs exemples de monographies (Renonculacées, Ochnacées, Biscutelles, Cynarocéphales, Aspérules), je portai tous ces travaux à Paris, et je les soumis à l'examen de mon ancien mentor Desfontaines. Celui-ci s'enchanta du plan le plus long et le plus complet ; ma confiance en lui
était trop grande pour ne pas céder à son opinion, et je revins à Montpellier plein d'ardeur pour cette entreprise, dont j'étais loin de calculer alors l'immensité. Je préparai de cette manière, avec les matériaux dont je pouvais disposer, les Dilléniacées , les Berbéridées, les Magnoliacées, les Ménispermées. Quant aux Auonacées, je les confiai à mon ami et élève Dunal, qui fit sur cette famille difficile un ouvrage très-remarquable. Tel était le point où mon travail était arrivé lorsque je quittai Montpellier, et pour ne pas m'écarter trop de l'ordre des temps, je remettrai à traiter plus tard la suite de ce sujet, qui est devenu la base de toute la partie la plus importante de ma vie.
Outre ces travaux, j'ai encore publié, pendant mon séjour à Montpellier, quelques opuscules de moindre importance, tels que le Mémoire sur les fleurs doubles, qui fait partie de ceux de la Société d'Arcueil; celui sur les dahlias, qui a été imprimé dans les Annales du Muséum d'histoire naturelle de Paris et dans les Bulletins de la Société d'agriculture de Montpellier, etc. ; mais ces objets, quoiqu'ils eussent leur utilité, ne méritent guère d'être mentionnés en détail*.
* Le ministre de rintérieur Cretet aurait voulu tirer un coup de canon sur l'Institut pour en disperser les membres dans tous les départements (voyez page 191) ; on était arrivé à peu près au même résultat, sans coup de canon, en ce qui concerne la botanique. Pendant qu*un seul homme, éloigné de Paris par des échecs successifs dans les élections académiques, rédigeait à Montpellier, puis à Genève, de 1809 à 1824, des ouvrages aussi importants que les Bapparts sur les voyages botaniques en France, le Supplément de la Flore française, la Théorie élémentaire, les deux volumes dû Systema et les premiers du Prodromus, la botanique dormait à Paris d'un sonmiefl très-profond. Claude Richard avait déjà publié son Analyse du fruit (1808); Antoine-Laurent de Jussicu avançait en âge et ne publiait que de rares mémoires, fort inférieurs à son immortel G^enera (1789) ; Mirbel n'était pas encore parvenu à ce que j'appelle sa seconde manière, qui a été la bonne ; dn Petit-Thouars jetait quelquefois dans le public des idées originales, j'en conviens, mais mal exposées et souvent fausses ou contestables ; enfin, à moins de compter le botaniste allemand Kunth conmie Parisien, parce qirïl résidait à Paris en 1815, on peut dire que la botanique ne s'est relevée,