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FLORE DU MEXIQUE

Si les troubles de l'Espagne m'ont dérangé dans ce travail sur les labiatiflores, ils m'ont procuré une source de documents qui n'a pas laissé que d'avoir de l'intérêt pour moi. Parmi les réfugiés que les désastres du roi Joseph forcèrent à quitter la péninsule, se trouvait Joseph Mocino, vieillard mexicain, qui avait été jadis chargé par le roi Charles VI de faire, avec Sessé, la flore du Mexique, comme Ruiz et Pavon l'avaient été de faire celle du Pérou. Mocino arriva à Montpellier avec une collection de treize à quatorze cents dessins coloriés (au moins en partie), et représentant des végétaux du Mexique, alors très-peu connus, car les Nova gênera de Kunth et Humboldt n'avaient pas encore commencé à paraître. Je fus frappé, en voyant cette coUec-

tion, de la beauté de quelques dessins (ceux faits par Echeveria, peintre mexicain), de l'intérêt de tous, du nombre considérable d'espèces qui me paraissaient nouvelles, mais aussi des erreurs sans nombre quant aux noms botaniques qu'on leur avait annexés ; je fis comprendre àMocino qu'il était nécessaire de revoir ce travail, et me chargeai de l'entamer avec lui. Après les premiers essais, je vis que le bon vieillard n'avait que des idées très-vagues sur la science, et je me mis à travailler seul pour débrouiller ce chaos. Je n'avais que les desseins, car le texte même de l'ouvrage s'était égaré dans la déroute d'Espagne. A force de petits renseignements, je parvins à savoir que ces manuscrits, comme tous les objets rapportés d'Espagne par le roi Joseph, étaient emmagasinés dans les caves des Tuileries. Je me servis de l'activité de M. Zea, Espagnol de Santa- Fe-de-Bogota , disciple de Mutis, que j'avais connu jadis à Paris, et qui était arrivé d'Espagne avec Mocino, je me servis, dis-je, de Zea, qui était en 1814 à Paris, pour retirer ces manuscrits des caves royales. On m'en envoya trois ou quatre cahiers à moitié détruits par l'humidité ; mais je ne tardai pas à reconnaître qu'à l'exception de quelques désignations populaires et de localités, il n'y avait aucune instruction à en tirer. Je poursuivis donc mon entreprise, et je parvins à décrire et à classer *, d'après les seuls dessins, les treize ou quatorze cents espèces de cette collection, et cela avec assez de soin pour que, lorsque le hasard m'a fait depuis retrouver les mêmes espèces, ou dans les herbiers, ou dans les livres, j'aie eu peu de changements à faire dans mon travail. Je sentais bien qu'il était impossible de publier un si grand nombre de planches, et je décidai Mocino à me permettre de faire un extrait des genres nouveaux, dans le genre du Prodromus de la flore du Pérou, et de tenter de le publier d'abord. Le dessinateur, Node Véran, exécuta des esquisses avec beaucoup de

* Dimal aida beaucoup mon père dans ce travail. (Alph. de C.)

talent, mais dès lors la publication de l'ouvrage de Humboldt, mes propres travaux et ma séparation d'avec Mocino, m'ont empêché de suivre à ce projet. Je restai cependant dépositaire des descriptions dont je comptais me servir dans le grand ouvrage que je méditais et des dessins originaux. Lorsque je quittai Montpellier, le bon Mocino, qui était devenu vieux et presque aveugle, me confia tous les dessins en me disant : « Allez, je vous confie le soin de ma gloire! » Nous verrons plus tard ce que devint cette collection.

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