ME DE FAMILLE
Jusqu'ici j'ai parlé seulement de ma vie extérieure; je dois maintenant rentrer dans mon intérieur et exposer en peu de mots ce qui tient à ma famille, ma fortune, mes habitudes, etc. Je le ferai succinctement, car si je puis croire que les détails contenus dans les chapitres précédents n'ont qu'un intérêt faible pour les autres, ceux-ci n'en peuvent avoir que pour moi et pour ceux qui me touchent de bien près.
En revenant à Genève, en 1816, j'eus le bonheur d'y retrouver mou père et ma mère, mais ce bonheur fut de courte durée. Ma mère me fut enlevée bien peu de temps après (19 novembre 1817), ainsi que je l'ai déjà dit, et ce fut le 31 mai 1820 que mon père paya le tribut fatal. Il était encore assez robuste, malgré son grand âge de quatrevingt-quatre ans, et quoiqu'il annonçât depuis vingt ans sa
mort comme prochaine. J'avais passé la soirée avec lui, et, selon notre usage , nous avions fait ensemble la liste des candidats que nous voulions élire au Conseil Représentatif. Dans la nuit il fut saisi par une attaque d'apoplexie ; lorsqu'on entra chez lui il respirait encore, mais s'éteignit promptement sans douleur. Je le pleurai comme un père dévoué à ses enfants, comme l'être qui m'avait le plus aimé.
Peu d'années après les parents de ma femme, quoique beaucoup moins âgés, lui furent successivement enlevés. Je leur donnai des regrets sincères, car depuis mon mariage je n'avais trouvé chez eux que des procédés obligeants et délicats. Dans cette même période je perdis presque tous mes oncles et tantes des deux côtés.
En compensation, je retrouvai à Genève mon frère, sa femme et leurs deux filles ; il me restait surtout ma femme et deux fils de belle espérance !
Les commencements de mon séjour à Genève furent difficiles à raison de la pénurie où je me trouvais. Cependant, je puis le dire avec sincérité, jamais un seul instant de découragement ni de regret n'est entré dans mon âme, et je me suis occupé activement de chercher quelques moyens de gagner sans sortir de ma carrière. J'ai obtenu ce que je voulais, soit en donnant des cours surnuméraires, dont j'ai retiré jusqu'à 4000 francs par an, soit en publiant une nouvelle édition de mon ouvrage sur les Propriétés des plantes^ qui me produisit 1500 francs, soit en accélérant la publication du Systema et ensuite du Prodromus, dont chaque volume me rapportait 5 à 6000 francs. Au moyen de ces ressources dues à mon travail je soutenais ma famille, sinon brillamment, au moins honorablement ; j'achetais des livres botaniques, j'accroissais mon herbier, je faisais des voyages, et, fidèle au rôle que j'avais pris vis-à-vis de mon père lors de mon mariage, je lui soutenais que j'étais à mon aise, et je l'empêchais de me faire des cadeaux ou des faveurs testamentaires qui ne pouvaient avoir lieu qu'aux dépens démon frère.
Pen à peu les héritages de mes parents et de ceux de miEt femme changèrent ma situation. Si je ne devins pas trèsriche, je gagnai une aisance suifisante pour vivre agréablement. Je n'abandonnai que plusieurs années après les travaux lucratifs qui m'avaient soutenu dans ma pauvreté, et une fois que je me trouvai à la tête d'un capital suffisant, j'essayai, entraîné par l'exemple, de l'accroître par des placements bien choisis en fonds publics. J'y ai assez réussi, de même que dans l'achat et la vente du domaine de Saint- Seine.
Le produit de mes ouvrages botaniques, joint à ce que je retirais des fonctions publiques, a été le fonds sur lequel j'ai acquis mes collections. J'avais toujours pensé que je n'avais pas le droit de subvenir à mes goûts personnels aux dépens de la fortune héritée de mes parents, qui me sem^ blait hypothéquée d'avance à mes enfants, aussi ai-je tenu un compte assez complet de ce que les sciences me rapportaient et de ce que je dépensais pour elles, afin que cette dernière somme fût en définitive payée par la première. Dans le commencement de ma carrière, ce que j'ai gagné par mes livres m'a été très-utile pour vivre; plus tard ce gain m*a été agréable pour me permettre de suivre plus largement mes goûts botaniques. Je l'avouerai sans le moindre scrupule, je ne connais pas d'argent gagné, je ne dis pas seulement plus légitimement, mais plus honorablement que celui qui provient de son propre travail intellectuel. H a même ceci de spécialement flatteur qu'en ajoutant à l'aisance et aux moyens de travail, il produit ce résultat grâce aux succès des travaux précédents. On peut se faire toutes sortes d'illusions sur le mérite des livres qu'on ne met pas eu vente, mais lorsqu'un hbraire vous achète votre manuscrit, on est bien certain qu'il s'attend à y gagner, et, s'il continue, qu'il y a gagné, et que par conséquent le livre s'est bien vendu. Au reste, tout en faisant grand cas de cette industrie, je n'ai jamais voulu, même lorsque j'étais
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dans la gêne, faire aucun livre dans le but unique de gagner de l'ai-gent, ni me mêler d'aucun détail de fabrication ou de vente, soit parce qu'ils me répugnaient, soit parce que je m'y sentais fort inhabile.
Peu de temps après la mort de mon père, mon ami Marcet me proposa d'entrer avec lui dans une emplette qu'il projetait. Voulant mettre une partie de sa fortune en fonds de terre, il avait jeté les yeux sur le domaine de Saint- Seine- en-Bâche, village situé en Bourgogne, près des bords de la Saône, entre Auxonne et Saint-Jean-de-Losne ; mais, destiné à vivre à Londres, il désirait avoir un associé qui fût plus rapproché que lui pour surveiller cette propriété. U m'offrit d'être intéressé dans l'aflfaire. Sur le peu qu'il m'en dit, je la trouvai excellente, et sur-le-champ j'acceptai l'association pour une part inférieure à la sienne. Outre l'utilité que j'y voyais comme placement, je jouissais de cette communauté d'intérêts avec un homme pour lequel j'avais une sincère amitié. Notre marché fut conclu en moins d'un quart d'heure, et, au mois de décembre 1820, je me trouvai copropriétaire de Saint-Seine.
Au mois' de juin suivant, je fus dans le cas d'aller à Paris avec M. Ton-as , ma femme et son amie , M^^ Pictet- Menet. Nous nous arrêtâmes quelques jours à Saint-Seine, et nous fûmes enchantés de notre emplette. Dans un lieu éloigné de toute grande route, nous trouvâmes un beau et riche village : le château était une bonne maison, entourée de jardins et d'une belle cour, placée sur une légère éminence qui dominait la vallée de la Saône. Nous y séjournâmes un peu pour prendre connaissance de notre nouvelle propriété. Celle-ci se composait d'environ quatre cents hectares de terrain, partie en forêts, partie en champs, partie en un vaste étang qui était deux ans en eau et sept ans en culture, avec cette condition que la première, la quatrième et la septième année après le dessèchement, la jouissance du terrain appartenait aux habitants du village.
Comme cette servitude était contre le seigneur, elle n'avait point été abolie par la révolution. Tel était l'état, un peu gênant, dans lequel nous avions acquis la terre, et auquel peut-être nous devions de l'avoir payée moins cher que son étendue ne le comportait.
Depuis ce premier aperçu , je suis retourné à peu près chaque année à Saint-Seine, tantôt pour affaires, tantôt parce qu'un séjour dans cet endroit nouveau pour moi et éloigné des villes, me procurait une distraction précieuse. Je m'y rendais quelquefois seul, en allant ou en revenant de Paris; une fois, j'y allai avec la famille Marcet, puis avec ma famille et M^e Pictet-Menet. Ces petits séjours me plaisaient singulièrement. Celui d'octobre 1821 eut lieu avec mes excellents amis et associés Marcet ; leur gaieté et leur bonté faisaient de cette station une véritable partie de plaisir, et le contraste d'une vie de village avec celle à laquelle nous étions accoutumés, y ajoutait un certain charme *.
Dans d'autres séjours, surtout avec M™e Pictet, nous étant arrangés à avoir des chevaux, nous allions faire de grandes courses, tantôt sur les vastes pelouses du bord de la Saône , tantôt dans des forêts percées de routes ombragées mais détestables, tantôt dans les grands jardins maraîchers des environs d' Auxonne, etc. Tout était pour nous découverte , dans ce pays que nous connaissions à peine , et nous y jouissions d'une vie douce et presque patriarcale.
Nous n'avions pas, à la vérité, de voisins de notre sorte, mais nous avions mieux que cela. D'abord le bon, l'excellent curé (M. Latour) nous avait pris en amitié, tout pro-
* A cette époque il n'y avait pas une seule bonne route communale ou départementale dans cette partie de la France. On arrivait chez soi en patache, la boue parfois jusqu'aux moyeux et au risque de n'en pas sortir. C'était un sujet continuel d'étonnement et de plaisanteries pour des dames habituées à l'Angleterre. Vingt ans après j'ai revu le même pays : une excellente route de poste passait devant le château, la prospérité matérielle avait augmenté, mais la vie simple et homiéte, dont le tableau est tracé dans les pages suivantes, offrait déjà de nombreuses exceptions. (Alph, de C.)
testants que nous sommes, et il venait nous voir souvent. Son bon sens pratique, sa parfaite tolérance, son zèle pour ses paroissiens nous touchaient, et sa douce gaîté nous réjouissait. Le régisseur de notre terre, qui demeurait à Saint- Jean-de-Losne, avait une conversation pratique et positive. U m'endoctrinait à plaisir, sans se douter que j'en savais autant que lui sur l'art forestier ou l'agriculture, car j'avais eu soin de ne pas lui dire quelle avait été ma carrière : je jouissais de cette sorte d'incognito. Ce fut un jour trèsplaisant que celui où il vint, par quelque article de journal, à découvrir qui j'étais, et, comme je l'avais pensé, il n'osa plus dès ce moment, me donner ses avis avec la même liberté.
Mais ce qui faisait le véritable charme de ce séjour, c'était le caractère des paysans dont nous étions entourés. Saint-Seine est un véritable oasis dans cette province, qui est elle-même une des plus avancées de la France. Qu'on se figure un village tout couvert de chaume, où les paysans sont bien paysans par leur costume et leurs travaux, mais où l'on ne trouve pas un seul pauvre, où l'on n'entend parler d'aucun délit, d'aucun ivrogne, d'aucune galanterie illicite, où il n'y a de cabaret qu'un mauvais pied à terre pour les gens qui passent! Le jour de mon arrivée, je pris un paysan pour me conduire dans mes forêts ; chemin fiaisant, il chantait de grands airs, tous sur le malheur d'un amant abandonné de sa maîtresse : « mais, lui dis-je, par quel hasard aflfectionnez-vous tant ce sujet? — Ah 1 Monsieur, me dit-il, c'est que c'est mon cas! ma maîtresse en a préféré un autre ! » J'entrai en conversation, et je fus trèsétonné de la littérature de mon guide. Dans ce bon village se trouvait alors une jeune fille, nommée Benoîte, qui avec une charmante figure avait le malheur d'être estropiée d'une jambe; elle avait été un peu protégée dans son enfance par les propriétaires du château, et en avait gardé du goût pour la lecture. Chaque soir, après leurs travaux rustiques,
une partie des paysans venaient chez elle écouter des lectures , et que lisait-on ? la Henriade, Boileau, Racine! « Quoi, disais-je, toujours des poètes? — Oh! Monsieur, me répondaient-ils, nous ne sommes pas assez riches pour lire de la prose ! avec la prose, il faut trop souvent changer de livre, mais des vers, nous pouvons les entendre toujours avec plaisir! » On devine avec quel empressement je leur apportais à chaque voyage de nouveaux livres pour leur petite bibliothèque ; je me rappelle la joie de ces braves gens quand je leur donnai Molière. « Oh ! me disaient-ils, il y avait si longtemps que nous avions envie de lire Monsieur Molière! » Il m'était doux de faire des politesses de ce genre à des paysans si aimables et auxquels je ne pouvais offrir aucun secours. Avec les livres, les seules gracieusetés que j'ai pu leur faire, étaient de donner de l'eau filtrée, car la leur était saumâtre, de fournir un peu de bouillon aux malades,, et des pilules de quinine aux fiévreux. Chaque matin, dana la saison des fièvres, j'allais faire la tournée des malades et je distribuais cette bienfaisante quinine ; je recevais des bénédictions, et je ne faisais cependant que réparer bien imparfaitement le mal que mon étang entretenait autour de leurs demeures deux ans sur neuf! réflexion qui redoublait mon zèle médical *.
A la suite de l'un de nos séjours (en 1822), je revins à Genève et j'eus le chagrin d'apprendre que mon excellent ami Marcet était mort, à Londres, d'une attaque de goutte remontée. Je lui donnai des regrets bien sincères. Sans parler de ses talents comme chimiste, et de l'agrément de son esprit , c'était un des hommes les plus obligeants , les plus francs, les plus dignes d'attachement que j'aie jamais connus. Sa mort remettait en question la propriété de Saint-
* Du reste, les habitants du village, ayant la jouissance de Tétang à certaines époques, n'auraient pas consenti à le laisser en culture. U aurait faUa pour cela des tractations délicates qu'on ne savait comment aborder et qui auraient probablement amené des procès. (Alph. de C.)
Seine. Un article de notre convention portait que, dans ce cas, le survivant avait droit de garder la terre à des conditions déterminées. C'est ce qui arriva, après quelques négociations amicales avec les héritiers de mon ancien associé. Je me trouvai donc chargé de cette terre, et je continuai à y aller chaque année avec d'autant plus de zèle qu'elle était devenue plus importante pour moi. Chaque été, je m'y rendais avec ma famille, et souvent avec M"^^ Pictet-Menet ; nous y avons aussi reçu mon frère et sa famille. Ces séjours étaient un repos et une diversion à mes occupations ordinaires ; j'étudiais ce beau et grand domaine pour chercher à l'améliorer; je jouissais d'une position toute nouvelle pour moi, et je compte ces moments au nombre des plus heureux de ma vie; mais que le malheur est souvent à côté du plus grand bonheur !
Au mois de septembre 1825, ayant quelques aifaires à Paris, pour la publication du Prodromus, je laissai à Saint- Seine ma femme, M™^ Pictet, mes deux fils, et M. Charles Martins*, jeune étudiant, qui surveillait momentanément l'éducation du cadet, tous en parfaite santé, et je courus passer quelques semaines à Paris. A peine arrivé, je reçus une lettre de M.^^ Pictet, dans laquelle, en termes ambigus et inquiétants, on me disait que mon fils cadet. Benjamin, était malade : je me jetai dans la première voiture que je trouvai, et arrivé à Saint-Seine. . . c'était trop tard ! Ce malheureux enfant de treize ans, que j'avais laissé brillant de santé, avait pris une dyssenterie et y avait succombé ! On juge du désespoir où je trouvai sa mère, et du mien ! Jamais ne s'effaceront de mon esprit les horribles inquiétudes de ce voyage et les décliirements de l'amvée. Cet enfant an-
» Maintenant directeur du Jardin botanique de Montpellier et professeur à la Faculté de médecine, alors mon camarade d'études. D avait bien voulu accepter la charge gratuite de donner quelques soins au fils de son professeur pour être rapproché de lui pendant un mois ou deiLx.
(Alph. de C.)
nonçait toutes les dispositions les plus distinguées! En quelques heures tout s'était anéanti ! Le cimetière de Saint- Seine l'a reçu, et j'ai eu à remercier notre bon curé, nonseulement de ce que, profitant de l'absence de première communion, il l'avait admis dans une enceinte où ses restes reposeront en paix, mais de tous les soins qu'il avait donnés dans ce moment fatal à ma femme et à mon fils.
Nous repartîmes pour Genève, quittant avec désespoir cette demeure où nous avions été si heureux, et où nous nous promettions tant de bonheur. Notre passage au milieu de ce village où tout le monde prenait part à notre peine, avait encore une certaine douceur dans une affliction si profonde. Le voyage et l'arrivée à Genève furent, comme on comprend, bien pénibles.
Je sentis bientôt à quel point il serait difficile pour moi, et surtout pour ma femme, de retourner dans un lieu qui nous rappelait ce malheur, et je me décidai à mettre ma terre en vente. Sur cet avis, il m'arriva d'abord un de ces faiseurs d'affaires, agents de bande noire, qui m'offittit cent mille francs de plus que je ne demandais, mais qui ne donnait aucune garantie. Je refusai, et bientôt im notaire de Besançon vint m'ofi&ir le prix que j'avais indiqué, de la part de M. de Magnoncour. Le marché fut conclu en un instant, et il fut convenu que j'irais passer l'acte et toucher la moitié du prix à Besançon.
J'y allai en effet avec mon frère, dont les connaissances commerciales m'étaient précieuses pour une affaire de cette nature. Le marché fut passé très-vite, M. de Magnoncour étant parfaitement facile et délicat à mon égard. Je lui dis qu'il me restait dus environ quinze mille francs de fermages arriérés : sur-le-champ il m'offrit de les payer sans vouloir entendre à aucun rabais pour l'escompte. Quand vint le moment du payement principal, il nous fit apporter la somme
de 160,000 francs qu'il me devait au moment de la passation de l'acte, non-seulement tout en or *, mais il l'offrait en monnaies diiïérentes, à notre choix ! Il avait, disait-il, toujours quelques centaines de mille francs en or chez lui, parce que, sans cela, « on n'a point d'indépendance.» Cette méthode, qui n'est pas à la portée de beaucoup de gens, était un reste de la crainte qu'il avait eue de manquer d'argent pendant la Terreur. Il mit la terre de Saint-Seine sous le nom de son fils, M. Flavien de Magnoncour, depuis député ^, homme aimable, instruit, bienveillant, avec lequel je suis resté lié, et que j'ai revu souvent, soit à Genève, soit à Paris.
A mon retour, je cherchai à acquérir une petite campagne que ma femme pût habiter sans souvenir direct, et arranger à sa guise. Je trouvai à La Perrière ^ une modeste habitation qui répondait à mon but. L'espace était assez petit pour que les frais d'arrangements ne m'entraînassent pas trop loin, et la position était superbe, quant à la vue des Alpes et du lac qui baignait les murs.
Dès ce moment , je partageai mon temps entre La Perrière, où je passais l'été, et la ville, où j'étais en hiver. Tant qu'il y eut quelque chose à faire à la campagne, je m'y amusai assez bien. Dès que tout fut achevé, je commençai à sentir l'ennui. Je ne pouvais y travailler que fort à bâtons rompus, faute de livres et de collections; je venais donc chaque matin à la ville dans mon appartement solitaire. Ce mouvement perpétuel m'ennuyait aussi. J'avais rempli le but pour lequel j'avais acquis cette demeure, et je commençai à désirer de m'en débarrasser.
* On en serait moins étonné à présent, mais il faut se reporter aux usages de 1826. (Alph. de C.)
* Et ensuite pair de France. {Id.)
' A une demi-lieue de Genève, au bord du lac, sur la route de Lausanne.
(Alph. de C.)
§ 20. DÉVELOPPEÎ^IENTS D'ALPHONSE*.
Beaucoup de gens croient inspirer aux jeunes gens le goût de l'histoire naturelle en leur en parlant dès l'enfance: je pense que si on prend cette route , il faut le faire avec beaucoup de modération. Quand on veut parler d'histoire naturelle à un enfant, on est toujours entraîné à lui faire connaître les faits les plus piquants et les plus propres à exciter sa curiosité. On les leur présente avant l'époque à laquelle on doit leur en montrer le véritable intérêt et leur en- donner l'explication. Quand l'enfant arrive à l'âge où il pourrait comprendre cette explication, il se trouve que sa curiosité est blasée, et qu'on est privé de l'appât avec lequel on peut l'exciter à surmonter les difficultés. On l'accoutume donc à voir les faits les plus curieux et à se contenter d'explications incomplètes. Il croit savoir , et il n'est pas excité à recommencer son étude à l'âge où elle pourrait lui être utile. Si, au contraire, les faits piquants de l'organisation des êtres ne lui arrivent que plus tard, il est encouragé par leur nouveauté, et peut saisir leurs rapports avec l'ensemble des lois de la nature. Je pense, en général (car ce raisonnement est applicable à plusieurs autres études) qu'il faut réserver pour la fin la science à laquelle on désire qu'un jeune homme se voue, et ne la lui laisser entreprendre que lorsqu'il a exercé déjà sa mémoire et son intelligence sur les autres objets.
Cette méthode m'a bien réussi. J'ai fait suivre à mon fils
* J'ai supprimé la presque totalité de cet article du manuscrit, comme ailleurs certaines choses trop exclusivement relatives à d'autres personnes que l'auteur, ou entrant dans des détails trop intimes de famille ; cependant j'ai cru devoir conserver le paragraphe suivant qui est Ténoncé d'un système en éducation, et qui peut intéresser, par ce motif, les pères de famille et les instituteurs. (Alph. de C.)
les études publiques avec toutes leurs lenteurs et en ne l'entretenant d'histoire naturelle que le moins possible * .
La nomination de mon fils au rang de professeur honoraire* me ramène à l'Académie.