GRANDSON
Genève^ 18 janyier 1795.
....Dimanche je suis allé avec Picot botaniser aux bords de TArve et à Couches, chez son oncle Achard... Je dirai à mon frère que le lichen trouvé dans la route d'Aubigny à Mamans, sur la molasse, est une plante assez rare, c'est une Marchantia.,. Aujourd'hui, après avoir travaillé longtemps, je suis allé chez M. Gosse* lui montrer nos trouvailles et chercher ces plantes avec lui. J*ai déjà un petit herbier de mousses assez joli, et outre cela, je tiens sur ma fenêtre des assiettes humectées où je transplante toutes celles que je trouve, et où je me forme un petit jardin d'un genre particulier.
GenèyCy 4 mars 1795.
Je voudrais pouvoir, dans cette lettre, réparer le vide que toutes les précédentes ont eu quant à la politique, mais je suis tous les jours plus dégoûté de m'informer de nouvelles qui ne font que rendre triste sans aucune utilité. Mes études fournissent des aliments à mon esprit au delà de ce qu'il peut digérer, et je n'ai ni le besoin ni l'envie d'en aller chercher ailleurs ; si le hasard m'apprend quelque chose qui ait rapport à la politique, je n'y attache d'importance que dans l'idée de vous l'écrire et que cela pourra vous intéresser davantage que si je vous entretenais des propositions de géométrie qui m'occupent.
....Depuis quelques jours la botanique renaissante me donne une nouvelle occupation et un nouveau plaisir, et tant mieux, parce que plus je l'aimerai, plus j'aimerai à vivre à Champagne. D'ailleurs, dans ces tempsci, où il ne faut pour ainsi dire s'attacher à rien de mondain, quoi de plus doux et de plus sûr que cette étude : lorsqu'on se promène chaque plante se personnifie, chaque brin d'herbe intéresse ; on marche, entouré de connaissances et d'amis qui ne trompent point, qui ne sont point contredisants, La vue générale de cette science élève l'âme, l'agrandit, et
* Je donne les premières lettres où l'auteur parle de botanique, parmi eeUes que l'on a conservées de lui. Il avait alors dix-sept ans et avait d^à suivi le cours de M. Vaucher^ mentionné ci-dessus, page 27. (Alph. de C.)
s Henri- Albert Gosse, chez lequel a été fondée la Société susse des scieooes naturelles. Voir une notice sur lui dans la Bibliothèque VniverteUe^ m, p. 133.
(Alph. de C.)
soit qu'on suive Tensemble ou les détails, elle remplit d'admiration et de respect pour celui dont la main organisa les végétaux... Il me manque un secours indispensable, les œuvres de Linné ; depuis longtemps je les désirais, mais outre que j'ignorais si tu aurais la bonté de me les donner, quand cela aurait été, j'aurais été bien embarrassé d'en trouver un (exemplaire); le hasard m'a appris que M. T. en a fait venir de Paris*.