LE SÉNATEUR CHAPTAL A AUG.-PYR. DE CANDOLLE, A MONTPELLIER
Paris, 9 janvier 1809.
Le changement d'administration dans l'enseignement doit amener nécessairement, mon cher de Candolle, quelque embarras et un peu de confusion dans les premiers temps, mais j'espère que l'instruction et le sort des grands établissements n'en souffriront pas.
Déjà on a fait quelques changements qui doivent encourager les chefc de l'enseignement : 1° Cuvier est seul rapporteur pour les écoles de médecine, et comme il a une grande influence dans le Conseil, il y fera passer facilement tous les projets utiles ; 2° l'empereur a déclaré que le grand maître travaillerait avec le ministre de l'Intérieur, qui seul présenterait les résultats à Sa Majesté, ce qui réduit beaucoup sa domination.
Mais, comme les soins de l'organisation et le défaut d'argent peuvent rendre, pour quelque temps, l'administration sourde aux demandes d'argent, je vous prie, mon cher de Candolle, de prendre sur ce qui me revient sur mon traitement de professeur honoraire. Vous pouvez prévenir M. Piron, mon procureur fondé, que je laisse la totalité à votre disposition, et que vos reçus le couvriront auprès de moi de tout ce qu'il vous donnera.
* Cotte lettre dévoile bien des turpitudes, mais elle a le mérite de fidre ressortir les beaux côtés du caractère de Cuvier ; le sentiment du devoir, l'équité et l'horreur des intrigues. Du reste, les hommes les plus distingués ne regardent souvent que par une lunette. Cuvier ne faisait pas une réflexion bien nmple : que la centralisation produit les dénonciations. Au début, c'était Montpeltier qui en adressait à Paris ; on verra (page 560) que peu d'années après, Paris en exigeait de Montpellier. Les universités d'Oxford ou Cambridge n'ont pas de semblables rapports avec Londres, parce qu'elles n'en dépendent pas, et elles n'en sont pas moins florissantes. (Âlph. de C.)
s Pour annoncer le don annuel de 6,000 francs au Jardin de Montpellier, mentionné ci-dessus, page 2B9. Chaptal n'était plus alors ministre de llntérienr. J'aime à publier cette lettre pour montrer que, s'il y avait parmi les Méridionaux des intrigants, il y avait aussi de nobles caractères. (Alph. de 0.)
Je ne doute pas de tout le bien que vous ferez aux sciences et à l'école, et je suis porté à vous en faciliter les moyens autant par intérêt pour la science que par mes sentiments pour vous. Je vous salue cordialement.