‹ MemoiresChapitre 94 sur 117 · GEORGE CUVIER A AUG.-PYR. DE CANDOLLE , A MONTPELLIER · texte numérisé non relu

GEORGE CUVIER A AUG.-PYR. DE CANDOLLE , A MONTPELLIER

3 mars 181^.

Mon cher ami,

J'ai remis votre lettre en main propre, et on m'a paru l'accueillir convenablement. Ouant à l'autre reproche, sur lequel j'ai, comme vous le savez, plus d'une raison pour être de votre avis, tout dépendra du moment et de la manière dont le Maître des Maîtres pensera alors sur les partisans de la transsubstantiation et de ses ennemis*. Soyez toujours sûr que j'y ferai tout ce que j'y pourrai faire. Je suis bien flatté que notre travail sur les environs de Paris vous ait plu. Tout le mérite en est au soin et à la précision que Brongniart y a mise. Je n'aurais à moi seul jamais pu avoir cette patience ; mais le résultat est réellement important. Il a aussi été jugé tel par les géologistes d'Allemagne.

En ce moment, je suis tout entier à ma grande anatomie, et dans ce travail de longue haleine je trouve chaque jour quelque résultat intéressant qui soutient mon zèle. Mes fossiles paraîtront bientôt.

Adieu, mon cher ami. Présentez mes hommages à Madame de Candolle, et comptez sur mon tendre dévouement.

* Il 8*agi8sait évidemment de quelque demande de mon père ou de l'un de ses amis protestants de MontpeUier. Ce ne pouvait être la demande du rectorat, puisque Dumas n'était pas mort en 1812. On voit par cette lettre et par les suivantes que déjà sous le premier empire, en 1812 et 1813, la circonstance d'être protestant était un obstacle dans la carrière de l'instruction publique. Depuis Louis XIV, qui a été d'une injustice extrême à l'égard du célèbre Magnol, jusqu'à Charles X, ce n'est pas sans peine qu'un protestant a pu enseigner la botanique dans nne ville du Midi, et cependant il s'est trouvé que la plupart des hommes plus ou moins distingués qui ont professé cette science à Montpellier et à Toulouse, étaient ou sont protestants : Magnol, de CandoUe, Dunal, Moquin-Tandon, dos, Martins et Planchon. Je me rappelle un mot qui semble du dix -huitième siècle, mais qui a bien été dit dans le dix-neuvième par une femme spirituelle, mère de l'un de ces botanistes, et elle-même catholique. Son curé regrettait que les botanistes fussent si souvent hérétiques : « Que voulez- vous, Monsieur le curé, il faut un peu d'indulgence, Flore était païenne. > (Alph. de C.)

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