CHAPITRE VI
qui ne sortit au pillage; je dirai même plus, c'est 162'que si en ce temps-là, ces bataillons fussent revenus sur nous, il eût été impossible de s'y opposer et de leur résister ; que s'ils n'eussent pu entrer pêle-mêle dans la ville, pour le moins eussent-ils pu tuer un grand nombre de personnes qui etoient sans défense , sans armes et sans ordre qu'il est impossible de mettre dans une confusion semblable, et qu'ils se fussent absolument rendus maîtres des cornes pour s'y loger et les pouvoir garder en toute sûreté, et par ce moyen réduire Montauban à l'extrémité. Dieu voulut peut-être qu'il ne se rencontrât personne d'autorité et de commandement pour l'entreprendre, et que ces bataillons ne tirèrent ni ne bougèrent de leur place, car tant qu'il y eut un morceau de bois dans les tranchées, il fut porté dans les cornes qui en étoient quasi remplies, et ensuite dans la ville , et tels qui en enlevèrent pour la valeur de plus de cent livres ; mais ce ne fut pas tout, car dès lors il devint impossible de les obliger de faire garde auxdites cornes, c'està-dire que de ceux qui dévoient y être, il n'y en eut pas la sixième partie, et monsieur de Castelnaut a beau se tourmenter et tâcher à les faire venir, les envoyant chercher, mais il n'y gagne rien, il faut qu'il le souffre.
««• Le lendemain, le Roi qui avoil toujours demeuré à Picquecos, passe la rivière et se vient loger au château de Montbeton qui n'étoit pas si éloigné que le canon n'y portât facilement; il y demeura deux ou trois jours, cependant qu'on en emmenoit le canon et qu'on faisoit partir le bagage. Je dirai encore ceci, qu'il fut impossible de pouvoir plus obliger ceux de Montauban à venir faire garde aux cornes, et tout ce qu'on pouvoit, c'est de les obliger à garder les murailles de la ville et encore assez mal, ce qu'il falloit réparer par quantité de rondes au commencement. Avant qu'on fut assuré que le Roi fût venu à Montbeton, il se tira quelque volée de canon contre le château , mais dès qu'on sut qu'il y éloit, on fit défense très-expresse de ne plus tirer de ce côté-là; et ce qui est un peu étrange, c'est que dès que le Roi partit de ce lieu- là, on mit le feu au château qui , selon la bienséance , devoit être épargné puisque le Roi y avoit logé, et que jusque-là il s'étoit conservé.
x\près son départ, le Roi laissa monsieur d'Angoulème à Moissac cl es environs avec quelque troupe de cavalerie et d'infanterie, et ce pour tenir toujours ceux de Monlauban et de leur voisinage en quelque sujétion; non pourtant que nulle de ces troupes s'en approchai davantage, et on \ivoit