‹ Mémoires authentiques de Jacques Nompar de Caumont, duc de la Force, maréchal de France, et de ses deux fils, les marquis de Montpouillan et de Castelnaut, suivis de documents curieux et de correspondances inédites de Jeanne d'Albret, Henri III (volume 2)Chapitre 107 sur 233 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Monsieur de Castclnaut lui dit : Vous pouvez bien *&*. vous imaginer pourquoi on Va fait.

Sur quoi monsieur de Marsillac lui répondit : Nous avons bien jugé que cétoit monsieur de la Force qui par respect Vavoit empêché. — Oui, dit monsieur de Castelnaut, mais je ne vous promets pas la même chose, si avant de vous en aller, vous ne nous venezdire adieu.

— Eh bien ! je vous le promets, repartit Marsillac.

Néanmoins dès cet instant , on vit bien qu'ils commençoient à défiler, à retirer leur artillerie et tout ce qui pouvoit leur être utile, de la tranchée; et comme il fut sur les deux ou trois heures du soir, il arriva un soldat sur le terrain, en un endroit où pour lors monsieur de Castelnaut se rencontra, et ayant mis le chapeau à la main, il cria par deux fois : Adieu, Messieurs. Déjà au delà des tranchées on voyoit l'infanterie se ranger par bataillons, et ils demeurèrent en cet état jusque sur le soir, avant de bouger de là.

Mais c'est ici où monsieur de Castelnaut ne se vit jamais si empêché ni si en peine, car dès aussitôt tout ce qui étoit dans les corps de garde, et généralement tout ce qui se trouvoit dans les cornes tant hommes que femmes, commencent à sortir sans autres armes et courent dans les tran-

!«*'• chées pour emporter chacun ce qu'il y trouvera de meilleur; quelque commandement ou opposition que monsieur de Castelnaut y pût apporter , et quoiqu'il eût L'épée à la main pour les en empêcher, il lui fut impossible; il n'est plus reconnu, il n'y a plus d'obéissance; il a beau crier et se tempêter, et beaucoup de volontaires et des plus avisés avec lui, mais pour tout cela nul ne s'arrête, voire oserai-je dire, qu'une bonne partie de la ville en voulut avoir sa part.

il eut fallu être insensible et sans jugement pour n'appréhender pas le mal que cela pouvoit produire, et ne se désespérer pas, après avoir si heureusement réussi à conserver ce qu'on a voit entrepris de garder, pour pouvoir supporter avec patience le hasard auquel L'imprudence de ce peuple et le désir de butiner les exposoient tous. Si bien que voyant ce désordre, sans y pouvoir apporter de remède, le sieur de Castelnaut s'assit sur le terrain et les regarda faire; car il se peut dire en vérité que la foule du peuple, hommes et femmes , étoit si grande et étant tous à découvert, que si les gens du Roi qui étoient lors en bataille, eussent fait une décharge, sans bouger de leur place, ils en auroienl pu tuer ou blesser plus de cinq mu-: el il est vrai qu il ne demeura àmc vivante es corps de garde

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