CHAPITRE I
s'il étoit encore là, c'est qu'il avoit cru une si grande assemblée et si importante devant se faire, que messieurs de la Rochelle pourroient le blâmer de ne l'avoir point attendue ; que peut-être même ils seroient bien aises de pouvoir plus particulièrement savoir par lui le sentiment de toute la province, et que s'ils continuoient dans le dessein de porter cette proposition dans l'assemblée du Synode, c'est qu'il s'en alloit monter à cheval pour se rendre à la Rochelle, où il ne faisoit pas de doute qu'il ne fût le bien reçu, et quand il seroit là, qu'il verroit venir celui qui y seroit député en sa place.
Après avoir ainsi parlé, le sieur de Castelnaut se retira.
Il se rencontra que comme il avoit des amis et assez puissants clans ce Colloque, ces messieurs virent bien que nonobstant les brigues qu'ils avoient faites, ils ne pourroient empêcher que le sieur de Castelnaut n'allât à la Rochelle, que cela seroit inutile et que la honte leur en demeurèrent.
Il est encore à propos de dire quelques particularités de ce qui se passa dans ladite assemblée du Synode; monsieur de Pardaillan ne manqua pas d'y travailler et briguer non-seulement afin que le sieur de Penchât pût être député à la Rochelle, (lequel Penchât se révolta bientôt après), ce dont
i62t. il ne put venir à bout, mais encore pour être nommé Lui-même Général clans la province; ce qui étant découvert par messieurs les Marquis de la Force et de Castelnaut, ils ne manquèrent pas à solliciter de leur côté et de représenter que monsieur de la Force ayant joui de cet honneur, il y a voit longues années, que ce seroit lui faire tort et lui donner sujet de plainte, s'il n'y étoit continué; ce que monsieur de Pardaillan ayant appris, s'en plaignit tout ouvertement à tout le monde pour le faire trouver mauvais, alléguant que monsieur de la Force auroit assez à faire en Béarn sans qu'il voulut encore avoir le commandement en Guyenne; ce qui étant su aussi par messieurs les Marquis, ils représentèrent aussi de leur côté que le dessein de monsieur de la Force étoit de laisser en Béarn son fils aine qui avoit la survivance de ce Gouvernement, et qui étoit non-seulement agréé de tout le pays mais aussi fort aimé; qu'ainsi monsieur de la Force pouvoit être libre pour aller en Guyenne.
Mais monsieur de Pardaillan portoit tout cela si impatiemment qu'il en vint jusque-là que d'en faire parler à messieurs les Marquis de la Force et de Castelnaut par le sieur de Savignac, (qui est celui qui le tua quelque temps après), et particulièrement pour se plaindre de monsieur de Castelnaut