CHAPITRE VUI
pendant l'absence de monsieur de Castelnaut, car mz un chacun traversent son compagnon ou par soupçon ou par jalousie, pour tâcher à faire réussir son propre dessein ; tant le zèle de la gloire de Dieu et celui de la Religion s'étoient refroidis ! aussi Dieu ne permit jamais l'accomplissement de leurs méchants désirs.
Monsieur de Castelnault partit donc avec sa troupe ; ce ne fut pas cependant sans que de divers endroits les communes ne s'assemblassent pour s'opposer à son passage, mais il eut le bonheur de passer sans faire rencontre qui mérite d'en parler, soit qu'il ne tombât pas dans les embuscades qu'on lui avoit dressées, soit qu'ils n'osèrent pas se trouver sur son chemin. Ainsi il alla coucher à Grateloup et se rendit le lendemain matin à Tonneins. Il trouva qu'à la faveur de la nuit, le capitaine Lentillac et quelques autres s'étoient logés au pied d'un petit éperon de terre garni de fascines, cela étonna ceux qui étoient dans le château, et ne voyant pas d'apparence de secours, ils demandèrent à capituler, ce qui leur fut accordé. A cette fin ils font sortir le sieur de Monviel lequel ofFre de remettre le château pourvu qu'on les laisse sortir avec leurs armes et bagages, ce qui leur fut refusé, et on lui offrit pour lui et les autres qu'ils seroient
1622. faits prisonniers de guerre, mais pour le Comte de la Yauguyon et la Garde, qu'ils seroient reçus à discrétion, les voulant réserver pour désengager ceux de Montravel que monsieur d'Elbeuf tenoit assiégés, au cas qu'ils vinssent à être pris. Le sieur de Monviel n'ayant voulu accepter la capitulation et étant rentré pour se résoudre avec ceux de dedans de ce qu'ils avoient à faire, et comme pendant ces pourparlers monsieur de Castelnaut étoit en garde avec sa compagnie de cavalerie, voici qu'un soldat de ceux qui étoient logés dans le fossé, se hasarde de gravir par le moyen des bouts de la fascine qui sortoient hors du terrain de l'éperon, si bien qu'étant monté en haut sans avoir été aperçu, il se mit à crier tue, tue. Ceux qui v étoient en garde, abandonnent tout et se mettent en fuite ; les autres soldats qui étoient dans le fossé ne virent pas plutôt celui-là monté que les uns après les autres ne s'essayassent d'en faire autant, sans qu'il fût possible ensuite de les en pouvoir empêcher, et se rendant maîtres du château, commencent à tuer tout ce qu'ils rencontrent.
Lors le Comte de la Vauguyon se voyant réduit en un si mauvais état , faute d'avoir fait bonne garde et s'étant laissé surprendre, n'eut autre recours pour garantir sa vie et celle de ceux qui