CHAPITRE VHL
Ce ne fut pas un petit coup de partie, puisque 1622, Clairac est situé au quartier de toute la Guyenne où il y a le plus de gens de la Religion et de trèsbons soldats, et où il y a aussi le moins de Catholiques romains.
Cependant monsieur de la Force a voit envoyé le capitaine Lentillac pour voir s'il pourroit entreprendre quelque chose sur Tonneins-Dessous, en attendant qu'il s'y achemineroit. Voici qu'il apprend qu'il s'est saisi de la ville à laquelle le Comte de la Yauguyon qui étoit dans le château, essaya de mettre le feu, et en effet il s'y brûla force maisons; mais avec ce qu'on l'éteignit, on ne laissa pas d'investir ledit Comte dans son château, et soudain on en donna avis à monsieur de la Force qui s'y rend en diligence et sans perdre de temps, l'attaque et fait tirer plusieurs coups de petites pièces à quelques guérites et défenses.
Mais avant cela, monsieur de la Force étant foible de cavalerie, avoit mandé à monsieur de Castelnaut de le venir trouver, lequel s'étoit assez bien renforcé tant en cavalerie qu'en infanterie, et lui mena cent cinquante chevaux, où il y en avoit au moins soixante armés de cuirasses.
Avant que monsieur de Castelnaut bougeât de Monflanquin, il étoit toujours menacé que mes-
1622. sieurs de Monferrand, de Fumel et autres du voisinage, avoient perpétuellement des desseins sur cette ville avec des intelligences dedans où il y en avoit quelques-uns et même des plus considérables qui comme voisins et amis de ces messieurs, y lenoient la main. Cependant il étoit assez malaisé de découvrir toutes ces menées, et même on n'osoit pas témoigner de les soupçonner. Ainsi outre l'exacte garde qu'on y faisoit pour plus grande sûreté, monsieur de Caslelnaut envoyoit deux fois toutes les nuits dix cavaliers sur les avenues pour battre l'estrade, et souvent il eut avis que ces messieurs s'étoient mis en devoir de le venir attaquer, mais sur quelque mécompte ou difficulté, avoient toujours été obligés de s'en retourner sans s'être beaucoup approebés; car ils jugeoient bien qu'ils ne réussiroient pas sans une notable perfidie, et que par force, il n'étoit pas en leur pouvoir de s'en rendre maîtres. Encore après le départ de monsieur de Caslelnaut, cela continua plus que jamais. Monsieur le Comte de Lauzun fut aussi un de ceux-là et même monsieur le Maréchal de Tbémines qui avoit trouvé des gens qui lui promet toient d'y tenir la main, s'ils n'eussent été découverts; et en effet de eeux qui étoieni dedans, les uns se nuisoient aux autres, principalement