CHAPITRE IX
trouvât de braves gens et bien capables du métier, entre autres le sieur de Bussac. Néanmoins étant continuellement fatigués par diverses attaques et assauts , quoiqu'ils se défendissent très-bien , le malheur fut tel qu'un jour de grand assaut, le courage de la Mothe-Gaschon le portant à s'opposer à l'effort de l'ennemi, il fut tué d'une mousquetade; le regret de sa perte ne put empêcher quelques-uns de s'en écrier ; de quoi les ennemis ayant eu connoissance, au lieu qu'ils étoient déjà contraints de se retirer comme les autres fois, ils redoublent leurs efforts. Mais voici un second malheur qui arrive aux assiégés, qui fut que le sieur de Bussac, lequel principalement gouvernoit tout, et en qui ils avoient le plus de créance, étant doublement obligé à prendre la charge de tout, et pour remettre le courage aux siens que l'affliction de la mort de la Mothe-Gaschon avoit abattus, et pour résister aux grands efforts de l'ennemi, se porte aux lieux les plus dangereux afin d'y pourvoir par sa présence ; mais voici qu'encore une mousquetade l'attrape, ce qui fit tellement perdre courage aux assiégés, n'ayant plus de chef capable de les conduire, que bientôt après ils commencèrent à reculer et à céder la place, finalement leur laissant l'entrée libre de leurs fortifications,
ils se retirent dans une vieille tour qui leur servit iv. 2'*
16M seulement à faire leur capitulation. Ceux qui res-
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tèrentdes principaux d'entre eux, savoir : messieurs de Laserve, de Grateloup et Papus furent faits prisonniers de guerre et menés à Bordeaux, puis quelque temps après, relâchés.
Il se pourroit remarquer dans ce rencontre, combien il est important à celui qui a commandement dans une place, de ne pas s'expose-r à toutes les occasions et de ne se porter pas dans le péril sans une grande nécessité, vu que la mort et les blessures de telles personnes causent bien souvent la perte de la place, n'y ayant point de doute que si les sieurs de la Mothe et de Bussac n'eussent pas été tués, que la place n'auroit été ni si tôt, ni si facilement rendue.
Monsieur de la Force ne fut pas plutôt maître de Tonneins qu'il apprit la perte de Montravel et de ces deux messieurs, ce qui lui causa beaucoup de déplaisir, et ne voulant demeurer inutile, et pour ne pas aussi manger le voisinage ni laisser échapper aucune occasion de laquelle il crût pouvoir tirer avantage (ayant appris que monsieur d'Elbœuf faisoit état de repasser la rivière de Dordogne et se venir joindre avec monsieur le Maréchal de Thémines qu'on disoit venir au secours de Tonneins) ; il part le lendemain de la prise de Ton-