‹ Mémoires authentiques de Jacques Nompar de Caumont, duc de la Force, maréchal de France, et de ses deux fils, les marquis de Montpouillan et de Castelnaut, suivis de documents curieux et de correspondances inédites de Jeanne d'Albret, Henri III (volume 2)Chapitre 154 sur 233 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

lui auxdites terrasses, allant à couvert le long du m». ruisseau. Voici que comme il s'y acheminoit, les ennemis tirèrent quelques coups de pièces à ces terrasses, et que le feu se mit en même temps à une maison du quartier de monsieur de Théobon. De savoir si ce fut exprès ou sans y penser, c'est ce qui seroit fort difficile, tant y a qu'en même temps aussi ceux qui étoient aux terrasses, pour n'avoir pas avec eux une personne de commandement ( de quoi le Maréchal de camp étoit sans doute blâmable), abandonnent ce lieu-là et se retirent en fuyant; les ennemis voyant cela, et qu'on mettoit le feu en ce quartier, croyant par conséquent qu'on abandonnoit tout, prennent courage, et avec de grands cris, s'en viennent droit aux autres corps de garde, d'où ceux qui y commandoient ayant vu déloger monsieur de la Force, y mettent aussi le feu et quittent tout, bien qu'il eût été impossible de ce jour-là aux ennemis de les pouvoir forcer ni de les empêcher après de se retirer dans Tonneins ; et sans doute que, s'ils eussent eu de la résolution et du courage, et qu'ils eussent tenu bon, les ennemis venant à eux en désordre comme ils le faisoient, ils y auroient reçu une très-grande perte ; peut-être même leur en fùt-il encore arrivé pis, et d'ailleurs cela eût empêché la mort de plusieurs per-

sonnes qui furent tuées ensuite en divers lieux et sur les champs.

Monsieur de Castelnaut rencontrant sur son chemin ceux qui s'enfuyoient , il n'y eut pas moyen de les arrêter, encore moins de les faire retourner, quoiqu'il leur promît d'aller avec eux; par conséquent il fut contraint au lieu de cela de se retirer avec eux ; et oyant le grand bruit que les ennemis faisoient, et croyant retrouver encore les corps de garde qu'il avoit laissés, il vit qu'au premier on avoit mis le feu. Il voulut aller au deuxième, et comme on commençoit à l'y mettre, il leur cria de ne pas le faire et ordonna à monsieur de la Ramière de les en empêcher, et qu'il alloit seulement voir en quel état étoient les ennemis, parce qu'il se trouvoit dans un fond, et qu'il reviendroit de suite vers eux. Mais il n'eut pas sitôt monté sur le haut de la plaine qu'il la vit toute couverte de gens qui en criant, couroient tout autant qu'ils pouvoient l'épée à la main, et il se trouva presque engagé au milieu d'eux, car il étoit fort mal monté, n'ayant qu'un cheval que lui avoit prêté monsieur de la Force ; et s'en retournant, il trouva qu'on avoit encore mis le feu à ce corps de garde et qu'on l'avoit abandonné. On en lit encore autant à un moulin à vent qui sans doute eût bien

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