CHAPITRE IX
enduré le canon, et assez proche de la ville pour «»• qu'on n'eût pu empêcher ceux qui étoient dedans, de se retirer.
Se voyant donc inutile en ce lieu-là et se trouvant seul à cheval, monsieur de Castelnaut voulut aller voir ce qu'étoit devenu monsieur de la Force, et par bonheur il rencontra un de ses gens qui lui menoit son cheval et lui portoit sa cuirasse, de quoi il fut bien aise', et apprit par lui que monsieur de la Force se retiroit à Clairac et que monsieur de Théobon faisoit la retraite.
Monsieur de la Force très- foi ble en cavalerie eu égard au grand nombre des ennemis, et ne s'étant pas opposé à leurs efforts, avoit donc pris sa route du côté de Clairac, et monsieur de Théobon se trouvant le seul qui eût de la cavalerie, fut ordonné pour faire la retraite; monsieur de Castelnaut les ayant joints, il se mit entre monsieur de Théobon et monsieur de la Force, tâchant à retenir le plus de gens qu'il pouvoit, l'épouvante étant si grande qu'un chacun cherchoit à se sauver avec le plus de diligence qu'il lui étoit possible, sans avoir égard à leur honneur.
Mais ce soin se rencontra bientôt inutile, quand venant à un carrefour où les chemins se divisoient, l'un conduisant à Clairac, et l'autre qui est le plus
l&*. spacieux, du côté d'Unet, non-seulement la plupart de ceux qu'il empêchoit de passer devant, afin de donner le temps à monsieur de la Force de se retirer, mais aussi tout ce qui faisoit la retraite avec monsieur de Théobon, prirent le grand chemin du côté d'Unet; ce qui fit que monsieur de Théobon se trouvant seul , et n'étant demeuré avec lui que le Baron de Boisse, fils de monsieur de Castelnaut, qui d'un coup de pistolet avoit tué un des ennemis, lesquels les chargeant incessamment , et eux seuls ne les pouvant soutenir, eurent recours à l'assistance de monsieur de Castelnaut, le priant de tourner, tout le monde l'ayant abandonné; ce qu'il fit incontinent, exhortant le peu qui étoit demeuré avec lui à en faire de même, mais il fut très-mal obéi, car personne ne le suivit, et il se rencontra qu'eux deux seuls ayant tourné tête aux ennemis, et monsieur de Théobon voyant qu'un d'iceux étoit plus avancé que les autres, poussa son cheval sur lui, et le prenant par le flanc, le choqua et le porta par terre ; mais ce cavalier en croisant sur le col de son cheval, lui tira un coup de pistolet qui lui perça la main et le bras de la bride. Monsieur de Castelnaut ayant poussé plus avant et tiré sur un d'eux son pistolet, vit en se retournant le cheval de monsieur de Théobon le nez à terre à cause du choc qu'il