CHAPITRE IX
avoit donné à l'autre ; en même temps ledit sieur "»• lui cria qu'il étoit blessé, et le cheval s'étant relevé, monsieur de Castelnaut faisant ferme et se mettant entre monsieur de Théobon et les ennemis, lui dit de se retirer, ce qu'il fit. Lors monsieur de Castelnaut se voyant un peu trop pressé des ennemis, sans être assisté de personne que du Baron de Boisse, et remarquant que toujours quelqu'un des nôtres ou des plus mal montés, ou de ceux qui étoient à pied, hommes et femmes, ne pouvant fuir assez vite , étoient toujours tués et attrapés, (notez encore que ces chemins sont bordés de grands fossés qu'il est malaisé de passer ) monsieur de Castelnaut ayant cru reconnoître aussi que le nombre des poursuivants ne s'élevoit pas à plus de trente ou quarante, sort du chemin, fait sauter à son cheval un large fossé et court jusqu'à monsieur de la Force qui ne se retiroit pas fort vite quoiqu'il fût assez seul ; il lui dit qu'il n'y a pas plus de trente ennemis qui les poursuivoient, et qui cependant tuent force gens sur la queue, personne ne voulant tourner tête pour s'y opposer.
Dès aussitôt monsieur de la Force, en un endroit où le chemin étoit assez large , commanda à ceux qui se trouvoient encore avec lui, de faire halte et de tourner visage ; et monsieur de Castelnaut d'un
»622. même temps ayant repris avec le sieur Lendresse, n'ayant tous deux que L'épée à la main, le chemin par lequel il étoit venu, y trouva Miremontde Castelnau de Chalosse qui étoit sur le qui vive et à dessein selon l'apparence de pousser jusqu'à monsieur de la Force, car le déplaisir qu'il avoit reçu de la journée de Granges l'avoit porté à dire ce jour-là, sachant que monsieur de la Force se retiroit, ou qu'il se pcrdroit ou qu'il le fueroit.
Cependant monsieur de Castelnaut ressautant dans le chemin et lui ayant gagné la croupe, quoiqu'il fût très-bien armé, rencontre par hasard le défaut de sa cuirasse et lui met son épée dans le corps, laquelle s'engagea en tel lieu que pour la retirer, il fut contraint d'y mettre les deux mains, encore fut-elle toute faussée, et en la tirant il porte par terre Miremont qui ne dit autre chose sinon : Ah ! je suis mort !
En même temps trois autres cavaliers sétoient aussi avancés et faisoient tous leurs efforts pour joindre monsieur de la Force, et sans doute l'un d'iceux fut tué de sa main, et tous trois si près de lui qu'il faut croire qu'il eut bonne part à leur mort; un autre voulant sauter la fosse (parce que tous ceux qui s'étoient trop avancés, a voient été investis par les gens de monsieur de la Force quoi-