‹ Mémoires authentiques de Jacques Nompar de Caumont, duc de la Force, maréchal de France, et de ses deux fils, les marquis de Montpouillan et de Castelnaut, suivis de documents curieux et de correspondances inédites de Jeanne d'Albret, Henri III (volume 2)Chapitre 189 sur 233 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

à la lui délivrer. Et voilà une preuve comme quoi 1622« il n'y a pas de sûreté en la parole de ces messieurs, quoique la chose venoit de la seule bonne volonté du Roi, et sans doute avec cela même par le conseil de ces messieurs qui pouvoient tout auprès de lui. Mais cet ami de monsieur de la Force fait si bien qu'il oblige celui qui devoit délivrer cette somme, en lui donnant deux mille écus de profit, à lui délivrer le reste. Pour les autres cent mille écus, on n'en a presque rien touché, ayant été contraint de prendre en payement des choses qui ne rendoient pas à beaucoup près le revenu que cet argent eut pu produire; mais comme il se faut gouverner selon les temps, vu la difficulté qu'on avoit d'être payé, il valoit mieux prendre cela que rien.

Pour en revenir à monsieur le Marquis de la Force, avec le peu d'amis qu'il avoit pu réunir, il se conduisit donc à Cadenac, mais ce ne fut pas sans beaucoup de périls et sans diverses rencontres, car une seule journée il fut contraint de combattre jusqu'à dixhuitfois et de s'ouvrir un passage par la force des armes; il eut son cheval blessé de plusieurs coups, beaucoup de ceux qui étoientavec lui eurent leurs chevaux tués, et quelques-uns de ses gens furent blessés. Enfin le voilà arrivé à Cadenac dont par l'intelligence de ceux qui l'avoient appelé, il se

1622. rend maître, et y prend monsieur de Sully qui étoit dedans, bien étonné de ce qui lui étoit arrivé; il ne fut pas maltraité, mais à cause du besoin tant de monsieur le Marquis de la Force que de ceux qui étoient avec lui , on l'obligea de donner trente mille livres , lesquelles monsieur le Marquis de la Force distribua et à ceux qu'il avoit menés et à ceux du lieu qui avoient fait et conduit l'entreprise. Le voilà donc possesseur d'une très-bonne place où nous le laisserons pour dire les choses qui s'ensuivirent.

Comme le traité de monsieur de la Force se faisoit, et que le Roi s'approchoit de Sainte-Foi, monsieur de Théobon avec ce peu de monde qu'il avoit avec lui, fut obligé de s'éloigner pour sa sûreté; et comme on avoit traité avec monsieur de la Force et qu'il n'y avoit plus rien à faire, on ne se soucioit guères de lui , et toutes les belles promesses que monsieur le Prince lui avoit faites, revenant à rien, il fut, ainsi que j'ai dit, contraint de s'éloigner davantage, ayant toujours néanmoins un garde de monsieur le Prince avec lui ; il se retire donc du côté de Monflanquin où étoit monsieur de Castelnaut qui n'avoit nulle nouvelle de ce qui se passoit du côté de Sainte-Foi, cl bien en peine d'en apprendre. Il fut averti néanmoins comme quoi

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