CHAPITRE XII
monsieur de Théobon étoit venu loger à une lieue «m. de Monflanqnin sans lui en avoir donné aucun avis : il savoit qu'il étoit hors de Sainte-Foi et même qu'il avoit des gens de monsieur le Prince avec lui, ayant donc sujet de croire qu'il n'étoit venu là qu'à mauvaise intention, comme en effet il étoit vrai, car son dessein étoit, ne faisant semblant de rien, de venir en ami se saisir de Monflanquin , espérant que par ce moyen il en feroit mieux sa condition, et se voyant bien éloigné de ses espérances. Cela obligea monsieur de Castelnaut à se tenir un peu sur ses gardes; entre autres choses, il fait commandement aux capitaines de la garnison ( car il avoit fait rebâtir toutes les murailles de la ville qui avoient été démolies), à ne laisser entrer pas un des gens de monsieur de Théobon, ni de pied, ni de cheval, sous quelque prétexte que ce fût ; et ayant fait prendre les armes à tout son monde, les portes étant pourvues de tout ce qui pouvoit être nécessaire pour les garder, avec cela, il avoit encore quatre cents hommes de reste, lesquels il mit en bataille au milieu de la place.
11 ne fut pas sitôt jour que voilà les gens de
monsieur de Théobon qui se présentent à la porte,
tant cavalerie qu'infanterie, auxquels on refuse
l'entrée; il est très-vrai que si on leur eût permis
iv. 30
1622. d'entrer, il n'en fût pas demeuré un dehors. Environ sur les neuf heures, comme il y avoit plus de cinq heures qu'il étoit jour, monsieur de Théobon envoie vers monsieur de Castelnaut pour le prier de ne vouloir laisser entrer pas un de ses gens dans la ville, de peur de ne plus pouvoir les en retirer ensuite. A quoi monsieur de Castelnaut répondit qu'il savisoit bien tard de lui faire cette prière, car s'il le leur avoit voulu permettre, il n'en seroit pas demeuré un seul dehors; ensuite monsieur de Théobon lui mandoit encore qu'il viendroit dîner chez lui, à quoi monsieur de Castelnaut repartit qu'il seroit le bienvenu. Il y vint donc dîner avec douze ou quinze; et étant à son logis, outre le bon ordre qu'il y avoit aux portes, il vit encore les quatre cents hommes en bataille sur la place; ainsi il jugea bien que ses desseins avoient été découverts ou qu'il lui auroit été bien diflicile de les pouvoir exécuter. Il dit à monsieur de Castelnaut l'ombrage que ceux de Sainte-Foi avoient eu contre lui , ensuite comme quoi il avoit un des gardes de monsieur le Prince avec lui, qui lui promettoit beaucoup et de faire sa paix avec le Roi, que néanmoins il avoitcru,leRoi s'étant rapproche de Sainte-Foi, que pour sa sûreté il se devoit éloigner, et qu'il s'étoit voulu rapprocher de lui pour