CHAPITRE XU
tant pour ce qui étoit de la Basse-Guyenne que «622. pour tout ce qui étoit de sa Maison, quoique pour lors on n'eût pas appris la prise de Cadenac ( car pour Saint-Antonin dont monsieur d'Eymet étoit Gouverneur, cela avoit été exécuté ) ; mais pour Cadenac, le Roi écrivit donc à monsieur de la Force pour l'obliger à le foire remettre entre ses mains par le Marquis de la Force, puisque lui et tous ses enfants étoient compris dans le traité.
Cette lettre fut portée à monsieur de la Force à Castelnaut où il étoit alors extrêmement mal, et plutôt, s'il faut ainsi dire, dans une frénésie que dans un réveil, n'ayant presque connoissance ni de lui-même ni de ceux qui étoient autour de lui, jusques-là qu'il ne savoit pas même comment il falloit faire pour boire, et autres cboses semblables; néanmoins la lettre du Roi lui ayant été remise par celui qui en avoit charge, monsieur de la Force la lut et y fit réponse avec autant de jugement et de conduite qu'il eût pu faire en sa plus vigoureuse santé, mais ce qu'il y a encore de plus remarquable, c'est qu'il ne s'en est jamais souvenu ni de rien de ce qui s'est passé à ce sujet, non plus que de beaucoup d'autres choses qu'il fit durant cette grande rêverie, comme étant toujours hors de soi-même, et tenant avec cela des
16M- discours pleins de prudence qui surprenoient tout le monde et qui le faisoient admirer, lorsqu'on ne s'attendoit plus qu'à le voir mourir.
Monsieur le Marquis de la Force remit donc Cadenac aux gens que le Roi y envoya ; et voilà tout en gros ce qui se passa dans la province de Basse-Guyenne, car en Languedoc et ailleurs , la guerre ne laissa pas de se continuer.
Nous avons un peu particularisé ce qui regarde monsieur de Théobon, et c'est à cause qu'après le traité de Sainte-Foi, il crut avoir part aux deux cent mille écus qui avoient été promis à monsieur de la Force; et sans le demander, il ne se contenta pas d'en faire ses plaintes à tout le monde, mais quand et quand de se mettre en devoir de s'en ressentir, d'user de menaces qu'il s'en vengeroit, et de faire des desseins contre monsieur de la Force et contre son fils le Marquis , tachant de les rencontrer à son avantage. Nous ne dirons pas toutes les parties qu'il fit pour ce sujet, ni les appels qui furent faits, parce que de tout cela rien ne réussit à son honneur; son frère même, sans propos ni déni, fut parler à monsieur le Marquis de la Force, parce qu'en ce temps-là monsieur de Théobon tomba malade d'une indisposition qui ne lui permcttoit pas de pouvoir témoigner ses ressentiments, mais ce