CHAPITRE XH
Roi lui avoit donnés, après le traité; de quoi mon- isa». sieur le Duc de la Force se tenant extrêmement piqué et croyant qu'il y alloit de son honneur, s'en va trouver monsieur le Duc de la Rochefoucauld pour s'en plaindre, lequel lui dit que la chose étoit véritable, et que monsieur le Prince la jugeait si raisonnable qu'il ne pensoit pas qu'il s'en pût défendre, sur quoi monsieur de la Force lui repartit : Sur mon honneur, jlionore et respecte fort monsieur le Prince, mais il ri a point assez de pouvoir sur moi pour m obliger à faire une chose si contraire à mon honneur et à ma réputation, et de vouloir faire voir à tout le monde que favois fait un si grand tort à monsieur de Théobon que de lui avoir retenu une chose qui lui eût appartenu ou à laquelle il eût droit ou raison de prétendre ; non, je souffrirais plutôt mille fois la mort avant que cela m arrivât l
Il commença aussitôt à déduire ses raisons à monsieur de la Rochefoucauld qui n'y put trouver rien tà redire, les jugeant fort bonnes, mais qui lui dit ensuite : Monsieur, vous savez que je ne suis pas le seul et que monsieur d'Andraud a été commis également à cet accommodement , je vous supplie de venir le voir avec moir afin que tous les deux ensuite nous allions trouver monsieur le Prince et lui rapporter vos raisons.
Ulh MÉMOIRES DU MARQUIS DE CASTELNAUT.
I83»« Ils furent donc chez monsieur d'Andraud ; tandis qu'ils y étoicnt, parlant de cette affaire et des difficultés que monsieur le Prince y pourroit apporter, comme s'étant déjà engagé de parole à monsieur de Théobon, voici que monsieur Duduc, à qui on ne songcoit nullement, arrive chez monsieur d'Andraud, et jugeant qu'ils étoient en quelque conférence, s'en voulut retourner, mais ces messieurs ie rappelèrent, lui disant : Non, non, vous n êtes pas suspect à notre conférence, et nous serons bien aises d'avoir vos bons avis là-dessus.
Monsieur Duduc ayant appris de quoi il étoit question, leur dit : JIéJ. qui sait mieux cela que moi qui ai fait le traité de monsieur de Lusignan et de monsieur de Théobon ?
Et il leur apprit alors tout ce qu'il avoit conclu avec eux du temps qu'il étoit prisonnier à Clairac. Après ces éclaircissements et cette connoissance, ces messieurs crurent qu'il y en avoit assez, et se disposèrent à aller trouver monsieur le Prince chez monsieur l'Archevêque de Bordeaux, où il y avoit rendez-vous pour l'accommodement; monsieur de la Force y alla aussi, comme en ayant reçu l'ordre.
Ces messieurs rapportèrent donc à monsieur le Prince les difficultés et les raisons de monsieur de la Force pour n'acquiescer pas à ce que monsieur