CHAPITRE IL
apprend qu'ils sont bien résolus, qu'il ne viendra pas à Bergerac, n'y ayant pas d'apparence qu'avec une armée fatiguée et venant d'un siège qui a beaucoup coûté, on aille en entreprendre un autre bien plus difficile; se promettant par la connoissance qu'il a aux affaires, que quand on l'entreprendroit, qu'on n'en sauroit même venir à bout, et que quoique leurs fortifications soient imparfaites, elles sont néanmoins capables pour se bien défendre ; qu'il ne faut point aussi qu'ils appréhendent sur le petit nombre de soldats; que chacun faisant bien son devoir, qu'ils sont assez, et qu'il ne falloit pas douter qu'il s'y en jetât bon nombre encore. Tous d'une voix crient qu'ils sont résolus à se bien défendre et pour cet effet qu'ils ne veulent rien épargner, et que plutôt que de se rendre qu'ils périront tous; qu'ils supplient seulement monsieur de la Force de vouloir pourvoir à ce que les bleds nouvellement amassés et qui sont encore à la campagne et dans les métairies, soient portés dans la ville ; qu'il y a aussi quantité de vin, de bestial et autres choses; qu'ils le supplient d'ordonner des gens à ce que tout cela soit conduit dans la ville, tant pour empêcher que les ennemis ne s'en prévaillent qu'à cause de la commodité que cela leur apportera.
1621- Monsieur de la Force trouve cela très à propos. Après cette supplication, ils lui en firent une autre, le priant que ce qu'on ne pourra faire conduire, de vouloir bien en faire faire le dégât et surtout de faire rompre certains moulins qui étoient es environs de la ville, de vouloir aussi contraindre et faire venir plusieurs paysans pour leur servir de pionniers et faire leur travail durant le siège, et d'apporter les ferrements qu'ils trouveroient.
Pour le dégât, le sieur de la Force n'approuva pas qu'on y dût encore mettre la main, cela se pouvant même faire à la vue de l'ennemi, et qu'il y auroit assez de temps si l'on savoit que le Roi s'approehoit. A loutes ces résolutions pas un bourgeois ne fut contredisant; monsieur de la Force commanda à son fils de Castelnaut d'ordonner tant de la cavalerie que des gens de pied pour mettre à exécution ce qui avoii été résolu. 11 fait préparer quatre troupes pour sortir à la pointe du jour. Aoilà que sur la mi-nuit quelques sentinelles et ensuite le corps de garde tirèrent quelques mousquetades, ce qui donna une très-grande alarme, tellement que monsieur de Castelnaut y accourut, et avant que tout fût apaisé, voyant le jour s'approcb< r, et pour ne pas se détourner de certains affaires nécessaires à quoi il s'occupoit, il envoie les