CHAPITRE IL
de longue main, l'avoient obligé à tout quitter et 1021. abandonner à leur prière pour les venir assister, et que cela les devoit d'autant plus obliger à ne lui manquer de parole, et qu'il y en avoit là qu'il savoit bien, qui ne se soucioient guère de ce qui pourroit arriver, se confiant que par l'assistance et. entremise de monsieur de Pardaillan ' et de Charon, lieutenant général de Bergerac, et d'autres leurs parents et amis, qui étoient hors la ville, qu'ils feroient conserver leurs personnes et leurs biens ; que si telle étoit leur intention ou confiance, que ce seroit grandement tromper monsieur de la Force, et qu'ils ne dévoient pas l'abuser.
Sur quoi ils repartirent n'y avoir jamais songé, qu'ils aimeroient mieux mille fois mourir que d'avoir fait une telle lâcheté, et qu'il ne se trouveront point de bourgeois dans la ville qui exposassent plus librement leur vie pour leur conservation, qu'ils ne le feroient.
Monsieur de la Force en les flattant, leur dit qu'il s'en assuroit, et tâcha à leur persuader qu'il ne falloit qu'avoir une bonne résolution, et qu'avec l'aide de Dieu, il les eonserveroit.
1 Dans le manuscrit déjà cité, il se trouve cette variante : De M. de Pardaillan et de ceux de sa faction, comme de Charon, lieutenant général, de Prioteau, procureur du Roi, de Gilet et quelques autres qui étoient hors la ville, etc.
iv. 10
»62i. Cependant monsieur de la Force avoit commandé au sieur de Belsunce, accompagné de sept ou huit hommes bien montés, ayant seulement leurs cuirasses, d'aller battre l'estrade du côté de Puynormand et de Coutras pour apprendre des nouvelles et le tenir averti de la route que le Roi prendroit, et si les troupes s'avançoient du côté de Bergerac, ce que ne crovoit pas monsieur de la Force, car on tenoit pour résolu que le Roi s'en iroit à Bordeaux, et qu'avant rien entreprendre, il vouloit avoir une connoissance plus certaine de l'état des affaires.
Sur cela le sieur de Castelnaut congédia les gens de guerre et retourna au travail des fortifications. Le Marquis de la Force y faisoit aussi travailler avec grand soin et faisant faire un bastion à ses dépens parceux delà terre de laForce; monsieur de Castelnaut donnoit aussi son argent aux travailleurs, ne pouvant plus obliger à y venir les paysans du voisinage qui tous avoient quitté.
Mais environ une heure après midi, voici que les mêmes qui avoient été le matin au logis du sieur de la Force, et qui avoient promis de si bien faire, le reviennent trouver pour lui représenter le mauvais état de leurs fortifications, le petit nombre qu'il y avoit de gens de guerre pour se pouvoir défendre,