CHAPITRE IL
en avons faits, se sont perdus, ayant été mis dans des tablettes ou sur des agenda. Ce n'est donc que pour occuper nos loisirs et pour contenter notre humeur que nous écrivons aujourd'hui. Notre dessein n'est d'offenser personne, ni leur réputation, ni leur mémoire, mais seulement de représenter les choses selon la vérité et la connoissance que nous en avons eue ; que si nous nous- étendons davantage sur le sujet de quelques particuliers, ou sur quelques particularités des choses qui se sont passées quoiqu'il pût y en avoir qui seroient estimées autant ou plus importantes, c'est parce que nous avons eu plus de connoissance des unes que des autres et que notre désir est que ce recueil ne sorte point de notre cabinet.
Il seroit à désirer que nous eussions coté les temps où ces choses sont arrivées, mais comme les histoires qui rendent compte de ces événements, en marquent les époques, il sera facile d'y recourir, d'autant plus qu'à présent ce travail seroit long, qu'il nous donneroit beaucoup de peine, et qu'enfin il nous ennuieroit plutôt que de nous divertir.
Aussi me contenterai-je de vous dire qu'on a commencé d'attaquer ouvertement ceux de la Religion et le Béarn par monsieur de la Force; d'autant que les personnes qui tenoient lors le gouver-
nement de l'État et qui abusoient de l'autorité du Roi , étoient le sieur de Luynes et ses frères qui avoient l'entière obligation de leur avancement et de la faveur à laquelle ils étoient parvenus, à monsieur de Montpouillan qui les avoit introduits et protégés auprès de sa Majesté. J'ajouterai même cette particularité, que monsieur de Souvré, Gouverneur du Pvoi , entrant en jalousie de les voir si bien vus de sa Majesté, et craignant que la faveur qu'ils avoient , n'éloignât ses enfants des bonnes prâces du Roi, ou ne préjudiciàt à leur fortune, les voulut ebasser de la Cour et leur fit défendre de ne plus suivre sa Majesté.
Eux sans appui ni protection quelconque que du sieur de Montpouillan, ont recours à lui, lequel s'adresse au sieur de la Force, son père, qui, à sa sollicitation, parle à la Reine-Mère Régente et même au sieur de Souvré, et obtient d'eux qu'ils conlinueroient à suivre le Roi et à demeurer auprès de sa personne.
Par ceux qui ont décrit l'histoire, vous aurez pu apprendre la mort du Marquis d'Ancre, bien que non peut-être toutes les particularités de sa fin, et les causes et moyens qui ont été employés et dont on s'est servi pour en venir là.
Nous dirons seulement qu'après icelle , le sieur