‹ Mémoires authentiques de Jacques Nompar de Caumont, duc de la Force, maréchal de France, et de ses deux fils, les marquis de Montpouillan et de Castelnaut, suivis de documents curieux et de correspondances inédites de Jeanne d'Albret, Henri III (volume 2)Chapitre 6 sur 233 · CHAPITRE H · texte numérisé non relu

CHAPITRE H

de Luynes désirant tout avoir, et le Roi ayant déjà accordé à monsieur de Montpouillan la charge de premier Gentilhomme de sa chambre, monsieur de Luynes la vouloit ; sa Majesté témoignant y donner son consentement, monsieur de Montpouillan la lui céda, sur les espérances et assurances qu'il lui donnoit non-seulement pour lui , mais aussi pour monsieur de laForce de procurer en tout et partout leur avancement, et particulièrement de donner la charge de Maréchal de France à monsieur de la Force, son père.

Néanmoins le sieur de Luynes , et sans avoir égard que le sieur de Montpouillan étoit le seul instrument et la cause de sa fortune, commença bientôt après à rechercher les moyens de procurer sa disgrâce et à le vouloir éloigner d'auprès de la personne de sa Majesté; d'autant que le sieur de Montpouillan possédoit entièrement les bonnes grâces du Rai auxquelles le sieur de Luynes tâchoità n'avoir plus de compagnon ; j'oserai même dire qu'il redoutoit l'esprit et le courage du sieur de Montpouillan , beaucoup plus fort et plus puissant que le sien.

Les moyens dont il se servit pour mettre ses desseins à exécution furent : que comme ceux du Béarn ne vouloient pas recevoir la main-levée des

biens ecclésiastiques, on fut bien aise d'en attribuer la cause et d'en donner le blâme au sieur de la Force quoique innocent.

Monsieur de Luynes s'avisa de faire en sorte que t6i8. le sieur de Montpouillan fût envoyé vers ledit sieur de la Force, son père, pour le disposer à l'exécution des commandements et volontés du Roi. On employa le Père Arnoux1, confesseur de sa Majesté, pour le persuader au Roi, et on se servit du prétexte de la Religion pour chasser et éloigner monsieur de Montpouillan.

Néanmoins le Roi ne pouvoit agréer, ni consentir

que le sieur de Montpouillan bougeât d'auprès de

sa personne, car il l'affectionnoit fort et y avoit

grande créance. Mais le dessein en étoit si fortement &

pris que déguisant leur principal but, finalement messieurs de Luynes le firent agréer au Roi, ou l'y contraignirent par les raisons et artifices qu'ils y apportèrent. On pourra voir par un discours2 qui

1 Luynes voulant avoir quelqu'un à lui auprès du Roi, fit congédier en 1617 le père Cotton, jésuite, confesseur de Louis XIII, qui l'avait été de Henri IV, et l'était aussi de la Reine-mère; il choisit pour le remplacer le père Arnoux, autre jésuite. Fonlenay Marcuil assure que ce bon père fil faire vœu à Luynes de travailler à la ruine des Huguenots autant qu'il le pourrait, et jusqu'à leur faire la guerre, s'il en trouvait l'occasion.

2 Ce discours est publié au commencement de ce volume, sous le titre de Mémoire» du Marquis de MontpouiHan.

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