‹ Mémoires authentiques de Jacques Nompar de Caumont, duc de la Force, maréchal de France, et de ses deux fils, les marquis de Montpouillan et de Castelnaut, suivis de documents curieux et de correspondances inédites de Jeanne d'Albret, Henri III (volume 2)Chapitre 73 sur 233 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

à la tète des cornes, ils résolurent à en faire une *«"• autre qui véritablement eût été très-préjudiciable, s'ils en fussent venus à bout, et eût fort incommodé et mis en peine les assiégés, car par là ils eussent vu tout le dedans des cornes et empêché que rien n'eût pu entrer ni sortir du côté de Montmirat. C'est qu'en une nuit fort obscure, ils portèrent une demi-douzaine de fort gros et fort hauts gabions, prétendant en une autre nuit les remplir de terre, faire là un puissant cavalier et qui eût dominé partout.

Ce que monsieur de Castelnaut ayant bien reconnu le matin, il jugea de quelle importance cela lui étoit, et qu'à quelque prix que ce fût, il falloit renverser ces gabions et les jeter dans la rivière; il ordonna donc une petite sortie après s'être pourvu 26aoûi. de grandes perches , avec des crochets de fer au bout et autres engins de même attachés avec des cordes, prétendant par ce moyen de les pouvoir renverser et jeter en bas. La sortie faite, ce fut en vain qu'on essaya ces moyens, tant les gabions étoient hauts et pesants; lorsqu'un nommé du Rouzier lj gentilhomme poitevin ou de ces quartiers-là, très-brave soldat, très-volontaire et désireux de

1 Fleurans du Rosier.

230 MÉMOIRES DU MARQUS DE CASTELNAUT.

i62i. servir, et qui se signaloit en toutes les occasions où il se trouvoit; nonobstant le feu continuel qu'on faisoit des tranchées, monte en haut d'un de ces gabions, l'accroche, et avec l'assistance de ceux qui étoient sortis avec lui, le renverse et le jette en bas dans la rivière, et ensuite fait ainsi de tous les autres.

Il arriva pour lors que monsieur de Castelnaut tenoit près de lui deux gentilshommes pour porter ses ordres là où il ne pouvoit aller, nommés l'un du Fraische et l'autre Lenclos, qui étoient particulièrement à lui, lesquels le voulurent abandonner durant cette sortie, désirant de faire paroitre leur courage dans cette occasion ; de quoi il les empêcha plusieurs fois, leur représentant le besoin qu'à toute heure il avoit d'eux, mais ne pouvant enfin toujours prendre garde , ils se dérobent et sortent, mais si malheureusement et sur le temps que ceux qui avoient fait la sortie venoient d'exécuter ce qui leur avoit été ordonné, et tandis que les gens du Roi venoient aussi de leurs quartiers pour repousser ceux qui étoient sortis, de telle sorte que d'abord Fraische reçut une mousquclatle au travers du corps et tomba, Lenclos le voulant relever eu reçut deux; ainsi ils moururent tous les deux l'un sur l'autre et quand et quand lurent dé-

Page 1