‹ Mémoires authentiques de Jacques Nompar de Caumont, duc de la Force, maréchal de France, et de ses deux fils, les marquis de Montpouillan et de Castelnaut, suivis de documents curieux et de correspondances inédites de Jeanne d'Albret, Henri III (volume 2)Chapitre 72 sur 233 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

habitant qui y avoit du commandement , ainsi 1021. qu'un sergent; et pour ne pas me détourner davantage, je dirai que cela aida fort à le découvrir, outre que ceux de Montauban avoient eu divers avis qu'on se devoit craindre de lui ; et il n'y a point à douter que ce qu'il entreprenoit étoit facile à exécuter, car comme ce quartier-là étoit libre, il n'y avoit que fort peu de gens pour la garde; avec cela il se rencontroit une facilité bien grande, c'est qu'il y passe un petit ruisseau entre la vieille ville et la ville nouvelle, au travers d'une méchante grille ; et après avoir corrompu ces hommes , Sauvage prétendoit de faire entrer par là les gens du Roi, ce qui eût réussi indubitablement.

Il faut ajouter deux ou trois petites circonstances, c'est qu'il y avoit un gentilhomme qui venoit souvent à Montauban, s'adressant au Comte de Bourgfranc et se disant venir de la part de monsieur de Rohan, faisant accroire qu'il se mettoit à la nage, passoit sous les ponts de bateaux ' et portoit un billet dans le dos. Tout cela étoit véritable, mais il avoit été corrompu, ce que le Comte de Bourgfranc savoit fort bien, car ce gentilhomme2 alloit premièrement

1 Le Roi avait jeté deux ponts de bateaux sur le Tarn, l'un en amont, l'autre en aval, pour établir des moyens de communications entre les différents quartiers de son armée.

.2 II se nommait Grinague.

porter au Roi le billet que monsieur de Rohan écrivoit à ceux de Montauban , et par là le Roi apprenoit les desseins de monsieur de Rohan et envoyoit après à ceux de Montauban, ou le même billet, ou en refaisoit un autre selon qu'il le jugeoit à propos, et à son retour, on en faisoit de même pour monsieur de Rohan.

Il est à savoir aussi que souvent le Comte de Bourgfranc passoit la rivière à la nage et entroit dans la tranchée pour conférer avec ceux qui y étoient de la part du Roi, ce qui est très-véritable pour l'avoir appris depuis par ceux mêmes qui a voient charge de le recevoir pour empêcher que la chose ne se découvrit ou qu'il ne fût reconnu par quelque soldat. Même un jour à Ville-Bourbon, il sortit disant vouloir aller sur le ventre pour ouïr ce qui se disoit dans la tranchée, et ne voulut que personne le suivit, où d'abord qu'il fut là, selon ce qui avoit été arrêté, il se donna une fausse alarme, et ainsi tandis qu'elle dura, il y demeura plus d'une heure. Après il se retira , faisant accroire qu'il avoit toujours été obligé de demeurer sur le ventre pour n'être pas pris ou découvert; néanmoins plusieurs ne laissèrent pas d'en avoir quelque soupçon.

Il arriva aussi que les assiégeants n'ayant pas retiré l'effet qu'ils s'étoienl promis de cette batterie

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