‹ Mémoires authentiques de Jacques Nompar de Caumont, duc de la Force, maréchal de France, et de ses deux fils, les marquis de Montpouillan et de Castelnaut, suivis de documents curieux et de correspondances inédites de Jeanne d'Albret, Henri III (volume 2)Chapitre 76 sur 233 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

de l'apaiser tout autant qu'ils purent, lui protes- »«• tant qu'ils n'avoient jamais eu ce dessein , qu'ils faisoient trop d'estime de sa vertu, avec mille autres sortes d'excuses, et que leur but n'avoit été que de lui apprendre comme quoi ils avoient découvert les mauvais desseins que Sauvage avoit contre eux, et comment ils étoient en mesure de faire son procès, de quoi ils lui avoient voulu donner connoissance.

Monsieur de Castelnaut leur répondit que s'il etoil coupable, il méritoit la mort et qu'il en falloit faire exemple. Au bout de quelques heures après, ils le revinrent trouver encore et lui dirent qu'après l'avoir interrogé , Sauvage qui n'avoit pu se défendre contre les témoignages qu'on donnoit contre lui, leur avoit demandé de pouvoir parler à monsieur de Castelnaut.

A quoi monsieur de Castelnaut leur répondit que c'étoit une chose qu'il ne feroit pas, et qu'il ne sauroit parler à un homme pour qui il avoit eu de l'affection et en qui il s'étoit fié, pour de là le voir mener au çibet. Et ainsi il s'en excusa.

Ils revinrent encore le lendemain , disant que Sauvage demandoit à le voir avec grande instance, et que peut-être il lui diroit des choses qu'il ne leur vouloit pas dire à eux, mais avec cela ils ne purent jamais y obliger monsieur de Castelnaut,

»62i principalement à cause qu'il croyoit que Sauvage ne demandoil à le voir que sur l'espérance que par son moyen on lui pourroit donner la vie, ce qu'il croyoit malaisé d'obtenir, et ce que même il ne devoit pas demander, en l'état où étoienl les affaires. Ainsi Sauvage fut mené au gibet où il confessa tout, exhortant ceux qui étoient présents à prendre exemple de lui et de n'en pas faire de même ; pardonnant à ses juges il témoigna une grande repentance , fit une fort belle prière en demandant pardon à Dieu, et ainsi il mourut1.

1 On lui avait attaché un éoïteau, où il y avait : Traître à Dieu, aux églises , et au Hoi. Le capitaine Sauvage expia ainsi ia trahison qu'il projetait à Montauban et celle qu'il avait exécutée à Clairac, en livrant ses coreligionnaires à prix d'argent.

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