‹ Mémoires authentiques de Jacques Nompar de Caumont, duc de la Force, maréchal de France, et de ses deux fils, les marquis de Montpouillan et de Castelnaut, suivis de documents curieux et de correspondances inédites de Jeanne d'Albret, Henri III (volume 2)Chapitre 87 sur 233 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

jugeoient bien qu'ils ne dévoient rien prétendre de i621' leur côté, et que nous avions trop bien pourvu à nos affaires pour croire d'en pouvoir si facilement venir à bout; et comme les uns et les autres étoient logés dans un même terrain, bien souvent on leur arrachoit la pique de la main, ou on les coupoit avec des faulx manchées à une perche.

Mais ils nous disoient aussi que d'un autre côté et principalement au Mouslier, nos affaires étoient en mauvais état, et que de ce côté-là on nous contraindroit à nous soumettre à la volonté du Roi, que tous les jours ceux de ce quartier rapportoient combien leurs travaux étoient avancés, les avantages qu'ils prétendoient en tirer, et que bientôt le Moustier seroit réduit à l'extrémité. Ils discouroient avec nous librement de tout ce qui se disoit et se faisoit, et il ne faut pas douter, comme je l'ai déjà dit, que ce ne fût par une espèce de jalousie, bien marris que les autres pussent faire de leur côté ce dont ils avoient perdu l'espérance du leur; et de ces discours, nous en tirions de l'avantage et tâchions de remédier du mieux qu'il étoit possible à ce dont ils nous donnoient connoissance pour empêcher ce dont nous étions menacés.

Pendant toutes ces entrefaites, monsieur de Ro-

han ne laissoit pas de songer à secourir Montauban. iv. 17

ira»- et monsieur le Marquis de Malause l s'en mit même en devoir avec quelques troupes tant cavalerie qu'infanterie; mais le Roi en ayant eu connoissance , y envoya des troupes plus puissantes que les siennes et l'obligea à se retirer.

Monsieur de Rohan ne laisse pas de continuer son dessein, il fait venir quelque infanterie du côté de Languedoc et Cévennes , qui après avoir tenté leur passage, furent obligés de rebrousser chemin. Enfin ne se désistant pas de leur entreprise, et commandés par un nommé monsieur de Beaufort, homme de cœur sans doute, ils se conduisirent à Saint-Antonin quoiqu'ils ne le purent faire sans que le Roi en eût connoissance, et que par conséquent on ne tâchât à y apporter tout l'empêchement qu'il seroit possible. Ils étoient environ douze cents hommes qui étoient résolus de passer, et se

eptcmbre. mirent en chemin; ceux de Montauban leur avoient envoyé des guides entre autres un Écossois, dont j'ai parlé, brave soldat. Tant que la lune dura et jusqu'auprès de Montauban, ils se conduisirent bien, mais enfin ils ne purent éviter de tomber dans une

* Henri de Bourbon, Marquis de Malause et Vicomte de Lavedan, après avoir pris le fort de Uaucli, fut défait et contraint à capituler, le 3 septembre, par le Duc d'Angoulèmc : il avait avec lui les meilleures troupes de Rohan, consistant en trois mille hommes de pied et quatre cents chevaux.

Page 1