CHAPITRE VL
devoit se tenir sur les bords du Tescou pour les soutenir à leur retraite ; et parce que le Tescou est fort creux en cet endroit, ils le traversèrent sur un bateau qui fut planché, et qui touchoit d'un bout à l'autre.
Ceux qui sortirent, firent leur devoir et enclouèrent les canons, à quoi faire ils étoient toujours assistés des femmes, mais ils ne se contentèrent pas d'avoir chassé ceux qui étoient en garde dans la tranchée, car ils les poussèrent jusqu'à leur quartier , ce qu'ils n'avoient pas ordre de faire, et n'y firent que trop de séjour, si bien que les Suisses et ceux qui étoient de ce coté-là, ayant vu qu'ils n'étoient qu'un petit nombre, les repoussèrent si vivement qu'ils les firent retirer plus vite que le pas. Le Comte d'Orval et le sieur de Saint-Orse voyant qu'il ne faisoit pas bon là pour eux, y étant tout à découvert, se retirèrent, si bien que les fuyards venant pour repasser sur le bateau, la presse fut si grande que quelques-uns tombèrent dans l'eau, se prirent à leurs compagnons et les entraînèrent avec eux ; et ainsi de l'un à l'autre, il s'en noya bien trente ou quarante, et parmi eux un volontaire des quartiers de Gironde fut entrainé dans l'eau, et appelant à son secours, un des gens du Roi l'arracha de celui qui le tenoit et qui l'eut fait noyer sans l'assistance
162». que l'autre lui donna, et bien qu'il eût sa chemise hors des chausses pour s'entre-reconnoitre durant la nuit, et que néanmoins il étoit jour, ils ne remarquèrent jamais cela, et après avoir demeuré quelque temps avec eux, il se sauva à leur vue et rentra dans Montauban; il se perdit encore et fut noyé un très-brave jeune homme de la ville , nommé Boutaric, qui avoit été chef des enfants perdus à toutes les sorties.
Cependant les corps de garde des assiégeants auprès du bastion de Paillas s'avancoient toujours, mais il y avoit bien plus à craindre que leur dessein ne se tournât du côté du fossé de la ville et de la grande esplanade que la batterie avoit faite de la muraille d'icelle, quoiqu'ils n'eussent rien entrepris encore contre le bastion de Paillas, qui n'éloit qu'une pièce détachée et au delà des murs de la ville, ils n'eussent eu que plus de commodité après pour entreprendre sur le reste ,• si bien qu'au plus matin, cela obligea monsieur de la Force qui n'étoit pas logé loin de là, à venir chercher monsieur de Castelnaut pour le mener au Moustier pour voir avec lui ce qu'il y auroit à faire; étant là et tâchant à découvrir de tous côtés le travail que les assiégeants faisoient, et leur dessein, après avoir regardé par une canonnière, il voulut encore voir par le