CHAPITRE VI
dessus et tout à découvert. Il n'y a point de doute ta* qu'il ne fut aperçu, car après s'être abaissé et étant encore à la même place, la sentinelle qui n'avoit pas bougé et qui s'étoit seulement rangée pour lui faire place, voulant regarder par cette même canonnière, y reçut une mousquetade à la tète qui le tua tout roide, de quoi monsieur de la Force eut bien du déplaisir, ce qui fit voir a ceux qui étoient venus avec lui, qu'on l'avoit manqué de bien peu. Après cela il fut jugé que de toute nécessité il falloit ruiner ce corps de garde, et à quelque prix que ce fût, chasser les assiégeants de ce poste, ne pouvant éviter en aucune façon du monde que, s'ils s'y fortifioient davantage, par là ils ne se rendissent maitres de la ville, car il n'y avoit moyen de se retrancher, ni de se mettre à couvert ; et comme d'ailleurs ce poste étoit situé en lieu de difficile accès, et que les assiégeants avoient employé toute leur industrie pour s'y mettre en sûreté, il fut résolu que le plus prompt et assuré moyen étoit de faire une mine , et en perçant la contrescarpe du fossé, gagner le dessous desdits corps de garde.
On se met en ce devoir, et comme on eut commencé le travail, on découvrit que les assiégeants en faisoient tout autant de leur côté; ce qui étant reconnu des uns et des autres, les assiégeants re-
28ft MÉMOIRES DU MARQUIS DE CASTELNADT.
mu doublent leur travail, si bien que le leur se rencontrant avec le notre, ils font ouverture de l'un à l'autre ; ce fut environ sur les neuf à dix heures du matin, tous les coups de mousquet ne manquèrent pas à se tirer par-là. Que si les assaillants avoient dessein de se conserver cet avantage, les défendants n'en avoient pas moins de les en priver, attendu que cela empêchoit tout à fait l'exécution de leur projet, tellement que pour boucher cette ouverture , les nôtres commencent à y jeter des sacs pleins de terre, mais l'épaisseur de la terre n'étant que de quinze ou vingt pieds, incontinent avec des crochets, les ennemis retirent ces sacs à eux.
Cette contestation dura de trois à quatre heures sans que ceux de Montauban pussent boucher cette ouverture ; mais enfin un officier cevennol prend une barrique, et nonobstant les mousquetades, entre bien avant dans ieelle, y pose sa barrique à la faveur de laquelle on jette une si grande quantité de sacs de terre qu'on bouche absolument le trou, et dès lors même et en ce même lieu, on reprend le travail de la mine ; il pouvoit être sur les deux heures après midi, et ceux qui y furent employés firent une si grande diligence que sur la mi-nuit leur mine est prête à jouer. Avant cela monsieur de la Force voyant que les choses s'ache-