DES NOYERS AU MARÉCHAL DE LA FORCE
Victoire remportée prés de Gênes par M. de Poût-Courlay sur les galères d'Espagne.
isiepiembre. Monsieur, étant venu visiter cette place et n'ayant pas assez de temps pour aller jusqu'en votre quartier, comme j'eusse bien désiré pour avoir l'honneur de vous y voir, je vous écris ce mot pour vous donner avis que les galères du Roi ont gagné une bataille contre celles du Foi d'Espagne, dans les mers du Levant, à la vue de Gènes, où nos galères ont pris la patrone et la capitane d'Espagne, la patrone de Sicile et trois autres. Il y est demeuré plus de deux mille cinq cents Espagnols naturels qui étoient déjà descendus desdites galères pour entrer dans l'Italie, et qu'ils avoient rechargés sur leurs galères pour le combat; que M. le Général des galères a su de Gênes, qu'il n'y est retourné que cinq de celles des ennemis qui en avoient quinze, toutes ces cinq étoient sans chiourme, sans soldats et absolument hors d'état de servir : de sorte que notre avantage a été bien plus grand <J«e M. le Général des galères ne l'a pu mander, s'étant ré* sdlté d'en dire les particularités à la première occasion. II
tous plaira, Monsieur, faire tirer le canon pour témoigner la ém ^^ i^ouissance convenable d'une si bonne nouvelle, et que ce "" soit séparément d'arec ce que vous aurez déjà fait ou pu feire pour la prise du Castelet. Je vous baise très-humblement les mains, et suis, etc. des Noyers. Au Castelet, ce 15 e septembre.
LE CARDINAL DE RICHELIEU AU MARQUIS DE LA FORCE
Il rend justice à sa conduite lors de la levée du siège de Fontarabie.
Monsieur, je crois aisément le déplaisir que vous me té* «septembre, moignez avoir du malheur arrivé à Fontarabie, par celui que j'en ressens en mon particulier. Si chacun eût agi avec le même soin et affection que vous avez fait en cette occasion, assurément nous n'y serions pas tombés. Le Roi en est plus vivement touché que je ne saurois vous le représenter. M. des Noyers vous fait savoir comme S. M. ne trouvera pas mauvais que vous fassiez un tour en votre maison, ainsi que vous témoignez le désirer. Pour moi, je vous conjure de croire qu'en quelque lieu que vous soyez, etc. Le Cardinal ï>e Richelieu. De Magny, ce 25 e septembre.
KoLife qui l'ont décidé à quitter Hannape. — Licence et indiscipline de l'armée.
Sire, je suis très-marri que votre Majesté ait trouvé mau- 18 octobre. Tais que je sois parti de Hannape, et qu'après lui avoir rendu compte des nécessités qui m'y ont contraint , elle ne laisse de m'en donner du blâme. C'est beaucoup de malheur à moi ; il faut que ce soit une trop grande imprudence à moi eu manque en la fidélité et affection que je dois à son service si je lui ai mandé les choses autrement qu'elles ne sont. Je n'ai pas jamais reçu de commandement d'y demeurer, bien S la vérité sur la frontière le plus que je pourrois : si je l'eusse pu faire avec le maintien et la subsistance de l'armée , je aupplie très-humblement votre Majesté de croire que j'y eusse plutôt demeuré que de venir ici, où il n'y a que deux lieues de chemin ; mais il étoit hors de ma puissance d'y îetenir les troupes, n'y pouvant avoir aucun fourrage que
lois, celui qu'ils venoient chercher en France , ayant même, en i8 octobre. q U i nze jours que nous y avons demeuré, épuisé tout le voisinage; d'ailleurs, ils quittoient leurs quartiers pour venir chercher du couvert. Ainsi, les obéissants et plus considérés qui demeuroient dans leur devoir, outre qu'ils pâtissoient beaucoup, et eux et moi courions fortune d'être enlevés par les ennemis. Avant partir de Hannape, j'avois donné un rendezvous général à toute l'armée à la commodité de tous les quartiers , il ne s'y trouva un seul corps de cavalerie françoise qui est un manquement très-grand, et dont je blâme fort les officiers et M. le Marquis de Praslin, qui m'avoua avec tous les autres qu'il en étoit au désespoir, et que tous les régiments de cavalerie étoient si foibles qu'ils n'avoient osé se présenter, étant hors de leur puissance de pouvoir retenir leurs cavaliers, tant à cause de leur maladie, ruine de leurs chevaux, que pour chercher du couvert. Votre Majesté saura , s'il lui plaît , combien de fois j'ai mandé à M. des Noyers les extrémités où je me trouvois ; et si après cela il me fût arrivé quelque échec , votre Majesté m'auroit encore plus blâmé, et proteste avec vérité qu'en quelque extrémité que je me sois jamais trouvé, je n'en ai eu jamais tant d'appréhension. Votre Majesté me fera l'honneur de croire, s'il lui plaît, que cette licence qui est parmi eux et cette désobéissance est violentée par la nécessité, et que j'ai apporté tout ce qui m'a été possible pour contenir toutes choses en bon devoir : je fais informer contre la plupart des officiers, tant de la cavalerie que de l'infanterie, qui ont quitté sang congé. Il est certain qu'il se commet de grands désordres à plus de dix lieues d'ici, car ils courent de tous les côtés, et est impossible d'y apporter remède si les Prévôts n'y font mieux leur devoir. Quant au mal qui peut arriver du côté des ennemis , j'espère que nous les empêcherons bien ; pourvu que Landrecies et Catteau-Cambrésis se gardent de surprise, nous les garantirons bien de siège. Ils avoient un dessein sur Catteau* et s'en étoient approchés; mais ils ont vu qu'ils étoient découverts, de sorte qu'ils s'en sont retournés, ainsi que M. de Vantoux m'a mandé, à qui j'avois, il y a déjà plusieurs jours, envoyé cent hommes que M. du Hallier a depuis fait relever par cinq cents, et de plus lui fit tenir la