UE MARÉCHAL DE 1A FORCE A M. DES NOYERS
Réponse au Mémoire envoyé par le Roi.
10 août. Monsieur, suivant le commandement réitéré que j'avois reçu du Roi de me rendre près de S. M. 'après la prise de Renty, je m'étois acheminé cejourd'hui; mais étant près de Velier ! , j'ai rencontré ce courrier, par la dépêche duquel il m'est commandé de demeurer en l'armée et que M. le Maréchal de Chàtillon ira trouver S. M. pour conférer de ce qui sera maintenant à faire. J'ai soudain rebrçussé pour ne manquer à l'obéissance que je dois. Par une autre dépêche, vous nous avez envoyé nn Mémoire cotitenant les raisons qui peuvent obliger le Roi à faire entreprendre quelque chose d'important, soit pour le bien et réputation de ses affaires ou pour y convier aussi les alliés, sans s'engager néanmoins à un dessein mal à propos; et nous est commandé d'y répondre et donner nos avis sur cela. Je désirerois être plus capable pour en matière de telle conséquence, pouvoir m^ea acquitter plus dignement que je reconnois bien ne pouvoir faire, c'est-à-dire particulariser sur l'individu de ces propositions; mais je n'ai jamais vit aucune de ces places et ne puis savoir que douteusement en quoi elles consistent, joint qu'il est nécessaire d'être éclairci si le Prince d'Orange fera des diversions de son côté, suffisantes pour nous décharger de ce qui pourroit venir de ce côté-là, et de même du côté (F Allemagne. Je ne fais point de difficultés que ces trois armées se soient trop capables d'investir Hesdin et de faire la circonvallation de la place sans contredit, ce que les armées ennemies ne sauroient empêcher; après, douze mille hommes de pied et deux mille chevaux peuvent continuer le siège, et te ïeste s'opposer aux ennemis. Il est à considérer que si les ennemis nous voient tous occupés en un Heu, s'ils ne fai—
* B*ns doute- Vîllers.
LE MARÉCHAL DE LA XMtiSÊ ftt? CAHBMfciL DE RICHELIEU, hit
soient point de diversion, d'entreprendre ctfta aussi loibfe- ww. meut il y aurait du péril, le nombre des gens de guerre i0aoftt n'étant tel que vous le représentez. M. le Maréchal de CMtillon m'a dit qu'il ne croit pas qu'en son armée il y ait guère plus de cinq mille hommes de pied et deux mille cinq cents chevaux. L'état qu'a porté, M; de la Madeleine de celle-ci est un peu flatté: il n'y en a pas tant; les Maladies, qui sont grandes, augmentent tous les jours, et les gens de guerre se dérobent incessamment; de sorte qu'il est bien du tout nécessaire, si l'on veut entreprendre quelque chose, de faire de nouvelles recrues qui puissent rafraîchir les armées. Il est aussi à considérer que l'armée a fort avancé, et qu'il importe bien que pensant à rhabiller le mal passé, que l'on ne tombe en un pire. Il est certain que les desseins du Roi n'ont pas réussi comme il eût été à désirer; néanmoins l'on ne peut désavouer que cette campagne ne soit toujours à l'avantage des affaires du Roi et au détriment de celles des ennemis. Voua avez toujours vécu dans leur pays, apporté des ruinée incroyables tant par les vôtres que par les leurs, qui ont fait encore pis; la prise de ce lieu de Renty, encore qu'elle ne soit de grande importance, est de réputation d'avoir été faite à la barbe de deux armées puissantes. De donner mon avis plus spécifiquement, ce seroit imprudence à moi, n'ayant la connoissance de toutes choses si particulièrement qu'il faudroit; mais ce que je puis dire de plus certain, est que je satisferai à tout ce qui me seta commandé, si Dieu m'en donne là force et le moyen, protestant que je finirai mes jours avec cette ferme résolution, bien marri que mon âge ne me le peut permettre selon mon désir. Si j'avois eu l'honneur de voir le Roi et son Eminence, je me serois possible mieux expliqué; néanmoins j'aime toujours mieux faire que dire. Fait ce 10 e août, au camp devant Renty.
P. S. J'aurai soin de faire pourvoir à toutes les réparations qui se peuvent faire.
LE MARÉCHAL DE LA FORCE AU CARDINAL DE RICHELIEU
Félicitafiooi dur 1* aaissance du Dauphin.
Monseigneur, les témoignages si utiles et si avantageux
i63f. que votre Eminence rend tous les jours à la France de son 7 septembre. amour enyer g i e Roi et au bien de son Etat, les peines et les soins qu'elle y contribue incessamment, doivent convier tous ses bons sujets et très-humbles serviteurs à appuyer ses bonnes intentions. Je suis des moindres en pouvoir, mais en affection qui ne me voudrais laisser devancer. J'ai cru que votre Eminence auroit agréable que sur le contentement qu'elle aura reçu de l'heureuse naissance de M. le Dauphin, qu'un chacun s'en conjouisse avec elle, et qu'elle prendra en bonne part que je joigne mes vœux aux siens, avec trèshumbles prières à Dieu, qu'il lui plaise remplir S. M. de ses plus singulières bénédictions, et qu'après avoir longuement et heureusement régné, elle laisse à sa postérité la gloire de son sceptre, et à vous, Monseigneur, vous combler de ses plus saintes faveurs, et faire que la reconnoissance due à vos éminentes vertus et sage conduite, vous soit généralement rendue selon l'obligation que nous y avons tous. Ce sont les souhaits de celui, etc. Au camp de Vauchelies, ce 7 e septembre.
Fourniture et distribution du pain à l'armée. — Fraudes et vols des munition -
naires.
io septembre. Monsieur, si j'ai ci-devant fait des plaintes contre les munitionnaires, j'ai plus de sujet d'en faire à présent que jamais, car il semble qu'ils ont rejeté leurs désordres sur moi. Je puis vous assurer que j'y ai apporté toug les soins que je pouvois, et qu'incessamment je criois après cela : ce n'est pas que les soldats ni autres de cette armée aient entrepris de voler le pain comme ils disent; lorsqu'on m'en est venu parler, j'ai commis le Prévôt pour informer avec résolution d'en faire faire une justice exemplaire, mais il ne s'est jamais trouvé que le mal fût advenu, le service que je dois à S. M. et mon honneur m'y obligeoient assez. L'abus et le prétexte des voleries que font lesdits munitionnaires ou leurs commis, consiste en ce qu'ils disent qu'on leur rompt les caissons en chemin et qu'on les pille de jour et de nuit; mais il
ne s'est jamais trouvé que cela fût. ïïs s'excusent aussi sur ***• ce que lesdits caissons ne sont pas assurés , les serrures étant 108e P lembre ' faciles à être enleyées. J'ajouterai que leurs charretiers, à ce qu'ils me rapportent, vendent le pain; et néanmoins quand je leur commande de faire arrêter les coupables, il ne s'en trouve pas. Voilà, Monsieur, ce quej'avois à vous représenter sur ce qui est du passé, et me promets que vous jugerez par là de la bonne foi desdits munitionnaires et commis, desquels je vous dirai encore qu'ils n'ont jamais fait de voiture qu'il n'y ait manqué tantôt quatre, tantôt cinq mille pains, de quoi je parlai plusieurs fois à M. d'Orgeval, qui me mandoit fort soigneusement la quantité qu'il en avoit fait charger; mais en la distribution, le déchet susdit ne manquoit jamais de se rencontrer. Au reste, dès le commencement je leur ai fait donner un lieu commode pour leur magasin; que s'ils y sont volés c'est par eux-mêmes ou par le peu de vigilance qu'ils apportent à s'acquitter de leurs charges; mais plutôt à cause qu'ils ne veulent se servir dudit magasin, aimant mieux se tenir écartés à la campagne pour couvrir leurs friponneries. Je vous promets que dorénavant je les tiendrai de plus près que je n'ai fait, comme j'en ai déjà averti le sieur deLaunay, que j'ai chargé de me venir dire le jour que le pain arrivera, pour en ordonner la délivrance ainsi qu'il sera à propos, et pareillement de me rapporter un état des délivrances aussitôt qu'il les aura faites , espérant par ce moyen d'éviter les plaintes et les abus. J'observerai l'ordre qui m'est prescrit d'envoyer quatre archers des meilleurs avec un Commissaire pour accompagner les caissons, et commanderai que les Majors des régiments ou leurs Sergents en cas d'absence ou de maladie , aillent prendre eux-mêmes le pain de leur corps, avec défense d'en bailler à d'autres personnes, qui sont des remèdes fort bons.
Mais je vous supplie, Monsieur, d'agréer que je vous représente que le retranchement que vous avez fait, met tout le monde au désespoir. L'extrait de la revue sur lequel vous vous êtes arrêté, n'est que des effectifs qui peuvent se mettre sous les armes : les malades, valets, sergents, tambours et autres petits officiers n'y sont point compris. Je me sens obligé de vous dire que s'il falloit se tenir à l'état de la dis-
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««»» tribution qae vous avez envoyé, cela caiiseroit tin grand lOKpcntoe. jé Sor dre en toute l'armée; et pour l'éviter, j'ai jugé à propos de faire distribuer pour aujourd'hui seulement la quantité ordinaire, qui n'est pas de vingt-quatre mille rations, ainsi qu'on a voulu vous faire entendre, mais de vingt et un mille seulement. Je m'en vais travailler à faire tout le rabais qui se pourra, et vous le manderai aussitôt pour exécuter ce qui me sera ordonné, désirant en toutes façons de contenter son Eminence et de m' acquitter du service et de la bonne conduite que je dois. Ce 10 e septembre.
P. S. Je vous supplie, Monsieur, de ne douter point que je ne retranche tout ce qui se pourra. Je n'ai autre considération que celle du service de S. M. et de l'avantage de ses affaires. Depuis ce dessus écrit, j'ai fait faire par estimation, le plus exactement que j'ai pu, le retranchement ci-joint, et vous proteste qu'on n'en sauroit faire davantage, tellement que je vous supplie de m'envoyer un état là-dessus.