‹ Mémoires authentiques de Jacques Nompar de Caumont, duc de la Force, maréchal de France, et de ses deux fils, les marquis de Montpouillan et de Castelnaut, suivis de documents curieux et de correspondances inédites de Jeanne d'Albret, Henri III ... et autres peronages marquants depuis la Saint-Barthélemy jusqu'à la Fronde; pour faire suite à toutes les collections de mémoires sur l'histoire de France; (volume 3)Chapitre 13 sur 114 · LIVRE UI, CHAPITRE XVHL · texte numérisé non relu

LIVRE UI, CHAPITRE XVHL

sur plusieurs occurrences qui s'étoient passées, et avertie de ses mauvais desseins, prend résolution de s'ôter cette épine du pied et de l'attaquer vive* ment, part elle-même de Mousseaux, envoie devant au sieur de Saint-Chaumont ', Maréchal de camp qui commandoit l'armée, l'ordre de bloquer Nancy, qui est la principale forteresse du Ducj le Roi Vy achemine en diligence avec le reste des troupes qui étoient sur pied, commande au Maréchal de la Force de le suivre, auquel soudain qu'il est arrivé, il donne le commandement de l'armée et fait faire au Marquis de la Force la charge de Maréchal de camp.

Le Cardinal de Lorraine s'emploie pour traiter d'un accommodement; sa Majesté prête volontiers

raine de son mariage avec elle, tandis qu'il prétendait le posséder de son chef et en vertu de la loi salique établie par René IL

1 Melchior Mitte de Chévrière», Marquis de Saiat^kaumont. Le Président Hénault prétend qu'il fut le premier Lieutenant général ; il se trompe, s'il a entendu parler du grade? à la vérité le titre est beaucoup plus ancien; d'Epernon l'avait reçu, en 1631, comme Saint- Chaumont en 1630, mais il n'était attaché qu'à une Commission temporaire; car nous voyons ici M. de Saint-Chatimont employé comme Ifasécbal de camp trofran* après l'avoir été tomme Lieutenant général. Le Marquis de la Force, qui servit en qualité de Lieutenant général sous Condé en 163S, etleMarquîs de Feuquîères sous le Bu* de Longueville, sont les premiers Uèumantt généra**- C'est sous la minorité de Louis XIV que Ton en accrut singulièrement le nombre»

im. l'oreille à ses propositions, proteste qu'elle ne veut plus être abusée ; cependant fait loger son armée tout aux environs; ordonne les travaux pour la circonvallation, donne te tâche à tous les princiseptembr*. F* 11 * officiers, comme aux Maréchaux de camp et autres; un chacun fait à l'envi à qui avancera le plus son ouvrage; ledit Maréchal de la Force avoit la direction sur le tout, soit à dessiner les forts et les lignes, soit pour la conduite. Sa Majesté, comme très-intelligente, ordonnoit de tout et le vouloit toujours avec elle. Le Cardinal de Lorraine, qui voit que s'il attend les extrémités il met tout l'État en grand péril, porte le traité jusqu'à ce point qu'il accorde, suivant le pouvoir qu'il en avoit du Duc son frère, de remettre la place de Nancy # entreles mains du Roi sous les conditions dont ils demeurent d'accord ; après plusieurs allées et venues, le traité est , signé de part et d'autre ; le Duc, qui est en campagne avec son armée, le ratifie; néanmoins quand il est question de venir à l'exécution, il s'y rencontre toujours des difficultés, et l'affaire tire à telle longueur par des remises continuelles, que sa Majesté irritée, et même sur les avis qui lui sont donnés que ledit Duc, bien qu'il eût signé l'accord, avoit mandé dans la ville, par-dessous mains, à ses confidents de n'en rien faire et de tenir bon, et cela

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sur l'espérance qu'on lui donnoit du dehors de **>. quelque secours, ce qui le faisoit demeurer avec son armée sur les frontières de la Franche-Comté; sa Majesté donc prend résolution de le faire attaquer, commande au Maréchal de la Force de prendre cinq ou six mille hommes de pied et vingt cornettes de cavalerie, deux couleuvrines et quatre petites pièces, le tout bien équipé, et d'aller droit à lui pour le pousser partout et le charger en quelque part qu'il fût. Ledit Maréchal ayant marché trois jours avec cet équipage, le Duc en est averti et juge bien de quoi il lui va et qu'il n ; est plus temps de marchander. Il dépêche vers sa Majesté, lui demande un sauf-conduit pour lui vingtième, afin de se rendre près d'elle et de satisfaire à l'accord. Cet acheminement du Maréchal fut un grand moyen pour accélérer les affaires; en effet l'effroi fut si grand parmi les troupes du Duc qu'il ne pou* voit empêcher qu'elles ne se dissipassent, ce qui l'obligea à s'en aller diligemment trouver sa Majesté, et il envoya un des siens vers le Maréchal de la Force pour lui faire savoir son acheminement et le prier de ne passer outre, vu qu'il alloit donner tout contentement au Roi,

Le lendemain il passa à Êpinal, où étoit te Maréchal avec l'armée, lequel l'accompagna demi-lieue

tm- avec cent ou six-vingts gentilshommes, et il se rendit Wp m re à Charmes où monsieur le Cardinal de Richelieu l'attendoit. S'étant entretenus tout le jour suivant, ils allèrent ensemble trouver le Roi au siège de Nancy, où ayant résolu toutes choses, ladite place fut re- 24 septembre, mise entre les mains de sa Majesté, avec l'ordre en telles choses accoutumé. Le Marquis de la Force eut charge de recevoir la garnison qui étoit dedans et de les escorter deux lieues. En ce même temps le Roi envoya faire commandement au Maréchal de la Force de s'avancer avec son armée jusqu'au Comté de Montbelliard et de jeter un régiment dans la ville pour sa conservation, suivant la prière que lui en avaient faite les habitants, qui se mettoient sous sa protection, étant alarmés et du bruit qui couroit de l'approche du Duc de Feria 1 avec une année qu'il menoit d'Italie, et craignant d'ailleurs une levée qu'avoient faite ceux de la Franche* Comté, enfin les troupes de monsieur de Lorraine, qui étoient proches d'eux et les avoit fait sommer de le recevoir. Le Maréchal s'étant avancé à une journée de Montbelliard, y envoya le régiment de

1 Don Gomez Suarer de Figueroa de Cordoue Duc de Feria, Gouverneur du Milanais et Général des trompes espagnoles en Allemagne ; il était envoyé au secours de l'Électeur de Bavière. Il mourut au commencement de 1634, par suite de ses fatigues et du chagrin *» te» au» la dsattuction de ioil aînée

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Castelmoron, escorté de six ou sept cornettes de cavalerie, eu attendant que monsieur le Marquis de Bourbonne 1 , qui avoit été pourvu par le Roi de la charge de la place, y fut arrivé avec les troupes qu'il y devoit conduire.

Après cela , sa Majesté s'en retourna en France et dépêcha vers le Maréchal de la Force, avec ordre de ramener son armée et de la mettre en garnison sur les frontières, dans les trois Évéchés de Metz, Toul et Verdun ; le Roi renvoya en même temps le Marquis de la Force le trouver pour y faire sa charge de Maréchal de camp, avec ordre de lui dire qu'il se tînt près de la ville de Nancy pour appuyer le Comte de Brassac % qui avoit été pourvu de ce Gouvernement, etôter le moyen à ceux qui y toudroient entreprendre de pouvoir le faire; ce dont il avoit des avis tous les jours, même à cause du désespoir où il voyoit tous les habitants, et des

1 Charles de Livron Marquis de Bourbonne Maréchal de camp. Voici ce qu'en dit Tallemant des Réaux : a Le Marquis de Bourbonne, qui u'avoit pas de réputation pour la bravoure, donna des coup» de bâton à Beautru, Il en fit un vaudeville où il y avoit ;

Bourbonne Ne bat personne, Cependant il me batonnc »

2 Jean de Gallard de Béarn, Comte de Brassac, Chevalier des Ordres. U fut successivement Ambassadeur à Rome, Ministre d'État et Surintendant de la Maison de U Reine»

continuelles allées et venues du Duc de Lorraine, qui témoignoit couver encore quelque malice. Ledit Maréchal fit sa demeure pour quelque temps à Toul, qui n'est qu'à trois lieues de Nancy, où il se rendoit fréquemment.

Peu de jours après, le Roi reçut nouvelles que le Duc de Feria, qui venoit d'Italie avec une grande armée, ayant passé les montagnes, étoit déjà à Constance (d'où il fit lever le siège que les Suédois y avoient mis); qu'Aldringen *, avec une forte armée de l'Empereur, étoit venu le joindre et que tous deux descendoient en Alsace, où ils firent lever aussi le siège de Brisach, place également sur la rivière du Rhin et bien importante.

Les Suédois se trouvèrent foibles et lâchèrent le pied partout; le bruit court que ces deux armées font ensemble quarante mille hommes, et que leur dessein est de passer en Flandre. Sa Majesté dépêche au Maréchal de la Force l'ordre de remettre promptement son armée ensemble, et de s'avancer vers la frontière du Comté de Montbelliard, soit pour la conservation de la place, soit pour s'opposer à tout ce que lesdites armées voudroient entre-

i Jean, Comte d'Altrioger, Mestre de camp, Général des troupes impériales. Il prit part à la chute de Wallensteiii.

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