‹ Mémoires authentiques de Jacques Nompar de Caumont, duc de la Force, maréchal de France, et de ses deux fils, les marquis de Montpouillan et de Castelnaut, suivis de documents curieux et de correspondances inédites de Jeanne d'Albret, Henri III ... et autres peronages marquants depuis la Saint-Barthélemy jusqu'à la Fronde; pour faire suite à toutes les collections de mémoires sur l'histoire de France; (volume 3)Chapitre 14 sur 114 · LIVRE m , CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

LIVRE m , CHAPITRE XVIII

prendre qui pourrait être préjudiciable, suivant les wm. instructions qui lui en étoient envoyées*

Le Maréchal ne perd pas de temps; il donne à deux jours de là le rendez-vous de toute l'armée à Charmes, en Lorraine , et marche ensuite à Rambervillers, auquel lieu il n'est pas sitôt arrivé qu'il reçoit avis sur avis du Marquis de Bourbonne, Gouverneur de Montbelliard, quelesdites armées ont attaqué et pris sur les Suédois la place de Befort, qui n'est qu'à deux lieues de lui, et le prie donc de s'avancer diligemment pour le secourir, car il est averti qu'on veut l'attaquer. .

Dès le lendemain, le Maréchal part; le second jour arrive à Remiremont , jette devant lui quinze ou seize cornettes de cavalerie, fait prendre des logements jusqu'à deux ou trois heures des armées ennemies , ordonne d'avoir incessamment des batteurs d'estrade sur les champs, afin de prendre langue et de lui mener tous les prisonniers qu'ils pourraient attraper ; outre cela , il avoit plusieurs personnes qui étoient envoyées dans lesdites armées, pour être bien sûrement averti de leur état et de tout ce qu'ils feroient. Dés le jour suivant, il en revient quelques-uns qui l'assurent qu'Aldringen avec son armée a repris le chemin de Brisach pour repasser delà le Rhin. Le lendemain, il a aussi

tais, avis que le Duc de Feria étoit parti de Befort bien diligemment et avoit remonté vers le Comté de Ferrette; soit qu'ils en eussent eu d'abord le dessein, soit qu'appréhendant l'approche de l'armée du Roi, ils se fussent retirés, cela donnoit toujours réputation aux armes de sa Majesté, et ainsi Montbelliard demeura en sûreté.

Plusieurs avis viennent que ledit Duc de Ferk avoit ordre de passer en Flandre , et qu'il étoit déjà arrivé dans le Luxembourg trois mille chevaux et six régiments* d'infanterie pour favoriser son passage. Sa Majesté, qui ne veut pas qu'il passe dans ses terres, mande au Maréchal de la Force de se placer en lieu pour s'y opposer, et qu'elle lfïi envoyoit encore vingt cornettes de chevau -légers, deux de gendarmes et quatre ou cinq régiments d'infanterie. De tous côtés on voit de grands préparatifs; il semble qu'en l'assiette où se trouvent les affaires , qu'il est question de coups d'importance et qui vont à la réputation des Couronnes.

En effet, l'armée du Roi étoit alors composée de près de vingt-cinq mille hommes de pied et de trois mille cinq cents chevaux; mais tout cela en si bon état, si complet, tous les officiers s'y étant rendus, qu'il ne se pouvoit rien voir de plus superbe et ca-

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pable à la vérité d'en combattre deux fois autant, m». Aussi le dessein du Duc de Feria de passer en Flandre est-il rompu.

Ces grands préparatifs de toutes parts et cela sur la fin de l'année, donnent sujet de croire qu'oti verra au printemps de grandes choses; cela convie un chacun à vouloir y participer ; plusieurs volontaires de la Noblesse delà Cour s'acheminent vers l'armée; le Roi témoigne une grande confiance au Maréchal de la Force ; en effet sa Majesté lui commet la conduite de tout , se reposant entièrement sur son expérience et bonne conduite, ce qui est dans l'approbation générale, et n'y a aucun qui ne dise qu'il le mérite bien. Il est certain qu'il avoit ce bonheur d'être en telle estime parmi les gens de guerre, qu'il ne s'est point trouvé de Général commandant les armées du Roi qui y fût tant aimé ni tant désiré, et je dois ajouter ici une remarque qui s'est faite de plusieurs pour admirer la Providence de Dieu en sa personne et en sa famille, qu'après avoir souffert de continuelles persécutions et après avoir été réduit à toutes sortes d'extrémités , il se soit vu lui et les siens non-seulement hors de cette misère, mais en une si grande prospérité que d'avoir le commandement sur ceux-là mêmes qui l'avoient persécuté , et d'être signalé par toute la

tt*3. France pour celui qui étoit en la plus grande considération et sur lequel sa Majesté se reposoit le plus pour la direction de ses armées.

Trois grandes monarchies, l'Empire, l'Espagne et la France, étoietit sur le point de se heurter ; les deux premières contre la France, à cause qu'elle appùyoit les Suédois , les Protestants et les Hollandois; tout étoit donc en armes de tous côtés; Ton voit toutes sortes de préparatifs pour faire de grands efforts à qui prendra le dessus; Ton s'attend à voir Tannée prochaine quelque grande crise dans les affaires du monde.

Le Roi n'y oublie rien; force Commissions nouvelles sont expédiées pour renforcer son armée, et par la confiance qu'il témoigne avoir en l'expérience et fidélité du Maréchal de la Force, lui commet tout entre les mains avec un pouvoir absolu. 1634. Lors des grands progrés du Roi de Suède, plusieurs des Princes Electeurs de l'Empire avoient eu recours au Roi et demandé sa protection; entre autres, l'Electeur de Trêves avoit supplié sa Majesté de prendre ses meilleures places, même celles de Goblentz, Hermanstein et Fhilippsbourg. Les deux premières le furent effectivement, et cette exécution se fit par le Maréchal, qui avoit l'ordre du Roi d'y établir monsieur de la Saludie avec un

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régiment de mille hommes et cent chevau-légers ; iw. il les conduisit assez avant et près de la rivière du Rhin. Pour Philippsbourg, le Gouverneur, nommé Bamberg 1 , joua un autre jeu, car il refusa de remettre la place et depuis y reçut des troupes de l'Empereur, ce qui obligea les Suédois de l'attaquer par blocus qui dura bien six ou sept mois; se trouvant réduits à l'extrémité, ils recoururent à monsieur l'Electeur, lequel en donna avis à sa Majesté et la supplia d'y faire approcher des troupes, le Gouverneur assurant qu'il les recevroit. L'ordre fut donné au Maréchal de s'en approcher et sa Majesté lui manda qu'elle avoit dépêché vers le Chancelier Oxenstiern 2 qui se tenoit à Francfort et qui avoit été nommé, après la mort du Roi Gustave- Adolphe, Directeur des affaires et des armes de la Cour de Suède et de celles des Protestants, afin qu'il consentît que ladite place que le Gouverneur lui vouloit remettre, lui fût délivrée, attendu que l'Electeur s'étant mis sous sa protection, cela ne pou voit être refusé.

Le Maréchal de la Force s'approche vers la ri-

1 Le colonel Gaspard Baumbergher.

* Axel, Comte Oxenstierna, Chancelier de Suède, homme d'État célèbre, maintint la prépondérance de son pays en Allemagne. Après la mort de Gustave-Adolphe, il se fit nommer Directeur des affaires des Confédérés protestants par l'Assemblée d'Heilbronn, en 1633. m. S

fif MÉuams dp hdc db la force.

***. vière du Rhin arec Farniée et donne vingt cornettes de cavalerie, trois de carabins el dans régiments de gens de pied au Vicomte d'Ârpajon *,. Fun des Maréchaux de camp T pour s'avancer vers Fhilippshourg, attendant la réponse que ferait le Chancelier Oxenstiiern, et cependant il étoit chargé de mettre garnison à Magdebourg à la prière dudit Electeur, à qui cette place appartenoh, ainsi que dans deux autres également à lui, ce qui fui exécuté.

Le Chancelier usa de remises, disant que tous les Princes voisins y étoient intéressés et qu'il ne pouvoit y donner de résolution sans leur avis et consentement. Le Gouverneur de Philippsbourg, ce même Bamberg qui avoit déjà trompé son maître et qui eraignoit de ne pas bie» trouver son compte de ce e o lé-la r les Suédois d'ailleurs lui offrant une 15 janvier, condition avantageuse, il t'accepta et loir délivra la place.

Sur ce temps4à, le Maréchal de la Force a avis que les villes de Haguenau et de Savcrne se trouvoient en nécessite de vivres et qu'ils étoient venus assiéger Bouxviller avec sept ou huit pièces, pour se munir des bleds qu'ils espéroient trouver

1 Loin* Vicomte pofeDvc d'Arpajo», Marquis de Sfcroac, Che~ vaKet d«s Orirc* et mmi Lieatenairt général eo «679.

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dedans. Il y envoie en diligence, les autres se reti- m. rent; ils étaient commandés par le Comle de Salm ', lequel appréhendant de se voir réduit à quelque extrémité parce qu'outre les garnisons il avoit encore aviec lui quatorze ou quinze cents hommes de pied et cinq cornettes de cava?erie, fait dire au Maréchal que s'il Veut ku donner un saof-conduft ou une escorte pour retirer ses troupes en sûreté jusqu'à Brisach, il lui mettroit la Tille de Hagueuau entre les mains, croyant l'amuser par cette espérance; cependant il tire des bleds dès terres de monsieur de Lorraine et pourvoit fesdites places, et lui pour se décharger de ses troupes, se promet que faisant deux ou trois grandes carrières, il gagnera le pays favorable et se retirera à Brisach; mais il se trouva trompé.

Le Maréchal qui apprend son départ, donne au Marquis de la Force, l'un des Maréchaux de camp, dix cornettes de cavalerie et quatre bons régiments ' pour lui aller cotaper chemin; il fît si bonne diligence, marchant jour et nuit, qu'il se trouve au devant; les autres en ont avis et retroussent en grand désordre; il les poursuit si vivement que ledit Comte de Salm, s'éUnt retiré à une bonne for-

1 He0ma»»Â<iolph« Comte 4e 9aù» r grand Doyen et Àdminfetmmr à*YtvteU dé StmlMiç; il «Suit Gouverne» efe Sawûe.

i»4. teresse près de Saverne, appelée Haubar 1 , avec partie de ses hommes, se trouve tellement pressé qu'il tt janvier, ne voit ressource qu'à capituler; par le traité 2 , il promet au Marquis de la Force de remettre les places de Haguenau et de Saverne. On lui donne pour ses troupes des sûretés qui furent exécutées; après qu'il eut délivré Haguenau, Saverne demanda quatre jours de terme pour en avertir le Duc de Lorraine; le Marquis les leur accorda et les investit de si près qu'ils ne manquent pas au bout de ce temps-là de lui remettre la place.

Le Maréchal ne veut pas que cette bonne occasion se perde, et pour ne rien mépriser, il s'y avance avec toute l'armée et l'artillerie, mais il trouve que tout s'étoit rendu au Marquis de la Force. 11 alla visiter lesdites places pour les munir et pourvoir de tout ce qui étoit nécessaire. Messieurs de la République de Strasbourg l'envoient visiter par une honorable députât ion, lui donnant force témoignages de leur affection au service du Roi et à son particulier.

Le Maréchal envoie 3 informer de tout sa Ma-

1 Hohenbarr, à une demi-lieue de Saverne.

2 L'original de ce traité est entre nos mains et fait partie de ce qui s'est conservé des archives de la Force.

* Il envoya le Baron d'Eymet, son fils, porter au Roi la capitulation faite par le Comte de Salm. {Correspondances, 1« et 10 février 1634.)

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