‹ Mémoires authentiques de Jacques Nompar de Caumont, duc de la Force, maréchal de France, et de ses deux fils, les marquis de Montpouillan et de Castelnaut, suivis de documents curieux et de correspondances inédites de Jeanne d'Albret, Henri III ... et autres peronages marquants depuis la Saint-Barthélemy jusqu'à la Fronde; pour faire suite à toutes les collections de mémoires sur l'histoire de France; (volume 3)Chapitre 22 sur 114 · III · texte numérisé non relu

III

trouver les Généraux qui ne perdent pas temps, donnent soudain les rendez-vous; le DucBernard s'y acheminoit aussi ; mais jugeant la diligence nécessaire, ils marchent sans l'attendre droit au pont de Mannheim, y arrivent au point du jour ; étant à la campagne ils établissent leur ordre , arrivent à la vue de Heidelberg à une heure de sofeilj quelques coureurs qui se trouvait à la campagne, furent pris. L'ordre de l'attaque fut que le Marquis de la Force, Maréchal de camp, donnerait à la main droite du côté de la montagne au château, avec les régiments de Piémont et de Tonneins; il ordonne ceux qui dévoient donner les premiers, qu'il compose des deux corps de Piémont et de Tonneins; Moussolens pour Piémont, et Tonneins pour son régiment, se mirent tous deux à la tête, et Belsunce, aide de camp, soutenus avec le reste par le Marquis de la Force. Ayant gagné le haut de la montagne, ils vont attaquer le corps de garde qui étoit à la batterie des ennemis; ils l'emportent, tuent et prennent plusieurs prisonniers, et poussent le reste jusque dans la ville où étoit leur grand corps d'armée, se saisissent de tous les canons qui étoient en deux batteries, vont au château, où ils remirent le Gouverneur Abelmodo qui n'y avoit pu rentrer. L'autre attaque fut commise au colonel Hebron,

HTHE m, GHAPITEE XDC- 99

aussi Maréchal de camp, qui de voit donner du côté 1*4. de la vîlte par un faubourg, où lion trouva plus de difficulté 'qu'on ii'asroit proposé ,. tant y aqu'ils allèrent jusqu'au pied des murailles. L'effroi fut si grand parmi les ennemis, qu'ils quittèrent soudain le faubourg qui étoit fort bon, et mirent le feu partout, de sarte que ledit colonel Hebron s'y logea.

Le Marquis de la Foroè, qui avoitgagnélechâteau, eût donné dans la ville , sans la nuit obscure qu'il faisoit , et sans doute l'eût emportée ; mais ces coups de nuit sont bien dangereux. L'effroi étoit tel, qu'ils demandèrent la même nuit à capituler ; ils y furent reçus, et soydain accordés de sortir le lendemain, « décembre. vie et bagues sauves; l'artillerie et munitions demeurèrent aux Généraux- Cette action fut fort glorieuse, faite à la barbe du Duc Charles de Lorraine, de Galas et de Gronfcld, qui étoient logés à la vue dans le Bergstraat, et se retirèrent avec grand désordre.

Deux jours après, le Duc Bernard de Weimar les vint joindre avec son armée; ils prennent tous leurs logements dans le Bergstraat, d'où étoient partis les ennemis, lesquels firent leur retraite jusqu'à Heilbron et dans le Wirtemberg.

Ledit Duc Bernard va jusqu'à Francfort; sur 1635.

«m. l'avis que le Comte de Mansfeld 1 avec quelques forces qu'il avoit ralliées du Pays-Bas et celles de la Ligue catholique de Cologne, faisant environ six à sept mille hommes de pied et trois ou quatre mille chevaux, avoit passé le Rhin à Andernach et s'en venoit vers la rivière du Mein, entre Francfort et Mayence, il se prépare à lui donner quelque attaque, et revient prendre son armée avec un renfort de six mille hommes de pied de l'armée de sa Majesté, que les Maréchaux de la Force et de Brézé lui baillèrent, commandés par le sieur Hebron, Maréchal de camp. L'armée de Mansfeld avoit coulé jusqu'à ÀschafFenbourg au long de la rivière du Mein. En même temps lui arriva un grand renfort de Piccolomini 2 et de Colloredo 3 , de sorte que le Duc Bernard se trouva foible et ne put rien faire que d'enlever quelques quartiers de cavalerie, ce qui lui réussit bien ; mais il fut contraint de repasser deçà le Mein. Les Généraux de l'armée du Roi s'étoient avancés jusqu'à trois lieues de Francfort , à Darmstadt, pour l'appuyer, et faisoient état d'entreprendre sur lesdites armées des Impériaux ; mais

1 Wolfgang, Comte de Mantfeld , joua un rôle important dans la guerre de trente ans.

2 Octave Piccolomini, Prince de l'Empire > Duc d'Àmalfi, le héros de Schiller, et l'un des plus grands Généraux de son temps.

3 Jérôme, Comte de Colloredo.

Page 1