‹ Mémoires authentiques de Jacques Nompar de Caumont, duc de la Force, maréchal de France, et de ses deux fils, les marquis de Montpouillan et de Castelnaut, suivis de documents curieux et de correspondances inédites de Jeanne d'Albret, Henri III ... et autres peronages marquants depuis la Saint-Barthélemy jusqu'à la Fronde; pour faire suite à toutes les collections de mémoires sur l'histoire de France; (volume 3)Chapitre 24 sur 114 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

SOMMAIRE

Siège de Spire par les Maréchaux de la Force et de Brézé, assistés du Duc de Weimar. — Ils s'emparent d'un fort sur le Rhin et détruisent le pont de bateaux des ennemis. — Les faubourgs sont emportés d'assaut. — La ville se rend, la garnison prisonnière et les habitants à discrétion. — Le Maréchal de Brézé est rappelé par le Roi. — Motifs de cette décision. — La Force commande seul l'armée. — Il attaque et prend le château de Magdebourg. — Les Espagnols surprennent Trêves et se saisissent de l'Électeur. — Entrevue dés Maréchaux de Brézé, de la Force, de Ghâtillon et du Cardinal de la Valette à Pont-à-Mousson. — Le Duc Charles de Lorraine passe le Rhin à Brisach avec une forte armée. — La Force rassemble ses troupes pour le combattre. — Il le poursuit sans pouvoir l'atteindre. — La Valette vient rejoindre par ordre du Roi le Maréchal de la Force. — Le Marquis de la Force atteint l'arrière-garde du Duc Charles. — Les deux armées sont en présence. —Après force escarmouches» les ennemis délogent pendant la nuit Sans tambour ni trompette. — Le Marquis de la Force défait à Mélisey quinze cents hommes de leur infanterie. — Témérité du Cardinal de la Valette. — Feuquières amène au Maréchal de la Force un renfort de troupes allemandes. — Prise du colonel de Saint- Balmont avec tout son régiment dans le château de Montjoye.

Comme les Maréchaux de la Force et de Brézé ta», faisoient leurs préparatifs pour le siège de Spire, ils ont avis de monsieur le Duc deRohan, qui étoit avec son armée en Alsace, que le Duc Charles de

1635. Lorraine passoit deçà le Rhin à Brisach avec une forte armée; monsieur deRohan les prioitde l'assister; ils font partirle MarquisdelaForce'avec vingt cornettes de cavalerie pour l'aller joindre, leur restant assez de cavalerie pour entreprendre le siège.

îftman. Ils partent le dimanche de bon matin, ayant doxmé le rendez- vous de toute l'armée à une petite lieue de la ville ; dès le même jour ils font faire les approches 2 Qt surtout u» logement du coté de k rivière, au droit delà ville, le plus avancé qu'il $e pouvait,, avec quantité de tonneaux qu'ils avoie^t feit porter; ils y mirent environ douze cents hommes soutenus par deux mille quatre cents chevaw, car c'étaient de grandes* prairiesoùl'esplanade étoit fort belle. J-.es ennemis, qui des quatre parts du pont a voient déjà fiait les trois, comme ils virent cette diligence, appréhendant ou que Ton ,p£t leur prendre leurs bateaux dont ils faisoieot le pont, ou qu'on les gâtât à coups de canon , travaillèrent promptement à les défaire et retirèrent les-

1 Voir {correspondances, 20 mars 1635) une lettre de Rohan aux Maréchaux dé la Force et de Brézé où il leur donne avis de ses opérations. •

2 Voir (correspondances, 15 mars 1635) une lettre du Maréchal au Masqui&de Çastelnaut contenaat le récit 4e« approches et des premiers trayaux.du siège de Spire.

iftivtus m, cauMrws xx. 1W

dite bateaux jusque contae la ville par un canal i«*. que fait une petite mîà»e<qui rpasse par le milieu, croyant toujours s'en pouvoir prévaloir par le moyen cl ira travail qu'ils, avoient fait entre la viUe et Uj rivière, qui couvrait ledit canal, et avoient tiré un retranchement depuis ce fort jusqu'à la ville où ils teaoiont ordinairement trois ou quatre mille hommes; en effet, la même nuit, il y entra par un bateau quatorze ou quinze officiers qui y furent envoyés; cela fit bien juger que c'était un coup de partie de les déplacer de là et de s'y loger afin de les priver du secours qu'Us pouvoient espérer du côté de delà le Rhin.

Le jour auparavant , tes Maréchaux £ voient envoyé cinq ou six cente chevaux delà la rivière, qui passèrent sur le pont deMannbcim; le Marquis de Tonneins eut ordre de leur fournir cent eu cent vingt mousquetaires, ee qu'il. fit; ils arrivèrent au point du jour à leur fort, les ennemis ^abandonnèrent; les autres ne perdirent pas temps ;, ils se mirent soudain à la démolition dudit fort et de ce qui «estoit de leur pont; à quoi ils apportèrent toute. la ruine qui se pouvoit faire en <feux«ou tjrois heures. Le fout quiétoit du coté de Spire leur ti&a ineessamment, et eux de même aux ennemis; ^prèsf ifeireprirent leur chemin.

iw5. Le Duc Bernard, qui avoit été convié à ce siège, arrive au bout de deux jours; ils s'entrevoient tous et s'assignent entre les deux quartiers et prennent résolution ensemble qu'il fallpit ôter les ennemis du fort qu'ils avoient fait entre la rivière et la ville, et se rendre maître du canal où ils tenoient leurs bateaux , entreprise bien hardie, mais nécessaire. L'on prépare ces deux attaques pour faire les deux efforts en même temps; les François à la main droite vers le haut entre la ville et la rivière, et ledit Duc à la main gauche, droit au canal, où les ennemis avoient aussi fait un fort pour défendre leurs bateaux.

Ce dessein ayant été ajusté, un chacun se prépare pour les dix heures du soir; ledit Duc avoit demandé mille ou douze cents hommes de renfort et un couple de couleuvrines ; on lui fournit le tout. L'heure étant venue et le signal donné , ceux qui étoient ordonnés de donner, vont à son exécution avec si bon ordre et tant de courage que ce fut une très-belle action, emportent le fort, taillent en pièces tout ce qui n'avoit pas pris la fuite de bonne heure : le Duc Bernard ne fit pas donner de son côté si promptement; néanmoins,' bientôt après, l'exécution réussit de toutes parts; mais comme Ton poursuivoit les ennemis sur leur retraite et que

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