LIVRE m, CHAPITRE XX
ruisseau, mais se trouvant lors un peu éloignéàcause m de l'assiette , ne les put favoriser autant qu'il a voit espéré; l'on continue toujours la poursuite, qui fut de prés de deux lieues, et qui avoit donné tel effroi aux ennemis, qu'on ne sauroit croire le désordre où ilsétoient. On avoit toujoursespéré que leur artillerie et leurs bagages les engageaient, ou qu'ils seroient contraints de les abandonner; mais ils les avoient fait marcher de si bonne heure devant eux, que prenant langue comme ils étoient loin devant, monsieur le Cardinal de la Valette, qui étoit au corps le plus avancé, fut d'avis que l'on fît halte, et que Ton envoyât vers le Maréchal de la Force pour savoir ce qu'il trouverait bon de faire ; de sorte qu'y étant arrivé, il assembla lesdits Maréchaux de camp, et avec ledit sieur Cardinal, ils jugèrent bien que continuant leur poursuite , ils pouvoient prendre de grands avantages sur les ennemis qui se retiraient en grand désordre; mais le malheur étoit que de tout ce jour-là, ni de celui d'auparavant, on n'àvoit point fourni à l'infanterie, ni à la cavalerie, le pain de munition; ils en avoient très-grande disette à cause de la pauvreté du pays; que d'aller plus avant, c'étoit s'enfoncer en plus grande misère, et s'éloigner des lieux où leurs magasins se fai soient, c'eût été le moyen de faire périr l'armée, et cela les
ISO MÉMOIRES SU DUO PB Lk FORGE.
tm . obligea de se contenter de cette poursuite, quiavott heureusement réussi l au grand dommage et décri des ennemis et à la réputation des armes du Roi. U$ retournèrent sur leurs mêmes pas, et allèrent dans le même campement d'où ils étoient partis, et y se* journèrent tout le lendemain.
Le jour suivant, ils eurent nouvelles que le sieur de Feuquières, Ambassadeur pour le Roi en Alla* magne , et lequel devoit commander douze mille Allemands, dont sa Majesté lui faisoit faire la levée en Allemagne, étoit à une journée de là avec deux mille cinq cents chevaux que le Duc Bernard de Weimar lui avoit baillés.
Il est certain que le Maréchal de la Force lui avoit écrit, et audit Duc Bernard, il y avoit plus de trois semaines, que s'ils se pouvoient assembler dans l'Alsace, vers Golmar, avec quelques forces considérables, il leur seroit facile de ruiner cette arméç du Duc Charles, ce qu'ils lui avoient promis; mais au bout de quelque temps ils s'en 'excusèrent, disant ne le pouvoir faire; de sorte que lorsqu'il en étoit besoin, ils n'y vinrent point, et lorsqu'il ne s'y attendoit plus et que l'occasion fut passée, le sieur de Feuquières y vint. Néanmoins la résolu-*
1 Voir le récit de ces différente! affaires dans deux lettres du Marquis de la Force à sa femme. (Correspondances, 28 et 28 mai 16S0.)
livra m, CHAPITRE XX. Ul
tion fut prise de retourner vers Montbelliard et de donner jusqu'à Porentruy, afin de dépouiller ledit Duc Charles de toutes ses conquêtes, et selon les nouvelles que l'on apprendrait de lui, continuer à le poursuivre.
Étant au delà de Montbelliard, ils eurent avis qu'un de ses régiments étoit à quatre ou cinq lieues de là, logé à un village nommé Vaufrey , commandé par le colonel Saiot-Balmont, qui avoit bien de six à sept cents hommes ; soudain la résolution est prise de l'aller attaquer. Les Maréchaux de camps agis* soient par tour, c'était celui du colonel Hébron, la commission lui fut donnée; ledit sieur Maréchal lui ordonna de prendre quatre cents chevaux, cent carabins et six cents hommes de pied. Ayant rallié ces troupes, il part et marche toute la nuit; Une peut faire si bonne diligence qu'il ne fût une heure de jour, et que ledit colonel n'en eût avis, ce qui le fit partir soudain de là pour aller gagner un château nommé Montjoye, distant d'un quart de lieue. Ledit colonel Hébron jugea que malaisément auroit-il trouvé des provisions dans ledit château , et que dans peu.de jojur& on en pourrait venir à bout; il donne avis audit Maréchal de tout, et demande qu'il lui fasse savoir s'il trouve bon qu'il l'investisse; il lui mande que oui, et qu'il s'en va à lui promptement.
Les approches faites, on se loge le plus avantageusement qu'il se peut et le plus près. Soudain tout le bourg fut pris ; mais l'assiette de ce château se trouve sur un rocher fort haut de tous les cotés, dont l'accès étoit bien difficile , et y eut-on assez de peine à bien loger les canons, étant ce lieu -là tout entouré de montagnes de rochers. Pour être sommés, ceux de dedans ne s'étonnent pas et font une réponse fière;' l'on trouve l'entreprise plus difficile qu'on ne l'avoit crue. Au bout de cinq ou six volées de canon, il s'en trouva deux d'éventés, aussi fut-il résolu de changer cette batterie; cela fit couler quatre ou cinq jours, au bout desquels la batterie nouvelle réussit si bien qu'elle emporta tout un canton du corps de logis; outre ce, il avoit été tiré plusieurs coups en ruines en divers endroits , qui les avoient fort endommagés. Ils s'étonnent et demandent à capituler. Le colonel Saint - Balmont demande qu'on lui donne moyen de parler au sieur de Nettancourt, son parent, colonel aussi d'un régiment françoisen l'armée du Roi; cela lui est accordé; il veut des conditions si avantageuses que Ton rompt le traité, et fait-on de nouveau tirer le canon. Ils demandent à parler encore, le Maréchal déclare qu'il les recevra , leur accordant la vie sauve, demeurant tous prisonniers de guerre,