LIVRE ID 3 CHAPITRE XX
donner à trois ou quatre divers endroits par mu douze ou quinze cents mousquetaires qu'il faisait suivre. Les ennemis firent fort assurément leur décharge, mais ils furent pressés si vertement que soudain, après la décharge, l'infanterie se sert de l'épée et vient aux mains : le carnage en fut grand, il y fut compté plus de six cents morts et mené environ, deux cents prisonniers* cétoit la meilleure infanterie 1 qu'ils eussent, gens commandés et bien choisis. Le lieutenant-colonel deKeinal 2 ^ fut tué, et plusieurs capitaines et autres officiers pris ou tués.
Cela fut sitôt expédié, qu'il ne laisse bientôt après de rapprocher ceux qui étoient devant, qui attrapoient toujours quelqu'un sur la retraite. Il y avoit à une lieue de là un grand village nommé Fresse auquel les ennemis mirent le feu en se retinmt, pour embarrasser autant les poursuivants, et au delà se rencontroit une esplanade au bout de , laquelle les ennemis trouvèrent moyen de se mettre
1 Le régiment de Mercy, composé de mille hommes, le Duc de Lorraine l'avait sacrifié pour assurer sa retraite ; ils furent tous tués ou pris.
2 Plusieurs des nôtres crièrent au lieutenant-colonel ennemi de se rendre et qu'il auroijt quartier; mais lui, sans répondre, se jeta tête baissée sur un sergent de Picardie, qui l'étendit mort sur la place d'un coup de hallebarde. {Mémoires de Campion, p. 54.)
!«•*• en embuscade avec environ trois cent chevaux, et en un rideau commode, firent mettre pied à terre à une centaine de dragons. Ce village en feu mit nos coureurs un peu en désordre, car les uns poussèrent nonobstant icelui tout le long de la rue, d'autres à droite par des jardins, et d'autres à gauche par des palissades, de sorte que marchant en confusion au delà du village, les ennemis prirent bien leur temps, car après la décharge de leurs dragons, la cavalerie les poussa fermement; monsieur le Cardinal de la Valette * , qui par curiosité s'étoit avancé avec les coureurs , s'y trouva engagé et courut fortune à celte mêlée à laquelle il lui fut tiré plus de dix ou douze coups de pistolet, sans qu'aucun portât; il étoit en pourpoint. Il y en eut de tués, de part et d'autre, environ une quinzaine ; ledit Cardinal y perdit un de ses gentilshommes; monsieur des Coutures, sergent de*ba- * taille, y fut blessé, et le sieur de Mondôucet, aide de camp , aussi blessé, mais légèrement, lequel néanmoins en mourut depuis.
Le colonel Hébron, avec sept ou huit cents mousquetaires, avoit pris à la gauche au delà d'un
1 Fontenay-Mareuil dit que c'était la première fois qu'il assista i un combat et que ce fut dans ce voyage que l'envie lui vint de commander une armée, comme il fit bientôt après.